26.4.17

Dinosaures à plumes ou oiseaux à écailles ?

Il y a de ça quelques semaines, à la faveur d'une promotion sur Steam, j'ai pu acheter Lego Jurassic World que je voulais depuis un moment (ainsi que Lego Marvel Heroes, mais ça c'était pas prévu, il m'a juste intéressé sur le coup), ce qui m'a replongé dans la saga ciné culte - dont je suis jamais vraiment sorti vu que je revois régulièrement le film éponyme, le quatrième, que j'aime beaucoup.
Un peu après, j'ai vu un vidéaste que j'apprécie, Max Bird, faire une vidéo de sa série sur les Idées Reçues à propos des dinosaures. Et encore un peu après, c'est le Fossoyeur de Films qui a fait une vidéo sur Le monde perdu - Jurassic Park, et dans la foulée, j'ai eu envie de revoir la trilogie. Oui, la trilogie, Jurassic Park, Le monde perdu, Jurassic World.
Ah, et entre temps, les dinosaures ont fait remarquer à la France qu'ils étaient sur le point d'entrer à l'Élysée. Ceux qui aiment l'argent ou ceux qui détestent tout le monde, peu importe lesquels.
Bref : les dinosaures, c'est la hype en ce moment.


Alors j'ai eu envie d'en parler parce que c'est un aspect de ma culture que j'évoque jamais, mon amour pour les animaux - enfin jamais en dehors de mes convictions écolos, ce qui rend tout de suite le propos un peu piquant.
Comme la plupart des enfants, j'adorais les animaux dans ma jeunesse, et ça n'a pas changé depuis. J'avais, je sais pas pourquoi, une fascination particulière pour les dinosaures, bien qu'à l'heure actuelle je préfère les espèces vivantes qu'il est encore possible de sauver. Et comme dans la plupart des cas, j'avais des préférences. On a tous des animaux préférés, pour les dinosaures c'est pareil.
Cet article vise donc à en parler, histoire de sortir de l'actualité et de me donner un peu de temps pour parler culture concrète - d'ailleurs je vais voir Les Gardiens de la Galaxie 2 ce jeudi 27 avril, peut-être (sûrement) je l'articlerai.


Avant de parler des dinosaures il faut savoir quelques bases à leur sujet, sinon la suite sera pas claire.
Les scientifiques divisent la temporalité de la Terre en grandes ères géologiques - me demandez pas comment elles sont définies, c'est compliqué et je sais pas - et l'ère géologique qui a vu la naissance, l'apogée et la disparition de la plupart des espèces de dinosaures s'appelle le Mésozoïque. Elle s'étend de 252 à 66 millions d'années avant le temps présent.
Le Mésozoïque est divisé en trois périodes, le Trias de 252 à 201 MA, le Jurassique entre 201 et 145 MA, et le Crétacé entre 140 et 66 MA. C'est-à-dire que les espèces de dinosaures les plus connues et dont les restes sont les mieux préservées sont essentiellement des espèces tardives, du Crétacé. Donc la saga de cinéma, si elle se voulait plus représentative de ce qu'elle représente, devrait s'appeler Crétacé Park.
Voilà, pour l'explication basique c'est fait, passons au vif du sujet.

Protoceratops.

On retrouve le préfixe "proto" dès qu'il s'agit de parler des débuts, des origines de quelque chose. Par exemple, la proto-histoire est une période de transition pensée par les scientifiques, entre la Préhistoire et l'apparition de l'écriture autour de 4000 avant notre ère, qui voit les premières sociétés humaines se développer, mais sans traces écrites.
Comme son nom l'indique, Protoceratops est l'ancêtre des Cératopsiens, les "faces cornues", dont les membres ont en commun la démarche quadrupède, une collerette osseuse, des cornes frontales et nasales et un bec de perroquet (ce dernier est d'ailleurs presque le seul trait cératopsien de Psittacosaure, un dinosaure sans collerette ni cornes). Protoceratops vivait entre 84 et 75 MA avant le temps présent.
Protoceratops, découvert en 1922 dans le désert de Gobie (Mongolie), est aussi l'espèce qui livra la première un exemple de son comportement social, à savoir l'existence d'un vaste nid - dans ce qui est aujourd'hui la Mongolie donc. Oui parce que je rappelle, au départ y'avait Pangée, Pangaia, un super-continent, dont la division était déjà amorcée à l'époque des dinosaures.

Et puis je voulais vous montrer cette image parce qu'elle est très ancienne, c'est l'une de celles qui a rythmé ma passion juvénile pour les dinosaures, y'a vingt ans.

De fait, Protoceratops était une espèce sociale qui vivait en troupeaux. Physiquement, il a plus ou moins les dimensions d'un mouton, petit, bas sur pattes et en apparence inoffensif, ce qui fait de lui mon dinosaure préféré toutes périodes et familles confondues. Y'a pas à chier, Protoceratops est juste trop mignon. Et en plus, il aurait inspiré le mythe du griffon, cet animal qui a le corps d'un quadrupède et une tête de piaf. Trop la classe.

Triceratops.

Littéralement "visage à trois cornes", Triceratops est évidemment le plus connu des Cératopsiens et donc un descendant de Protoceratops, et a vécu entre -68 et -65 MA. Découvert en 1889 en Amérique du Nord, il a livré pas moins de 47 squelettes juste dans la décennie 2000. Bon, avec ses 8/9m de long et 3m de haut, il est imposant, mais on le reconnaît surtout pour son énorme tête - l'une des plus grandes, proportionnellement, du règne animal, parfois jusqu'au tiers de la taille totale - sa collerette et ses cornes dont il semblerait qu'elles n'avaient même pas un rôle défensif, mais seulement d'identification et de parade amoureuse.


Contemporain du Tyrannosaure, Triceratops est également connu comme étant son rival direct, façon Tortank et Dracaufeu, alors qu'il en était la proie. Et personnellement, si je ne suis pas du tout fan des carnivores - faut être bien con pour les reproduire sans hésiter dans chaque film de type Jurassic Park - je trouve Triceratops absolument magnifique, très harmonieux dans ses formes et ses dimensions. Bref, une bien belle bête qu'il est triste de ne pas avoir pu contempler de son vivant.

Stegosaurus.

Beaucoup plus ancien que Triceratops, Tyrannosaurus ou même Protoceratops, Stegosaurus est un dinosaure qui a vécu durant le Jurassique - cette fois c'est vrai - entre -156 et -140 MA. Son nom signifie "reptile à toit" ou "reptile cuirassé" parce qu'au début on pensait que ses plaques dorsales étaient plaquées, justement, contre son dos comme sur Ankylosaurus. Stegosaurus a été découvert en 1877 en Amérique du Nord et il mesurait dans les 4m de haut sur 8.5m de long et dans les 2-3 tonnes. Belle bête !
Au passage, lui aussi est l'élément le plus connu d'une vaste famille, les Stégosauridés, parmi lesquels certains sont bien plus hauts sur pattes ou très différents, comme Kentrosaurus, qui a des pics dorsaux.
Évidemment, son signe distinctif, ce sont donc ces plaques, qu'il portait à la verticale à la manière de voiles et qui servait à la fois pour la parade amoureuse, le camouflage et la régulation de la chaleur, tout ça par afflux sanguin. Oui parce qu'apparemment il y avait des veines là-dedans ^^


D'ailleurs, fait intéressant, les plaques n'étaient 1. pas symétriques ni identiques sur un même animal et 2. jamais les mêmes d'un individu à l'autre. Stegosaurus n'étant pas taillé pour la course, il devait donc se reposer sur les piques de sa queue pour se défendre - ce que Le monde perdu montre très bien - et personnellement je l'adore parce que je trouve très beau ce gros animal tranquille, herbivore et social ♥

Ankylosaurus.

Toujours dans la série des gentils herbivores placides, le tank sur pattes est un de mes préférés. Découvert en 1906 en Amérique du Nord, encore ^^, Stegosaurus aurait vécu entre -70 et -65 MA, ce fait de cet animal de la fin du Crétacé une des dernières espèces existantes. Du haut de ses 2.5m de haut et 10m de long, il donne pourtant l'impression d'être inoffensif puisque tout entier taillé pour la défense, avec des écailles osseuses et de la kératine de partout ainsi qu'une queue puissante et un boulet osseux au bout pour combattre les prédateurs.


