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14.7.17

Avengers : le fils prodigue.


Spider-Man : Homecoming.

Film américain de Jon Watts (2017) avec Tom Holland, Jacob Batalon, Michael Keaton, Laura Harrier, Robert Downey Jr, Marisa Tomei, Jon Favreau, Gwyneth Paltrow.
Genre : super-héros, science-fiction.
Vu en VOST.

New York, de nos jours. Adrian Toomes, dirigeant d'une petite entreprise de la Grosse Pomme, a investi et recruté pour contribuer aux réparations après la Bataille de New York des Avengers. Chassé par une équipe de Damage Control, une branche de Stark Industries consacrée aux conséquences des attaques chitauri sur Terre, il décide de ne pas rendre le matériel que ses ouvriers ont collecté, et se lance dans la conception et la vente clandestines d'armement hybride humain-chitauri.

Quelques années plus tard, après avoir été appelé en renfort par Tony Stark alias Iron Man, le super-héros Spider-Man, renvoyé au lycée en tant que Peter Parker, se désole de ne pouvoir devenir un Vengeur à son tour.


Une fois n'est pas coutume même si ça commence à être la règle, le présent article ne sera pas juste un avis personnel sur Spider-Man : Incoming mais un commentaire détaillé. Je commence à bien apprécier ma plume analytique alors je vais pas m'abstenir de continuer à m'exprimer sur le pourquoi et le comment de ce que je découvre. Alors autant prévenir de suite : ça va spoiler.

Je vais commencer par dire qu'à mon sens, ce film avait trois principales raisons d'être (outre de rapporter de l'argent à Marvel et Disney pour continuer à financer l'adaptation pharaonique du multivers Marvel Comics au ciné).
Intégrer correctement Spidey dans le MCU à cause de Captain America Civil War qui nous offre la meilleure transition de présentation de personnage du monde (Alt-J - Left Hand Free), réaliser un bon film sur Spider-Man à cause des Amazing de Marc Webb dont j'ai lu et entendu partout qu'ils étaient à chier, et réussir à se détacher des films de Sam Raimi qui sont des monuments fondateur du super-héroïsme au ciné avec Willem Dafoe et Alfred Molina (malgré la présence d'un Tobey Maguire totalement insipide).
Alors autant être clair dès le début : check check and check

Et je veux voir davantage de relations amoureuses adolescentes qui fassent aussi naturel, aussi normal, au cinéma. Le forçage en mode comédie romantique dégoulinante de niaiserie ça va -_-'
Ce film est beaucoup trop génial.

Je l'ai redit récemment sur FB, Marvel Studios, la nouvelle branche au logo le plus cool du monde destinée à gérer les adaptations ciné, l'une des bonnes idées autour du Spider-Man version Avengers est de ne pas avoir rappelé l'origin-story de Spidey parce qu'on la connaît déjà depuis presque 15 ans. La morsure d'araignée, tout ça. Non, le film attaque directement après Avengers, premier du nom, nous montre une petite scène et paf, ellipse temporelle, huit ans plus tard.
Et huit ans plus tard, Peter Parker se fait chier, ce qui va permettre d'intégrer l'un des enjeux principaux du film : il est toujours, depuis que Tony Stark est allé le chercher dans Civil War, l'héritier intellectuel présomptif d'Iron-Man. Et c'est vrai jusque dans le titre : Homecoming, c'est le nom des fameux bals de promo des clichés de lycées américains au ciné et à la télé, à l'issue desquels les jeunes entrent dans la vie adulte. Ce qui fait écho au titre du film et au fait qu'à l'issue de ce bal de promo, Peter Parker doit à priori évoluer devenir autre chose (même si, pour le coup, il est même pas en terminale).

Du coup on se fiche éperdument de son passé, on veut juste le suivre au quotidien et attendre de voir ce qui lui arrive. En plus en termes de mise en scène c'est génial parce que c'est expédié en genre dix minutes, une petite séquence lambda dans un cliché de lycée américain de série télé, les cours s'enchaînent et Peter s'ennuie à mourir, il envoie régulièrement des sms à Happy Hogan, son agent de liaison auprès de Tony Stark, qui a heureusement travaillé son look et son régime depuis Iron Man 3, et se fait ignorer royalement.

Démontage d'artefacts chitauri dans ruines de New York, Jon Watts, 2017.
Oui parce qu'en plus le perso de Michael Keaton connaît bien le matériel qu'il gère.

Plus intéressant en revanche, ce film s'intègre parfaitement dans le Marvel Cinematic Universe à plusieurs égards. Déjà, le simple fait qu'il montre les résultats immédiats de la Bataille de New York - les réparations qu'elle nécessite et la manière dont celles-ci sont gérées - parce que c'est précisément ce qui fait intervenir le personnage de Michael Keaton, qui ne se résume heureusement pas à un crétin revanchard façon Guy Pearce dans Iron Man 3.
Ensuite, Captain America est présent à plusieurs reprises, par le même moyen, des vidéos de promotion civique, notamment avant un cours de sport ou durant une heure de colle (ce qu'en anglais on appelle cyniquement "detention") afin de promouvoir ses valeurs pour la jeunesse. D'une part, le prof de sport signale que, même si Cap' est devenu un criminel recherché (depuis Civil War), le gouvernement continue à faire utiliser ces vidéos. D'autre part, ce principe est repris plus tard, mais je vais l'évoquer après.