On le retrouve donc logiquement dans plein d'œuvres avec des dinos, comme le jeu vidéo Paraworld, la série (à chier) Terra Nova et bien évidemment Jurassic World où il fait les frais de la sauvagerie de l'Indominus Rex. Jurassic World alors que, je rappelle, il a vécu, comme le Tricératops et le Tyrannosaure, au Crétacé.
Mais bon, il est joli et tranquille comme tout, moi je l'aime bien :)

Diplodocus.

Le champion des sauropodes et le plus connu du genre a, pendant un temps, été l'un des plus longs dinosaures connus. S'il n'est pas le plus lourd, Brachiosaurus étant une véritable masse à côté, Diplodocus impressionne quand même par ses 30m de long et 10 à 16 tonnes.


Malgré les croyances populaires nées des erreurs de la paléontologie dans ses premières heures, Diplodocus - et tous les sauropodes en fait, les dinosaures géants à long cou - ne porte pas sa tête très haut pour manger au sommet des arbres. Déjà parce que les articulations de son cou et ses épaules le permettent vraisemblablement pas, ensuite parce que le sang pourrait pas être expédié tout là-haut dans son cerveau. Non, physiquement, il est plus du genre pont suspendu, le cou et la queue s'équilibrant mutuellement, la second servant aussi ponctuellement d'arme de défense.

Et au fond, même si la logistique de gestion d'un bestiau pareil serait compliquée, même dans la SF, je trouve fascinant qu'un machin aussi grand - et d'autres plus démesurés encore - ait un jour foulé notre bonne vieille Terre.

Deinonychus.

Tu connais Deinonychus, même si tu le sais pas. Découvert aux États-Unis et vivant entre -115 et -108 MA, au début du Crétacé, cet animal est extrêmement célèbre dans le règne des dinosaures.
Mesurant dans les 3 mètres de long et autour d'un mètre de haut, c'est un petit carnivore muni d'une énorme griffe recourbée sur chaque pied, et il a grandement fait avancer la science en faveur de deux thèses presque universellement reconnues actuellement : celle des dinosaures à plumes, et celle des dinosaures comme ancêtres des oiseaux.
Ouais : Deinonychus, en vrai tu le connais sous le nom de Velociraptor. Le truc c'est que les deux espèces sont très proches en termes d'évolution et de physique, même si l'un, Raptor, vivait dans ce qui est aujourd'hui l'Asie, et l'autre se trouvait dans l'actuelle Amérique du Nord, et même si aucun des deux n'avait une taille comparable à celle de l'humain.

Voilà ce que serait Deinonychus s'il avait des plumes, ce qui n'est, pour l'instant, pas avéré (contrairement à Velociraptor pour qui c'est une certitude).

Non non, un droméosauridé - un carnivore coureur - qui domine l'être humain, ça s'appelle un Utahraptor (trouvé dans l'Utah donc, en 1975), et ça fait 5m de long pour 1.80m à hauteur de hanche.
Deinonychus est donc passablement plus petit, tandis que Velociraptor, au risque de rappeler des souvenirs et de provoquer des sourires, est une sorte de dinde. Carnivore.
Bref, Deinonychus est très intéressant, même si c'est une vraie raclure dont on voudrait pas à la maison, et rien que pour ça, il a clairement mes faveurs, au contraire des Tyrannosaures, Carnotaurus, Allosaures, Spinosaures et autres grands machins qui font la joie des adeptes du massacre de la science.

Archéoptéryx.

Bah tiens, je disais que Velociraptor était un poulet. Archeopteryx est clairement l'ancêtre des thèses de la parenté entre dinosaures et oiseaux. Découvert dès 1861 en Allemagne, ce petit machin mi-terrestre mi-arboricole n'était vraisemblablement pas capable de vol puissant et long comme les oiseaux actuels - outre que ça aurait fait de lui un proie pour, notamment, les ptérosaures.
Plus ou moins de la taille d'un pigeon, d'après les quelques fossiles retrouvés, Archeopteryx vivait à la fin du Jurassique, entre -156 et -150 MA, ce qui fait de lui, pour beaucoup, le plus ancien oiseau ayant jamais existé.


Mais le plus intéressant je pense, c'est qu’Archeopteryx possède aussi des caractères propres aux théropodes - les grands carnivores type Tyrannosaure - parmi lesquels des doigts griffus sur les ailes, ce que n'ont pas les oiseaux, ou la présence d'un museau garni de dents.
Oui parce que, j'ai entendu à la sortie de Jurassic World que les gens du parc avaient fait mumuse avec les gènes pour créer des dinosaures volants avec une grosse tête de carnivore, mais c'est avéré hein, tous les reptiles volants n'avaient pas un bec façon Ptérodactyle ou Ptéranodon. D'ailleurs, les ptérosaures ne sont pas des dinosaures.

Enfin bref, je trouve très intéressant qu'Archeopteryx soit potentiellement l'ancêtre direct de tous les oiseaux - ou en tout cas l'un des ancêtres vu la faible répartition des fossiles retrouvés - et peut-être même au passage des dinosaures à plumes comme Velociraptor (et peut-être Deinonychus mais c'est pas sûr). Parce que du coup ça soutient la thèse que les dinosaures n'ont pas disparu, mais qu'ils ont évolué pour devenir les oiseaux tels qu'on les connaît actuellement.



Et la boucle est bouclée !
Allez, les dinosaures c'est trop cool, les animaux c'est merveilleux, soyez curieux, cultivez-vous, et protégez l'environnement ! Débisous !

16.4.17

L'abstentionnisme, aberration du système.

Alors ! Aujourd'hui on va parler d'un sujet qui fâche. Je voulais faire cet article à la toute fin 2016 ou au début 2017, puis j'ai renoncé en voyant qu'essayer d'expliquer à mon entourage sur Twitter que l'abstentionnisme c'est complètement con, ça n'avait d'effet notable que d'énerver les gens concernés, mais j'ai finalement décidé de reprendre l'idée.
Ne serait-ce que parce que l'élection présidentielle approche et que j'espère encore naïvement que mes propos feront réfléchir les gens, à défaut de les faire agir (parce que bon, soyons lucides, le comportement citoyen face à la politique, c'est le meilleur révélateur de la connerie suprême de certains qui se défendent pourtant d'être des blaireaux sans personnalité la plupart du temps (si vous vous sentez insulté-e-s par ces propos, avant de laisser connement libre court à vos émotions, demandez-vous pourquoi vous seriez peut-être concerné-e-s par lesdits propos et donnez-vous au moins la patience de me lire jusqu'au bout)).

Je précise que je vais pas invoquer des arguments historiques et humanistes du genre "des générations se sont battues et sont mortes pour le droit de vote" parce que la plupart des gens se foutent royalement de l'Histoire et ne sont pas humanistes. Je vais pas non plus dire que s'abstenir fait le jeu du FN (alors que c'est vrai), ou que de manière générale, les électeurs sont plus disciplinés à droite qu'à gauche, parce que là encore, les gens s'en foutent.
Comme on me l'a dit souvent, la politique c'est émotif, vous arrêtez de réfléchir avec votre tête quand vous votez, vous faites ça avec le cœur. Bah pas moi, moi je suis un mec rationnel alors je vais vous expliquer pourquoi, de manière froidement logique et rationnelle, s'abstenir de voter est une vaste connerie.


Avant de se demander ce que c'est et ce que ça recouvre, il faut poser une question plus importante. Parce que bon, certain-e-s ahuri-e-s peu politisés (et souvent abstentionnistes elleux-mêmes, que ce soit par dépit ou ignorance), se paient souvent le luxe de définir que "l'abstentionnisme c'est le fait de ne pas participer aux élections politiques".
L'abstentionnisme et l'abstention sont des comportements politiques, aussi faut-il se demander, tout bêtement,  qu'est-ce que la politique ? Bah oui, faut bien savoir de quoi on parle avant d'en parler.