Et surtout, toujours par rapport à Captain America, qui au moment de Spider-Man Homecoming doit être en train de monter un QG et une version clandestine des Vengeurs, Tony Stark décide de vendre la Tour Avenger à New York, qui est devenu vulnérable depuis que la moitié de l'équipe est devenue ennemie potentielle (Steve Rogers, Sam Wilson, Wanda Maximoff et Clint Barton), au profit d'un autre QG, plus grand, plus retiré et mieux protégé [spoiler] on le voit à la toute fin du film et je t'assure qu'il est pété de classe, dans le style du nouveau QG du SHIELD qu'on voit à la fin d'Avengers 2 et dans Ant-Man [fin de spoiler].
Or, ce déménagement est au cœur de l'intrigue de Spider-Man : Homecoming.

Dans la catégorie "on continue à le faire évoluer et mûrir", Tony Stark est devenu un père. Et c'est beau. Même, surtout, quand il est renié par son fils prodigue.

Mieux encore, ce film est cohérent avec l'ensemble des adaptations visuelles de chez Marvel, y compris... les séries Netflix.
Tony Stark, bien qu'il envisage Peter Parker comme son héritier super-héroïque au point même d'être confronté à son égard à la paternité de substitution et à référencer son propre père en la matière, lui répète plusieurs fois que commencer une carrière à petite échelle en continuant le lycée est préférable - comme Daredevil ou Jessica Jones qui mêlent le travail et le super-héroïsme.
Ce qui au passage permet assez agréablement une réflexion à travers le 4ème mur de la part de Marvel : il s'agit de faire de Spidey un héros local, proche de la rue, façon DD, JJ, Luke Cage et l'autre pignouf d'Iron Fist dont j'ignore le nom, sauf que, ayant été intégré dans Captain America Civil War, il est en quelque sorte condamné à jouer dans la ligne nationale [spoiler] même si au final il devient mature, refuse sa place chez les Vengeurs et décide de continuer à faire du service civique à New York [fin de spoiler].
Et tant que j'y suis avec le 4ème mur, Captain America lui-même le défonce allègrement dans le 2ème trailer post-générique - encore une vidéo promotionnelle de valeurs morales - qui ne nous annonce absolument rien sur les prochains films, mais qui discute avec les spectateurs dans une forme d'autocritique chez Marvel : on vous met tout le temps des bonus à la fin, mais est-ce que c'est vraiment pertinent ? Y'a DC qui commence à faire pareil...

L'image que le trailer a divulgâchée encore et encore : la révélation au meilleur pote. Sur débris d'Étoile Noire.

Enfin bon, à grande échelle, dans sa production et sa conception, Homecoming est top. Assez parlé du MCU, parlons du film.
L'un des aspects les plus évidents et que j'ai immédiatement appréciés, c'est que Spidey est un gosse. Il a 15 ans, il le dit lui-même, et le membre comparable du casting MCU jusque là c'est Wanda Maximoff qui doit pas être beaucoup plus âgée, mais qui a un tout autre vécu (la mort des parents, le pays en guerre, les expériences d'HYDRA, tout ça...). Clairement, le côté super-héros lycéen m'a rappelé Kick-Ass, d'autant que, comme chez lui, dans Spider-Man on réutilise les clichés avec humour.
Ned, le meilleur pote de Peter Parker, apprend son secret complètement par hasard à cause d'une Étoile Noire en Lego, et lui demande plusieurs fois de le laisser être son "mec dans le fauteuil", ce que les sous-titres ont traduit par "ton geek", ce qu'il devient effectivement au bout d'un moment pour piloter Spidey à distance.

Pareil, le fait d'avoir rajeuni May Parker, ça pouvait sembler totalement gratuit dans Civil War, mais ça trouve ici beaucoup de sens, déjà parce que Marisa Tomei est une excellente actrice, ensuite parce que cette jeunesse permet de tisser (lol) une nouvelle relation avec son neveu. C'est la jeune tante cool et sexy qui boit de la bière et se voit offrir un dessert dans le resto hispanique du coin, qui discute avec son neveu comme avec un jeune pote, lui offre des conseils pour le bal de la promo et tout. J'ai adoré.


Dans le même ordre d'idées, le méchant qui est le père du pote ou de la copine, c'est pas nouveau (c'était même déjà le cas chez Sam Raimi avec les Bouffons Verts), mais quand c'est joué par Michael Keaton, c'est vraiment trop cool. Mon adoration de l'excellent RoboCop de 2014 revient à la charge, mais ce type est clairement doué pour jouer les méchants \o/ Il est ici merveilleux, d'abord dans son écriture - parce qu'il incarne l'opposition à la toute-puissance des super-héros, il contrôle un réseau de contrebande d'armes chitauri et explique à Peter Parker que, s'étant fait jeter d'un chantier où il était arrivé très légalement, les riches et les puissants comme Stark n'en ont rien à cirer des petits comme lui ou comme Spidey - de fait, celui-ci se fait ignorer tout le long du film par Happy Hogan et Tony Stark.