Philipp Foltz, L'oraison funèbre de Périclès, XIXème siècle.

"Politique", étymologiquement, ça vient du grec polis, qui signifie "la cité". J'espère que ça je vous l'apprends pas. Je vais invoquer notre modèle culturel, celui des Grecs et les Romains, pour qui elle n'est ni un régime politique ni une forme de structure étatique.
Du haut de nos deux siècles de réflexion politique depuis la Révolution Française, on a gagné le droit de fermer nos gueules, parce qu'on ne sait rien de la politique : les Anciens l'ont brassée, pensée, élaborée, remaniée, pendant dix fois plus longtemps, sans jamais se mettre d'accord sur son objet.

Histoire de mieux définir le terme, j'apporte une précision propre à la France : on parle souvent de démocratie (à tort, vu qu'on est gouvernés par une oligarchie) mais dans les institutions, sur les courriers officiels, dans les médias, on parle presque systématiquement de "république française".
Or, la république, en latin res publica, c'est la chose publique. C'est ainsi que les Romains désignent leur régime, raison pour laquelle ni le nom, ni les institutions, ni le regard qu'ils portent sur le régime, ne changent entre "la république" et "la période impériale". Pour les Romains, c'était la même chose.

Je traduis en mots simples : la politique c'est le fait de vivre en commun. Dès que tu sors de chez toi tu entres dans le champ politique, parce que tu te déplaces dans un lieu, la ville, la campagne, la route, qui a été modelé à l'issue de projets d'urbanisme, et que tu vas profiter des services définis par des assemblées selon des règles d'échanges économiques déterminés par des assemblées. Quand tu vas au travail, tu fais de la politique, parce que le travail, son sens social et sociétal, ses objectifs, son fonctionnement, sa rétribution (le salaire) et tout ce qui l'entoure sont définis par des règles établies par des communautés.
L'économie, la société, la justice, les institutions publiques, tout est le fruit d'une ou plusieurs entités - principalement le gouvernement et la Constitution, qui je le rappelle est un texte fondamentalement juridique et politique - qui découlent de la vie en politique.
RIEN de ce que l'on fait au quotidien N'EST PAS politique. TOUTE NOTRE VIE QUOTIDIENNE est un acte de politique. Le simple fait de vivre au milieu d'êtres humains, c'est déjà faire de la politique.

Si t'as cru que tu pouvais un jour sortir de la politique, t'as mal cru. Déjà entendu parler du Baron Haussmann ? Si tu vis à Paris, sache que si ta ville possède de grands boulevards très ouverts, c'est parce qu'un mec a décidé un jour que c'était plus facile d'être un monarque absolu si on avait la place de donner du canon sur les grouillots de la populace en pleine ville. Ce mec, c'était Napoléon III. 
La politique est au cœur du quotidien, que tu le veuilles ou non.


C'est là que tu commences à voir, normalement, en quoi l'abstentionnisme pose problème. L'abstention est un acte de politique qui exprime le rejet d'un système, le retrait par celui ou celle qui fait acte d'abstention (oui parce que ne rien faire c'est déjà un acte en soi).
L'abstention par essence est fondamentalement incohérente telle que pratiquée par la plupart des gens.
D'une part, beaucoup de penseurs de l'abstention sont des gens qui n'ont pas à souffrir des conséquences de ce choix - par exemple les vidéastes français façon Buffy Mars qui prônent l'abstention et la réflexion politique de la rue, d'en bas, de la masse populaire - on a bien vu à quel point Nuit Debout a échoué lamentablement. Sauf que la plupart des gens n'ont pas les moyens physiques et financiers de s'investir dans la réflexion politique, ielles ont une vie, un travail, une famille peut-être, enfin des priorités. S'investir durablement dans la réflexion et le brassage politique, ça vaut que quand on a du temps libre et qu'on bénéficie d'un certain confort matériel.

D'autre part, l'abstention politique n'est que l'expression partielle de ce qu'elle devrait être si elle était assumée. Là encore, la plupart des gens ne bénéficient pas d'un confort matériel qui leur permet de s'abstenir correctement.
Et pour ça je vais utiliser une métaphore : l'abstentionnisme, c'est comme le rejet du nucléaire. Tu dis que tu n'en veux pas chez toi, que tu veux pas que ton pays soit régi par ce truc, et tu le condamnes en chaque occasion. Puis vient un jour où un accident nucléaire survient et où les radiations envahissent ton pays : elles s'en foutent royalement que tu sois contre le nucléaire, tu subis les conséquences tout pareil. Rejeter un système par volonté d'abstention ne sert à rien si tu vis au cœur du système. Résultat l'abstention en France se retrouve réduite à une condamnation de façade alors qu'elle est en théorie un choix extrême et beaucoup plus profond.

38 MEMBRES du gouvernement actuel. 18 ministres ! Il n'y a pas un pan de la vie des Français qui ne soit pas sous contrôle ou influence des structures politiques !

Je l'ai dit, l'ensemble de notre vie est régi soit par des émanations de la république "chose publique", soit de l'État lui-même, avec ses volets - ministères -  économique, judiciaire, environnemental ou de la sûreté (parce que c'est triste mais le ministère de l'Intérieur est désormais réduit, dans l'image populaire, à la police). C'est là que repose l'essentiel de l'incohérence de l'abstentionnisme : tu rejettes le système, tu refuses les élections, mais tu vis en France, selon les règles socio-économiques et culturelles - la télé, l'Internet et les réseaux de communication français, la protection sociale maladie et les conditions de travail et de salaire françaises - qui sont le produit du système que tu rejettes.
Tu t'abstiens aux élections politiques françaises ? Tu rejettes le système français en t'abstenant systématiquement ? VA REJOINDRE UNE COMMUNAUTÉ AUTOGÉRÉE QUI VIT EN AUTARCIE ! RETIRE-TOI DU MONDE POUR VIVRE EN ERMITE !
VA VOIR AILLEURS, VA AU CANADA, EN ANGLETERRE, EN SUISSE, CESSE DE CONDAMNER LE SYSTÈME ALORS QUE TU PROFITES ALLÈGREMENT DE CE QU'IL OFFRE À TOUS LES RÉSIDENTS DE FRANCE !! 
On ne peut pas sincèrement et totalement s'abstenir de participer au système français si on vit dans le système français, c'est aussi simple que ça.


Du coup, l'abstention en France en 2017 ce n'est pas l'abstention. C'est l'ignorance et la fainéantise. C'est la flemme de se bouger le cul deux dimanches pour aller mettre un papier dans une enveloppe.
Pire encore : l'abstention exprime le rejet d'un système, alors qu'on a bien vu que les initiatives populaires pour changer le système étaient à la fois vouées à l'échec - parce que jamais vraiment populaires et toujours un peu instrumentalisées - ou confrontées à un système qui les écrase sans pitié - avec la police sinon c'est pas drôle.
Sans parler des pétitions et des manifestations parce que si y'a bien un truc dont tout le monde - et surtout le système en place - se fout royalement, c'est des listes de signatures d'anonymes ou des gens qui marchent dans la rue. Dans les institutions, le seul truc qui marche, ce sont les institutions elles-mêmes, donc le vote.

Vous êtes contre le système, contre la Vème république, contre les politiciens français actuels, contre l'oligarchie, contre la finance, contre un univers qui nous écrase pour se maintenir, et qui nous balance un Emmanuel Macron pour faire croire que le capitalisme c'est jeune et sexy ? Il existe un recours pour ça. Il existe depuis longtemps un moyen, lors des élections, de dire "aucun des choix que vous ne proposez me convient" ou lors des référendums de dire "la question n'est pas bonne, reformulez".


Ce recours, ça s'appelle le vote blanc. Alors effectivement, le vote blanc n'a de valeur que si le vote est obligatoire, actuellement il est comptabilisé mais n'influe pas sur les élections. Mais au fond, vous croyez que l'abstention influe sur les élections ? Comme je l'ai déjà dit ailleurs, il pourrait y avoir lors d'une élection 65% d'abstention, 15% pour un-e candidat-e, 10% pour un-e autre et les 10 derniers pourcents partagés entre les autres candidat-e-s et le vote blanc, lea candidat-e à 15% gagnerait quand même son élection. Avec 2 Français-es sur 3 qui se foutent de l'élection, ielle serait gagnant.
Actuellement l'abstention et le vote blanc en vrai ça veut dire "bon, y'a tant de gens qui se foutent de cette élection et y'a tant de gens qui participent à l'élection pour dire qu'ils se foutent des propositions qu'on fait."
Après il y a des candidats qui intègrent dans leur programme la validation du vote blanc. Il existe actuellement des candidats qui, s'ils sont élus, ont promis que 50% ou davantage de vote blanc à une élection invaliderait cette élection. J'ai pas regardé le programme des autres candidats, mais Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon proposent tous les deux cette mise à jour du vote blanc afin de vraiment prendre en compte le rejet et la contestation d'une partie des Français-es.

Problème : ce sont ces citoyen-ne-s qui refusent de voter aux élections et de changer la validité du vote blanc. Qu'ielles sont con-ne-s, hein ?

9.4.17

Geek Contest n°1 : il faut laisser le temps au temps.


Je sais, j'avais dit que j'avais un article politique assez important sur le feu, et en vrai le brouillon est juste là, le texte me tourne dans la tête depuis des semaines, ça sort bientôt.

Non mais il y a VACHEMENT plus important ! Mon ami Monsieur Geek du Band of Geeks m'a fait découvrir un nouveau concept d'articles participatifs, à la manière de feu le TFGA d'Alex Effect (je rappelle que ma catégorie associée est juste là), intitulé vous l'aurez compris Geek Contest.
ET MOI J'ADORE échanger autour d'un thème culturel et lire les participations d'autres passionnés comme moi, c'est ce que j'avais adoré dans le TFGA, alors je peux pas laisser passer un tel concept sans y contribuer \o/

Le créateur du Geek Contest, Kavaliero de Piece of Geek, propose tous les mois de réfléchir à un concept donné pour avancer certaines réponses, avec cette fois-ci un cadre (plus ou moins) strict. Il s'agit, autour du thème proposé, de citer à chaque fois :
 - un jeu vidéo (forcément)
 - un film
 - une série télé
 - un livre
 - un personnage célèbre
Et donc, vous l'aurez également compris, le thème du premier Geek Contest est le temps. J'aurais voulu citer en titre d'article le 5ème élément, "le temps n'a pas d'importance, seule la vie est importante", mais bon, c'est tout l'inverse x) Bref.
Voilà ma participation ^^


1. Jeu vidéo : Dark Chronicle (PS2).

Ceux qui me connaissent bien savent parfaitement que je loupe pas une occasion de parler de mon jeu vidéo préféré de tous les temps (un RPG japonais du studio Level 5, les mêmes qui ont commis le Professeur Layton et Ni no Kuni).
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Dark Chronicle est un donjon-RPG sorti en 2002. Son graphisme en cel-shading, ses paysages variés, le travail assez dingue autour des lumières, la bande-son tout simplement magnifique mais aussi et surtout les énormes pans de quêtes annexes qui n'ont rien à envier aux Final Fantasy font de lui mon préféré du genre, juste devant FFX.

(ouais aux USA il s'appelle Dark Cloud 2, parce qu'en vrai c'est la suite indirecte de Dark Cloud)

Pour ce qui est de sa narration, Dark Chronicle oppose un jeune bricoleur aventureux, Maximilien dit Max, ainsi qu'une princesse et épéiste dont le père a été assassiné, Monica, à l'infâme Empereur Griffon.
Petit détail : Monica vient d'une époque de 100 ans ultérieure à celle de Max, et l'Empereur a vécu 10 000 ans avant eux.
La magie de trois pierres du jeu, les Atlamillia, crée donc un univers dans lequel les allers-retours dans le temps sont fréquents et où il s'agit de reconstituer le monde détruit par Griffon avant de trouver les connaissances et les armes pour le vaincre. Bref, on voyage dans le temps en fantasy. Le kiff.

1. bis : jeu vidéo : Rusty Lake : Roots.

Ouais, je suis comme ça moi, pourquoi citer une œuvre quand on peut en citer deux ?
Non mais en vrai vous allez voir plus tard, au niveau du personnage célèbre ça a cafouillé alors j'me rattrape avec ça (en plus Kavaliero aussi il a cité deux films ^^).


Bon alors Rusty Lake est un petit jeu en point'n click que j'ai découvert un peu par hasard sur Steam, et que j'ai beaucoup apprécié. C'est l'histoire d'une famille, à priori de Nouvelle-Angleterre (États-Unis) entre la fin du XIXème siècle et le milieu du XXème.
D'une génération à l'autre, on fait évoluer et vivre les personnages en fonction d'événements mystérieux et de leurs ambitions personnelles - parfois pour le moins curieuses, voire ignobles - pour certains de leur naissance à leur mort.

Il est donc question du temps et de son écoulement dans ce jeu, mais aussi, d'une manière, de son caractère parfois cyclique, puisque l'épilogue de Rusty Lake ramène l'histoire à son point de départ - avec un ancêtre fondateur de la lignée et une résurrection à la clé.
Bon, après, l'univers est très intéressant, les graphismes ont un charme désuet, mais il faut savoir que le jeu est plein d'humour noir, parfois de violence froide et funeste, et qu'on est pas loin du style narratif d'un certain Lovecraft. 'fin bon, moi j'ai apprécié et je vous conseille d'y jeter un œil si c'est votre came.

 

2. Film : Edge of Tomorrow (2014).

Sous ses airs de blockbuster estival sans prétention, Edge of Tomorrow, avec Tom Cruise, Emily Blunt, Brendan Gleeson et Noah Taylor (entre autres) est un film très intelligent.
Basiquement c'est un post-apocalyptique dans lequel des aliens, les Mimics, ont tenté d'envahir la Terre. En fait c'est même un apocalyptique parce qu'on est en plein dans l'invasion. Mais tout dans ce film est lié au temps et à sa gestion, c'est magnifique.

L'Europe est occupée par l'ennemi, sauf l'Angleterre et l'est où la résistance tient tête à l'invasion - comme durant la Seconde Guerre Mondiale, on se rappelle, Winston Churchill et l'Union Soviétique. Une bataille mémorable a eu lieu à Verdun - comme durant la Première Guerre Mondiale - et les Américains s'apprêtent à débarquer en France - comme en 1944 - pour libérer le pays et foncer vers Paris.
Et surtout, le héros, joué par Tom Cruise, découvre après avoir été tué par un Mimic qu'il a reçu une partie du pouvoir alien : il peut revenir quelques heures avant sa mort chaque fois qu'il est tué, comme pouvait le faire une guerrière incroyable de l'armée américaine, jouée par Emily Blunt.

A partir de là c'est le festival, Tom Cruise meurt, renaît, remeurt, rerenaît, meurt à nouveau, jusqu'à élaborer une stratégie.
Edge of Tomorrow est parfois drôle, souvent nerveux et très bien écrit et monté. Je recommande.


3. Série : Pushing Daisies (2007).

"Manger les pissenlits par la racine", selon l'expression anglophone éponyme, est une série de Bryan Fuller, centrée sur les personnages de Ned et de Charlotte "Chuck" Charles. Ça se passe dans un comté fictif des États-Unis, dans un univers extrêmement coloré et identifié qui ne déplairait pas au Tim Burton de Big Fish.
De fait, c'est une série magnifique, à la fois dans sa bande-son - qui comporte un certain nombre de chansons grâce à la présence d'actrices secondaires qui sont également artistes à Broadway - et dans ses choix visuels.

Ah oui au fait c'est avec Lee Pace aka le plus beau mec de l'univers.