Mais aussi dans sa conception visuelle : Homecoming continue à faire exactement ce qu'ont fait tous les films et les séries Marvel jusque là, moderniser et recontextualiser les supers et les Vilains. On a eu Captain America en vibranium, le Faucon version Anthony 100% epic Mackie, Vif-Argent et la Sorcière Rouge qui ne sont plus des mutants enfants de Magneto, mais des sujets d'expériences, et plein d'autres...
Ici, Spider-Man est doté d'un costume hautement sophistiqué, basiquement c'est Iron-Man en tissu (en même  temps il est conçu par Tony Stark) avec une IA intégrée (j'ai cru que c'était FRIDAY mais non, c'est une autre ^^), et il est pas le seul. Le Vautour est putain de trop classe, Michael Keaton porte ce manteau en cuir avec de la fourrure qui imite bien le plumage du gros piaf, mais le reste, c'est 200% de technologie chitauri qui pète l'écran. Et c'est pareil pour un autre qui est glissé comme ça, assez subtilement, quand Toomes (Keaton) fait à un mec "t'arrêtes pas de te la péter, genre ouaiiiis je choque les gens, je suis le Shocker" puis il le flingue, prend son équipement et le file à un autre en mode "tiens, t'es le 2ème Shocker !"
..... bon bah ça c'est faiiiiit ^^ Et en plus y'a même un jeu de mots de Spidey plus tard sur ce nom. ("l'autre mec utilisait cet appareil bien mieux que toi ! Je suis choqué !")


D'ailleurs, esthétiquement, le film est effectivement très cohérent et assez différent du reste du MCU, à la manière de Doctor Strange qui était très baroque, sauf qu'ici bah, on reprend les codes du film ado au lycée, avec le crétin qui se la pète, la fille à pécho et tout.
Tiens c'est drôle parce que dans le lot y'a un personnage, elle correspond direct au cliché de l'élève asociale et sarcastique qui s'assume et se moque du héros - et elle le fait plusieurs fois - et puis à la fin, alors qu'elle a enfin droit un peu de gloire, le prof l'appelle pour la première fois par son prénom, Michelle, ce à quoi elle répond "mes amis m'appellent MJ... nan je déconne, j'en ai pas." Et bim, on évacue aussi la sempiternelle histoire d'amour de Peter et Mary-Jane qui se connaissent depuis toujours et c'est vachement niais et ça me donne envie de buter Tobey Maguire et Kirsten Dunst (qui a fait mieux de sa vie, quand même).

"Eh oh, Parker, tu vas où là ?..... nan je déconne, je m'en tape, va-t'en ^^"
(en plus elle ressemble pas du tout à Kirsten Dunst et ce n'est pas non plus un love-interest, ça nous change du carcan de l'amour entre Blancs parce que la fille de Toomes, "la nana à pécho", est une métis afro-américaine)

Bref, en ce qui concerne les plans, les cadres, l'ambiance générale, on sent qu'on est dans un Marvel, mais pas tout à fait. On le sent que quand on voit Happy Hogan et plus rarement Tony Stark en fait. Le film explore une partie de New York et pousse jusqu'à Washington, ce qui oblige Spidey à courir un peu dans les zones où y'a pas de building où balancer sa toile (laquelle toile bénéficie également d'une explication rationnelle loin des dégueulasseries de Sam Raimi genre "ça sort de mon corps"). Mis à part toute l'intrigue autour du Vautour et de ses hommes, on est dans un univers assez léger et très coloré - le générique de fin fait clairement hommage aux cartoons et aux comics - mais les deux ensembles se rejoignent bien visuellement.
J'ignore si le film est sorti en 3D, moi je l'ai vu en 2D, mais vu les effets de profondeur et certains plans de caméras, ça devrait vachement valoir le coup si c'était le cas.

Spidey escalade l'obélisque du Washington Monument. Maintenant imaginez ça en 3d *_*

Bon, après y'a bien sûr quelques inconsistances, par exemple les autorités qui devraient intervenir en cas de problème ou d'attaque semblent avoir posé leurs RTT d'un bout à l'autre du film (ce qui pose problème quand les autorités en question c'est Tony Stark) mais globalement le film est génial et il s'autorise même le retour de Pepper Potts à la fin, c'était beaucoup trop génial et bourré d'humour, notamment autour d'une bague de fiançailles conservée dans une poche depuis 2008, date d'Iron Man 2...


En bref : Spider-Man Homecoming est écrit de bout en bout pour unifier et mettre en valeur la cohérence de l'univers Marvel en séries et en films. Il raconte évidemment l'histoire d'un personnage, Peter Parker, et il le fait avec beaucoup de justesse et de qualité visuelle, mais surtout il s'intègre à la perfection dans la narration longue du MCU tout en présentant, à nouveau, des thèmes assez originaux dans celui-ci jusque là (l'arrogance des super-héros puissants envers le peuple et les super-héros de la rue, notamment). A voir sans hésitation !

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