Pour ce qui est du propos, Pushing Daisies est toute entière fondée sur le temps : Ned et Chuck, se remémorent leur enfance perdue, leur brève relation amoureuse infantile, et essaient de rattraper le temps perdu. Ned possède le pouvoir de ramener les morts à la vie et de les renvoyer chez les morts, mais au-delà d'une minute de résurrection, une vie équivalente doit être abandonnée - ce pouvoir a donc incité un détective privé à s'associer à Ned pour interroger les victimes de meurtre, arrêter les coupables et toucher la récompense.
De son côté, Chuck a été assassinée, du coup Ned s'interdit de la toucher une seconde fois pour pour ne pas la tuer définitivement. Le jeune couple à la relation un peu dramatique et heureuse malgré les quelques fêlures s'intéresse beaucoup au temps, au passé perdu, au présent qu'il faut savourer - Ned est un pâtissier de génie - et au futur qui n'est jamais acquis.
De la poésie à adorer sans hésiter.

 

4. Livre : Le Déchronologue de Stéphane Beauverger.

Ce livre que j'ai découvert grâce à une amie (Tristelune, si tu passes par là...) est à la fois une histoire de pirates et une uchronie. Le personnage principal est un marin français engagé dans la constitution d'une République des Pirates dans les Antilles françaises, et le récit suit son journal de bord, chaque entrée étant datée aussi précisément que possible.
Datée pourquoi ? D'abord parce que les chapitres ne sont pas dans l'ordre chronologique, ensuite parce que quand on passe un temps indéterminé en prison, on perd la notion du temps. A fortiori quand on commande le Déchronologue, un navire dont les canons "tirent du temps" qui fait un peu perdre la notion du réel à ses occupants.

De fait, cet univers du XVIIème siècle est au fil des pages de plus en plus envahi par les brèches temporelles qui ont nécessité la conception du Déchronologue afin de les refermer ; brèches par lesquelles s'infiltrent la flotte macédonienne d'Alexandre le Grand, Cortès (un siècle après sa mort), ou encore une frégate américaine contemporaine qui fait régner la terreur dans les Caraïbes.
Ajoutez à ça le suspense causé par des canons surnaturels dont le fonctionnement n'est pas expliqué en premier lieu, et dont le capitaine interdit à son équipage de les voir fonctionner (pour ne pas le terrifier ou le compromettre), et vous avez un récit palpitant qui se laisse suivre avec intérêt.
Bon, ça vire assez hallucinant quand, enfin, on découvre qu'en fait, les canons du Déchronologue créent des anormalités temporelles lors desquelles les ennemis enfermés dans ces conjonctions sont confrontés à leurs doubles du passé immédiat ou se voient mourir dans un avenir imminent, mais ça reste très bien écrit et appréciable x)


5. Personnage célèbre : le docteur Manhattan de Watchmen.

Je l'ai dit, sur le personnage célèbre, ça cafouille un peu, en vrai j'ai cherché et j'ai trouvé aucune personnalité réelle qui soit liée au temps que je connaisse ou qui m'intéresse. Je connais très peu de scientifiques et d'érudits en fait x)
Du coup j'ai décidé, comme Monsieur Geek a pu le faire pour sa part, de me reposer sur un personnage fictif. Et de fait, si j'aurais pu en citer d'autres (Hiro Nakamura par exemple), Manhattan est celui, de ceux que je connais, qui est le plus lié au concept du temps.


Dans le roman graphique d'Alan Moore comme dans son adaptation par Zack Snyder, le père de Jon Osterman a abandonné son métier d'horloger quand Einstein a découvert la relativité du temps (spéciale dédicace à Kavaliero qui a cité Albert ^^), et Osterman lui-même, qui a appris très jeune à démonter et remonter des mécanismes d'horlogerie, est devenu physicien.
Par la suite, désintégré par une réaction atomique, il est parvenu à reconstituer son corps pour devenir le Docteur Manhattan, un personnage tout-puissant sur la matière, qui voit son propre passé et son propre avenir simultanément au présent. Confronté à sa propre singularité, aux humains, aux complots d'Ozymandias (c'est pas un spoiler, Watchmen a entre 10 et 30 ans en fonction du format), il se retire sur Mars pour méditer sur le temps, la permanence et l'inachevé de la vie, de l'humanité et autres.
J'avoue que cette partie m'échappe un peu, même si la musique de Philip Glass est géniale.
Bref, Doc Manhattan, l'Homme du Temps.


Encore une fois, je remercie Kavaliero pour son excellent concept auquel je m'adonnerai aussi souvent que possible, et Monsieur Geek pour sa passion toujours renouvelée pour le blogging et l'échange culturel. La prochaine fois, début mai, il paraît qu'on parlera des animaux ! Génial !
Allez, à bientôt tout le monde, et cultivez-vous ! ♥

29.3.17

Ils doivent se faire chier en Scandinavie, pour devenir aussi souvent des meurtriers ^^


Block 46.

Auteur : Johana Gustawsson.
Origine : France.
Nombre de livres : 1.
Date de publication : 23 octobre 2015.
Genre : thriller.


Cette photo et la couverture du roman
viennent  du blog de Bragelonne
à cette adresse.
L'auteur.
Johana Gustawsson, née en 1979, est diplômée de Sciences Politiques. Après une carrière de journaliste pour la presse et la télévision en France, elle a émigré vers l'Angleterre. Elle vit actuellement à Londres d'où elle a publié deux romans, Block 46 en 2015 et Mör en 2017.


Falkenberg, Suède, de nos jours. La police de la petite ville côtière, dirigée par le commissaire Bergström, découvre le corps mutilé d'une jeune femme non loin de sa maison.
A Londres, l'écrivain française Alexis Castells, spécialisée dans les biographies de tueurs en série, se rend à un grand événement de la mode et de la joaillerie, où son amie Linnéa Blix, qui devrait être la star de la soirée, est absente. Très vite, la police suédoise la contacte pour identifier la victime de la plage, qui s'avère être Linnéa elle-même.

L'affaire se complique cependant très vite : Emily Roy, vieille amie d'Alexis et profileuse chez Scotland Yard, enquête sur une série d'assassinats similaires dans la capitaine anglaise...


Alors. Par habitude et parce que j'aime à la fois la digression et expliquer les choses, je vais commencer par remettre les choses en contexte. Un de mes meilleurs amis, mon Bro Adrien, travaille dans une librairie lilloise spécialisée dans les romans noirs et les thrillers judicieusement nommée Humeurs Noires, et possédée par un oiseau de mauvais augure ("Maître Corbac, sur une enseigne perché, tenait en son bec un polar. Maître Chacal, par le titre alléché, décida d'aller le lire au bar"... ok, pardon, c'était un mauvais pastiche. Adrien, Olivier, si vous passez par là... bienvenue sur mon blog ^^).
D'ailleurs si vous êtes lillois-e et curieux-se, la librairie se trouve du côté du marché de Wazemmes, pas très loin de la  rue Gambetta.

Bref, comme vous le savez si vous me connaissez, je lis essentiellement de la SFFF (science-fiction/fantastique/fantasy), mais je suis assez curieux, du coup j'ai été ravis de constater que chez Humeurs Noires, le libraire connaît très bien ce qu'il vend et sait conseiller sans problème ses clients. J'vous avoue que les vendeurs du Furet du Nord et de la Fnac à qui je demande parfois de la fantasy, je les soupçonne fort de pas l'avoir lue.
Et donc Olivier m'a conseillé Block 46 de Johana Gustawsson, que j'avais déjà repéré pour son intrigue qui me rappelle un peu la trilogie Millenium (des morts en Suède, du mystère et un passé répugnant à déterrer) : de fait, j'ai adoré ce livre.

Block 46, c'est l'histoire d'Emily Roy et surtout Alexis Castells (qui comme son nom ne l'indique pas, est une femme), histoire dans laquelle on pourrait bien reconnaître l'expérience de Johana Gustawsson elle-même : une Française à Londres, écrivain de surcroît, et une histoire de déportation dans le camp nazi de Buchenwald. Mais bon, tous les auteurs mettent leur culture et leur savoir dans leurs livres, c'est logique, compréhensible, et je fais pas exception à la règle.
Au-delà de ce duo d'enquêtrices, le roman met en scène quelques personnages qui font avancer l'intrigue, malgré l'épaisse chape de mystère qui domine l'essentiel de son déroulement, dont j'ai beaucoup aimé l'écriture. Bergström évidemment, le commissaire qui a l'air d'un marin éprouvé, Olofsson c'est le flic qui est un peu chiant, Stellan c'est le type sympa qui veut se faire Alexis (c'est à peine éludé, ce que j'ai trouvé assez marrant), et il y a surtout Erich Ebner et le docteur Fleischer, puisque Block 46 se déroule sur deux temporalités. En Suède de nos jours, et dans un camp de concentration entre 1944 et 45.

En fait c'est ça qui fait une bonne histoire, je trouve, la fantasy me l'a bien montré. Même si tu connais pas les noms de personnages et que tu as un peu de mal à les retenir, s'ils sont bien écrits et caractérisés, on s'y attache et on mémorise plus facilement les détails de leur personnalité, de leur parcours ou convictions.
Je précise en outre que, loin du sexisme ordinaire, Emily et Alexis ne sont pas du tout des enjeux narratifs sans consistance. Elles sont jugées sur leur apparence et leur physique, et c'est ce qui fait leur force : on ne soupçonne pas une jolie femme apparemment inoffensive ou une enquêtrice au physique négligeable d'être aussi fortes et aussi douées pour l'investigation.
J'ai adoré tout particulièrement le fait qu'Emily, si froide et distante en société, traitant son métier de profileuse des tueurs avec détachement et rationalité, se montre versatile et chaleureuse pour mieux aborder l'aspect humain de l'enquête, discuter avec les gens et les faire parler - ce dont Alexis est la première à s'étonner. D'ailleurs c'est pareil pour Erich et Fleischer, leur attitude et leurs actes sont souvent changeants ou présentés comme tels qu'on sait pas bien ce qu'on ressent pour eux, c'est assez fascinant x)

Non parce que, c'est un truc que j'adorais déjà dans la dark-fantasy et que j'ai pas beaucoup retrouvé par ailleurs dans mes lectures habituelles, le polar se fout totalement du manichéisme. Y'a pas vraiment de Gentils parce qu'ils sont trop confrontés à la noirceur pour être immaculés et les Méchants sont justement écrits pour mettre en lumière les aspects les plus détestables de l'Humanité, de la psychopathie à la manipulation en passant par le mensonge et le meurtre.
Block 46 traite donc très justement ses enjeux, du deuil (d'Alexis qui semble avoir un passé chargé) à l'intimité - notamment de Linnéa qui est découverte comme vachement plus secrète et changeante qu'elle ne semblait l'être de prime abord, histoire en bonus d'écorner un peu l'image de cette pauvre victime - en passant par l'impact des événements sur notre manière d'être. Par exemple, j'ai trouvé très sympa qu'Emily Roy invite spontanément son amie à participer à l'enquête, dans une sorte de démarche cathartique (pour se remettre du meurtre de son ex-mari et pour venger la mort de Linnéa) [spoiler] tandis que, d'un autre côté, le livre pose une question dure et pertinente : peut-on survivre indemne à la Shoah et l'expérience de celle-ci peut-elle transformer une victime en meurtrier psychopathe ? [fin de spoiler].
Enfin, la question de la déportation, de la vie dans les camps de concentration et du devenir des victimes est traitée - c'est logique vu le passif de l'auteure - avec beaucoup de respect et de pertinence, qualifiant de surhommes non pas les Aryens vantés (à tort en plus, parce que ça existe pas) par les nazis, mais les déportés qui ont subi un traitement aussi ignoble et pour certains en ont réchappé.

Sans grande surprise, le style du roman, vu son genre et ce qu'il raconte, est assez suggestif, sinon carrément démonstratif. Pour commencer, la vie d'Erich Ebner à Buchenwald, son récit de la Shoah, de la vie au camp entre les Blocks 50 et 46, des fours crématoires et de la science du IIIème Reich sont absolument insoutenables, certains éléments du livre sont parfois terrifiants...
Ensuite, des morts à la pelle, des mutilations physiques, des tortures psychologiques et en prime la plongée dans l'enfer de la tête d'un tueur, rien ne nous est épargné ^^
Ah ça je m'y attendais pas et j'ai bien aimé. Direct, bim, le roman commence par un chapitre où on voit ce dernier enterrer une victime. Ça m'a dérouté j'étais genre "attends, qu'est-ce que je viens de lire là ? o_O" et ça continue par la suite, Johana Gustawsson alternant le point de vue d'Alexis et Emily, de nos jours, celui d'Erich Ebner depuis 1944, et celui du tueur en pleine introspection avant ou après un meurtre.

Mör, nouveau roman de Johana Gustawsson, sorti en mars 2017
et sur lequel je vais rien dire pour spoiler personne à propos de Block 46.

N'étant pas lecteur assidu de polars, thrillers et romans noirs - au point d'être incapable de définir ou de démarquer les trois - j'ignore si la narration de ces genres est fondée sur l'ignorance du lecteur, malgré l'importance du suspense. C'est vrai quoi, on peut surprendre le public même après l'avoir abreuvé d'informations, en le menant sur de fausses pistes, alors que là, si on s'identifie très bien aux deux femmes principales, c'est surtout parce que, comme elles, on patauge et on est mené nulle part.
Du coup c'est encore plus plaisant de progresser dans la lecture, de commencer à collecter les pièces du puzzle, de voir les personnages en faire autant alors que leurs investigations aboutissent, et plus encore de découvrir une énorme révélation [spoiler] autour d'Erich Ebner [fin de spoiler] à quelques pages de la fin. Sérieux j'étais genre "putain quoi ? O_O ...oh la vache... sérieux... QUOI ?!?". Haha, je vais pas vous spoiler, mais ce renversement de ouf, c'est tellement génial ! De quoi donner un tout autre sens à tout ce qu'on a lu jusque là ^^

Bon après, y'a bien le repérage dans l'espace, en intérieur comme en extérieur, qui est parfois imprécis, le livre décrit abondamment les lieux traversés par Erich, Emily et Alexis, mais parfois on s'y retrouve pas bien dans les détails. Après, sans connaître Falkenberg ou Londres (c'est dingue le nombre d'auteurs qui écrivent sur cette ville en évoquant plein de quartiers et de rues comme si tout le monde les connaissait ^^), on n'est pas perdu-e.
On sait que la première est une petite ville du nord-ouest de la Suède - et c'est hallucinant de voir le nombre d'auteurs et de livres liés au polar ou au thriller en Scandinavie, alors que la région passe pour être plutôt calme et pacifique, leur imagination est sanglante ^^ - que le cadre est couvert de neige - l'intrigue se déroulant en janvier - alors on se fiche un peu de savoir dans quel sens tourne telle route ou quelle est la disposition des maisons. C'est davantage le cadre général qui importe et le texte reste compréhensible sans être dans la tête du narrateur ou de l'auteur-e.


En bref : pour quelqu'un qui n'est pas spécialement fan de polars et même qui en lit très peu, j'ai été absolument conquis par celui-là. C'est un premier roman, donc il est difficile de déceler un style propre à Johana Gustawsson qui risque de dominer son œuvre - cela dit, elle vient de publier la suite de Block 46 et je vais sûrement l'acheter - mais ce qu'elle raconte ici, entre enquête lente et méthodique d'une part, et psychologies étoffées d'autre part, est vraiment intéressant. On se prend à aimer avoir peur ou être choqué par ce qu'on lit, tant c'est bien écrit. La personnalité des personnages et les dialogues sont également appréciables. Bref : remarquable découverte, n'hésitez pas à la faire à votre tour :)

27.3.17

L'affaire Fillon, symptôme d'une oligarchie en ruines.

Il y a de ça un mois ou presque, j'ai découvert par l'intermédiaire de mon réseau social préféré (celui avec le moineau) un article du Figaro qui évoquait le "Fillongate" sous un angle qui, s'il n'avait rien d'original, comme on va le voir plus tard, avait pour lui de pousser à l'extrême la réflexion des politologues, penseurs et acteurs politiques de droite.
Pour le dire clairement, mais là encore on va y revenir, la majorité des célébrités de droite, politiques ou médiatiques, peuvent être classées en deux catégories : les gens qui se facepalment devant Fillon en attendant l'inévitable impact dans un mur en béton armé avec le visage de Macron peint dessus, et ceux qui soutiennent Fillon envers et contre tout, estimant qu'il est victime de persécution, de harcèlement, et l'auteur de l'article dont je vous parle fait partie de ce second groupe.

Alors, comme je m'applique à parler assez régulièrement de politique et surtout, à vulgariser l'Histoire en les associant à des faits de société quand ça s'applique, j'ai très vite décidé que j'allais commenter cet article (bon, j'ai pris un peu de retard mais vu que je fais mes articles politiques récents en fonction de la présidentielle, pour vous éclairer ou vous convaincre, ça urge un peu là).
Bref, pour ceux qui ceux qui veulent lire le torchon en question, il se trouve ici, et le titre en est le suivant : "L'affaire Fillon, symptôme d'une démocratie en ruines" (oui je suis un sale copieur. Ou un gros troll, allez savoir).
Je précise en outre que, n'ayant pas fait d'études de journalisme, de communication, de politique, ni suivi de cours évoquant ces thèmes (enfin un peu de politique, mais dans le cadre de l'Histoire), j'ignore tout de l'alignement politique des journaux français. Je sais que Libération et L'Humanité sont à gauche, mais pour le reste, j'me contente de juger le contenu des articles, pas la ligne générale - ici du Figaro.


Bon alors déjà, c'est bien, le Figaro a une mise en page claire, avec des extraits mis en avant, des paragraphes bien délimités, c'est facile à lire et à commenter.
L'article commence par une citation de Fillon, qui dénonce l'assassinat politique dont il fait l'objet depuis que le Canard Enchaîné a révélé l'emploi fictif de Pénélope Fillon, puis alors que des affaires de cadeaux onéreux, d'emplois et de salaires hallucinants des enfants de François Fillon et autre diffamation de personnalités mortes ou vivantes se sont succédé.

D'une part, l'essentiel de ce qui est tombé sur la tronche de François Fillon depuis son investiture comme candidat de l'UMP est le fait de ses seuls actes - utilisation du statut d'élu parlementaire (député et sénateur), création d'emploi fictif, manipulation d'argent public, abus de biens publics en faveur de sa famille et tout, bon, je suis pas juriste - et le travail des médias n'aura été que de rendre ça public.
Évidemment, on pourrait poser quelques questions pertinentes - depuis quand le Canard détient ces informations, pourquoi ne les avoir révélées qu'à l'investiture de Fillon et pas pendant sa campagne... De fait, il est possible que l'intention soit de neutraliser la droite au moment où il ne lui reste plus assez de temps pour changer de candidat. Mais, de toute manière, l'UMP comme le PS fonctionnent de toute façon selon le système de primaire qui est d'une paresse effroyable, le candidat et le programme n'étant connus que dans les derniers mois ou semaines avant l'élection.

D'autre part, moi je veux attirer votre attention sur l'expression utilisée. "Assassinat politique."
Ironiquement, le retard de la publication du présent article me permet d'invoquer l'actualité : un opposant politique à Vladimir Poutine est "tombé de son balcon" il y a quelques jours et a succombé à sa chute. François Fillon, pour sa part, est encore bien vivant, mais en plus il concourt à la Première Magistrature de France alors qu'il est mis en examen par le pouvoir judiciaire. Son innocence n'a rien d'avéré, les charges contre lui sont très lourdes, et il accuse le système de vouloir l'assassiner.

Si on remonte un peu dans le temps, on peut en trouver, de vrais assassinats politiques : Jean Jaurès, fer de lance du pacifisme socialiste européen au début du XXème siècle, dont la mort a indirectement permis la Grande Guerre.
Henri IV, assassiné par un activiste religieux dans ce qui est clairement un meurtre politique - la victime est le chef d'État de la France. Henri III, assassiné dans les mêmes conditions. Et sans aller jusqu'à la monarchie absolue, Léon Trotski, vraisemblablement assassiné en 1940 sur les ordres de Joseph Staline, alors maître de l'URSS. Anna Politkovskaïa, journaliste russe assassinée en 2006 pour son opposition au président Vladimir Poutine et pour la médiatisation qu'elle a réalisée sur la Tchétchénie et ses crimes de guerre. John Fitzgerald Kennedy, président américain assassiné en 1964 au Texas, Robert Kennedy, assassiné en 1968 à la suite de son frère.
Il faut appeler un chat un chat : un assassinat politique, c'est quand quelqu'un est assassiné pour des motifs politiques ou dans un cadre politique. Si François Fillon faisait l'objet d'un assassinat politique, il serait plus là pour en parler.

L'auteur de l'article poursuit en évoquant une persécution visiblement approuvée voire suscitée par l'Élysée afin de compromettre les chances, présentées comme légitimes, de victoire de François Fillon.
Et là on touche au cœur de la défense - pathétique - de Fillon et ses partisans depuis le début de ces affaires. L'UMP et Fillon ne cessent de se présenter comme les favoris à l'élection présidentielle et ne cessent d'évoquer les affaires et, jusqu'au début de l'année 2017, les adversaires de Fillon, comme de simples obstacles sur une voie toute tracée. On entend même très régulièrement parler d'alternance légitime et des Français qui "aspirent à l'alternance".
Sauf que non, pas  du tout. Jamais, dans aucun univers.

Il n'y a absolument rien dans la Constitution de la Vème république ou dans les institutions qu'elle a produites qui impose l'alternance de deux partis au pouvoir. La France n'est pas un pays bipartiste comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, elle a toujours cultivé le brassage des idées politiques et le multipartisme.
Le PS et l'UMP, les deux entités qui profitent de ce bipartisme apparent, ne cessent de vouloir nous convaincre qu'il est chose naturelle, alors que c'est faux. C'est simplement un fait historique que depuis 1958, seuls ces deux groupes (le second ayant changé de nom plusieurs fois après de Gaulle) ont contrôlé la présidence, mais ça n'a rien d'une prescription. Si dans un mois la France Insoumise, ou le FN, ou En Marche prenaient le contrôle de l'Élysée, rien ne s'y opposerait dans les institutions.  
J'ajoute que si le PS et l'UMP s'entêtent à faire de la merde à tour de rôle, rien n'oblige non plus les Français à se fier à ces partis plutôt qu'à tous les autres. François Fillon, qu'il le veuille ou non, n'était jusqu'à janvier qu'un compétiteur parmi d'autres, pas un favori ni un promis à l'Élysée. Depuis ces affaires, il est devenu un criminel potentiel et un menteur, manipulateur, égocentrique et mégalomaniaque avéré, mais à aucun moment il n'a été le tenant du titre que l'élection présidentielle devra lui confirmer ou lui retirer.

Notez, à la fin du 3ème paragraphe, l'évocation insultante de l'auteur de l'article : le corps électoral - c'est-à-dire le peuple - est facilement manipulé par les médias et la voix dominante. Je rappelle que la plupart des grands médias français sont possédés par de riches industriels de droite. Il est ajouté juste après que tout (l'élection donc) dépendra de l'intelligence du peuple. Sous-entendu, soit on élit Fillon à la présidence, soit on des gros abrutis manipulés par les médias.

Après ça, on a un petit intermède de contexte, puis un des laïus de la droite : un long paragraphe pour expliquer que la France va mal, que le contexte actuel est terrifiant, que ni Le Pen ni Macron ne sont capables d'y faire face, et que même Fillon, s'il était élu malgré ces affaires, serait vite mis en péril. C'est encore ici un des arguments phares de la droite pour se faire élire à chaque scrutin : le chantage au chaos. Si vous nous élisez pas, ce sera l'anarchie, un cataclysme, on s'en remettra jamais. 
Bon alors déjà, l'anarchie ce n'est pas le chaos, un jour il va falloir apprendre par cœur la définition de ce concept politique.
Ensuite, le chantage au chaos, ça marche pas. La Belgique a passé plusieurs périodes de son histoire récente sans gouvernement à cause de l'instabilité entre Flamands et Wallons, et elle s'en est bien remise. La France a été occupée pendant 4 ans par un ennemi extérieur, et elle s'est reconstruite si efficacement qu'après un intermède de quelques années et une république morte-née, un homme seul, Charles de Gaulle, a pu s'arroger le pouvoir en 1958.
L'Angleterre elle-même a réalisé une Révolution un siècle et demi avant la nôtre, a buté son roi, a connu une période de république, puis une Restauration, le tout avant même qu'ici en France on ne songe à renverser nos rois. Le chaos n'est pas un problème politique, les sociétés sont plus résilientes que les systèmes politiques.

La fin de l'article, de ce paragraphe catastrophistes au suivant et dernier, est aussi stupide qu'elle est grossière. L'auteur commence par évoquer la majorité parlementaire, sans laquelle le gouvernement ne peut gouverner. Là encore il s'agit de compter sur le mensonge et l'ignorance politique ; à aucun moment il n'est dit que pour gouverner, le président doit bénéficier de la majorité parlementaire. En 1997, après deux ans de mandat, Jacques Chirac a dissous l'Assemblée et s'est séparé de son Premier Ministre, un certain Alain Juppé. A la suite des élections anticipées, le vainqueur et nouveau Premier Ministre a été Lionel Jospin, un homme de gauche - ce qui veut dire que le Parlement était à gauche. Et la cohabitation, non seulement n'est pas dommageable, mais mieux encore, est souhaitable : le pouvoir exécutif, du gouvernement, est supposé être responsable devant le législatif, le Parlement. Il est donc plus judicieux que les deux ne soient pas du même bord : vous voudriez un Parlement tout entier acquis à la cause du Front National si Marine Le Pen était élue, ou vous préféreriez des députés et des sénateurs qui bloquent ses décisions, ralentissent son travail et lui cassent les pieds pour rendre le pays ingouvernable ?!?

L'article se termine enfin sur l'évocation du Premier Ministre comme homme de pouvoir de la république, et c'est vrai : sur le papier, la Vème république fait de celui-ci le chef de gouvernement et du président un simple garant des institutions - c'est même à partir de Jacques Chirac que les affaires étrangères et la représentation de la France dans le monde sont entrées dans le domaine présidentiel.
Mais du coup, Fillon, il envisage de gouverner avec qui ? Son parti le renie, ses partisans sont une minorité dure et quasiment d'extrême-droite, les cadres de l'UMP s'arrachent les cheveux depuis des semaines pour le faire remplacer, en vain, puisqu'il a déjà les 500 signatures requises, si bien que ce candidat est de plus en plus isolé dernièrement. Les autres ne prennent même plus la peine de s'associer à lui ou de parler de la présidentielle, et si peu : il envisage qui comme Premier Ministre dans cette situation ? Ou même comme ministres ?

Bref, cet article est un tissu de conneries misérabilistes qui sont extrêmement faciles à démonter quand on réfléchit un minimum et qu'on a quelques connaissances à apporter.


En ce qui me concerne, mon seul regret est que la justice française n'ait pas le pouvoir d'arrêter en plein vol une candidature à la présidentielle - sinon ce serait déjà le cas pour Le Pen et Fillon.
Il a été dit plus d'une fois que l'objectif de ces affaires était de neutraliser toute candidature de droite. Ce n'est pas l'objectif visé puisque la justice est indépendante des courants politiques. MAIS, s'il n'y a que des criminels et des incompétents genre Nadine Morano à proposer à droite, je vois pas le problème à une absence de candidature à droite.

Bon évidemment, ce n'est pas le cas, puisque Fillon comme Le Pen ont ceci en commun qu'ils n'ont plus le choix qu'entre la victoire et la déchéance. Les deux sont quasiment coupables avérés, les charges sont très lourdes, d'autant que concernant Le Pen, c'est pas la France qui est en cause, c'est l'Europe, et elle est vachement moins indulgente avec les connards.
Le fait est là, même si personne n'aura l'intégrité et l'audace de l'affirmer : ce que recherchent ces deux candidats, c'est 5 ans d'immunité présidentielle qui leur laisseraient toute latitude pour modifier la législation, manipuler les médias bref, se sortir de la merde. C'est ça que les Français doivent empêcher, leur interdire, en les arrêtant avant l'Élysée.

L'auteur de l'article parle de la démocratie en ruines. Moi je parle de l'oligarchie en ruines. Parce que la justice, les avocats, les juges, les procureurs, ne sont que l'incarnation de la Nation en justice. Quand on met la main sur une merde humaine, on peut pas se réunir à 67 millions pour taper dessus, alors on délègue ça à des professionnels qui connaissent le droit et peuvent juger ces cas.
La démocratie s'exprime, et elle déteste qu'on vole l'argent public pour faire n'importe quoi avec.

Pourquoi l'oligarchie en ruines ? Parce que ce n'est pas la première fois. Une des lignes de défense les plus régulières de Fillon est de se présenter comme un homme isolé, traqué, un cas unique dans la Vème république. Mais mon gros, c'est pas le cas du tout.
Il y a quelques années, un ministre d'État, Jérôme Cahuzac, a été forcé de démissionner après son accusation pour fraude fiscale. Par la suite, il a été condamné à 3 ans de prison ferme et 5 ans d'inéligibilité, autant dire qu'on risque pas de le revoir un jour en politique. Et encore avant ça, il y avait Bernard Tapie, dont la carrière a connu plus de 13 ans de merde après qu'il avait été mis en cause dans une affaire financière et politique, les séquelles de celle-ci ayant même impliqué Christine Lagarde, ministre des Finances du gouvernement de... François Fillon.
C'est un des trucs que j'aime le plus dans mon époque : la société évolue, les gens sont de plus en plus politisés, l'exercice de la fonction publique n'est plus quelque chose qu'on perçoit à peine à travers la télé et la radio, on en parle partout et surtout sur Internet, espace d'égalité des échanges s'il en est.

Après l'affaire Cahuzac, le personnel judiciaire - qui se renouvelle, comme n'importe quel corps de métier - a commencé à envisager l'impensable : les privilégiés, ceux qui vivent au-dessus des lois, de la fiscalité, et qui font n'importe quoi en toute impunité ne sont pas dotés de l'immunité. Si on peut faire dégager un ministre en exercice, on peut faire dégager n'importe qui.
L'exemple de Bruno Le Roux, qui vient juste de quitter ses fonctions de Ministre de l'Intérieur après qu'il ait été révélé qu'il avait fait travailler ses filles, mineures, comme assistantes parlementaires - encore de l'emploi fictif donc, on peut pas être à l'Assemblée et au lycée en même temps - est en ceci très éclairant.
Il montre à la fois que l'Élysée ne persécute personne, sinon elle serait capable de protéger ses propres membres, mais aussi que la justice n'a pas été plus prompte à agir envers Fillon qu'elle ne l'a été envers Bruno Le Roux. Quand on peut agir vite, on le fait et c'est tout, la proximité de l'élection présidentielle n'a rien à voir là-dedans.


Tout ça pour dire que l'affaire Fillon n'est pas symptomatique de la démocratie qui s'écroule : elle témoigne de la démocratie qui s'affirme et de l'oligarchie qui décline. La classe politique qui jusque là était toute-puissante commence à être prise pour cible par un pouvoir judiciaire qui prend en main ses propres possibilités.
Comme on dit, si on fait saigner un dieu, on le rend moins immortel, on montre qu'il peut être tué. C'est pareil pour les politiciens : il a fallu d'un seul, et un socialiste en plus, pour montrer qu'ils étaient aussi des citoyens soumis aux lois françaises. Et moi j'adore ça. Parce que ça veut dire qu'un jour, on pourrait bien envoyer Sarkozy, Le Pen, Fillon et plein d'autres criminels en prison. Et j'ai hâte de voir ça.

Voir aussi :

 - l'article original, Fillon ou le symptôme d'une démocratie en ruines.
 - l'intérêt financier de Fillon à poursuivre la campagne présidentielle.