19.2.17

Citoyenneté et nationalité : la question de l'étranger.

Je vais vous raconter l'histoire de comment l'empire romain est devenu l'entité politique la plus importante et la plus persistante de l'Histoire de l'humanité. Oui c'est directement lié au sujet : c'en est même l'explication.
Dans ses premiers temps, entre le VIIIème et le Vème siècle avant notre ère, Rome n'est qu'une cité-état d'Italie comme beaucoup d'autres. Si tu te balades dans la Haute-Antiquité, mettons entre le 4ème et le 2ème millénaire avant Jésus-Christ, tu as forcément entendu parler de la cité-état. Y'en a en Mésopotamie, en Grèce, en Anatolie, en Phénicie, c'est-à-dire le Levant (actuels Israël et Liban), y'en a en Afrique et donc en Italie.
La cité-état, c'est LA BASE de la structure politique dans l'Histoire. Pourquoi ? C'est simple : les moyens de productions (artisanat) et d'échanges (commerce) se concentrent au même endroit, les paysans ont un endroit pour vendre leur récolte, et ce qui était une tribu gouvernée par un conseil devient une ville dirigée par des nobles (la définition de la noblesse à travers le temps est à peu près aussi souple que la moralité d'un politicien français), et le modèle se généralise.

La cité-état, modèle de base de la structure politique antique en Méditerranée. Et on ne parle là que des fondations grecques, ne sont pas présentes les fondations phéniciennes, carthaginoises ou italiennes.

A cette époque, rien ne distingue Rome des autres cités italiennes. Le simple fait qu'elle soit une république la rend identique aux autres, dans la mesure où la république n'est pas une démocratie. Sauf que Rome finit par conquérir ses voisines, et à ce moment-là encore, elle adopte une politique diplomatique et territoriale identique à celle d'Athènes ou Sparte de l'autre côté de l'Adriatique : des traités d'alliance dans lesquels les cités soumises paient un impôt et fournissent un contingent militaire.
Par la suite la cité sort d'Italie et seulement là commence à se démarquer, puisque faute de rivaux à son niveau, elle est forcée de s'adapter aux circonstances. En fait la force de Rome n'est même pas d'avoir multiplié les lieux de pouvoir, parce qu'au fond il n'y a qu'un lieu de pouvoir dans le territoire impérial (que ce soit sous la république ou le Principat), et c'est Rome. Non, le talent indéniable de la république est d'avoir répliqué son propre pouvoir à grande échelle. La nuance est là, le pouvoir s'exerce en Italie et toutes les autres villes d'empire (qu'elles soient romaines, latines, pérégrines et j'en passe) sont de simples relais. Il ne s'agit pas de plusieurs pouvoirs, mais du même pouvoir qui se recopie partout.

Que tu vives en Grèce, en Anatolie, en Italie, en Afrique ou en Hispanie, plus tard en Gaule, en Égypte, en Bretagne ou sur les marches de Germanie, tu sais que les dirigeants sont les Romains. Et en fonction de l'endroit où tu vis, tes parents, tes grands-parents ou même tes arrières-grands-parents vivaient peut-être déjà sous la loi romaine. Tu n'as jamais vu Rome, c'est une cité à l'autre bout du monde, mais tu sais qu'elle dirige jusque chez toi. Ce savoir est aussi naturel que respirer, ça va de soi, on naît, on vit et on meurt avec. La loi de Rome s'applique à peu près partout et même où elle ne s'applique pas (dans les marches du Sahara et d'Arabie, dans la partie non conquise de la Bretagne, dans le Barbaricum germain, thrace et sarmate, dans l'empire parthe...), on en a entendu parler et on vit avec.

L'empire romain à son apogée en 117, à la fin du règne de Trajan. Foyers de révolte : 0. Révoltes passées : Germania Magna sous Auguste, Judée sous Néron et Vespasien. L'opposition socio-politique au pouvoir romain est quasi-inexistante. Les tensions ne sont liées qu'au contrôle du pouvoir, comme le démontrent les crises de succession de 192-193 (Commode-Pertinax-Septime Sévère) et de 238 (Maximin et les Gordiens). 
Ou pour le dire clairement, il n'y a pas de révolte dans l'empire, mais des guerres civiles.

Après, si le modèle romain est aussi naturel et évident, il faut bien une explication. Et aussi ahurissant que ça puisse paraître, comparé à son rival l'empire parthe, aux empires mongol ou romain-germanique plus tardifs, l'empire romain n'est pas autoritaire. Ça paraît incroyable, mais c'est vrai. Alors que la guerre de Trente-Ans, par le biais de la religion, est un conflit destiné à écraser les dissidences (protestantes) contre l'empereur (catholique) ou que les Khans basent leur pouvoir sur le recrutement militaire, les conquêtes et le charisme du chef, Rome n'a pas besoin d'user de force pour contrôler ses provinces. Bien sûr, il y a parfois des révoltes, dans les provinces récemment acquises et pas encore bien maîtrisées (ou menacées par un voisin comme en Asie face au Pont), mais en tant de paix, les légions n'ont pas besoin de parader pour que la population sache qui dirige.
La majorité des provinces impériales ne sont pas dotées de forces armées en dehors des miliciens chargés de l'ordre en ville et de la gestion des incendies, et qui n'ont généralement pas la formation professionnelle de la légion.

Alors, comment ça s'fait ? Comment c'est possible qu'une cité qui a conservé les mêmes institutions, le même Sénat, les mêmes magistrats, le même fonctionnement interne et la même identité religieuse et culturelle a pu s'étendre sur tout le pourtour de la Méditerranée et en Eurasie jusqu'aux actuels Angleterre, France et Moyen-Orient pendant plus de mille ans ?
La réponse tient en quelques mots : il y a eu une forte adhésion au modèle romain y compris par les élites des peuples soumis. Et ça, ça s'explique par la gestion romaine de la nationalité et de la citoyenneté
Je sais, c'était une intro exagérément longue, mais ça te fait de la vulgarisation historique, de rien ♥


Je l'ai dit dans plusieurs articles, notamment celui qui confronte démocratie et république, celui qui propose de grandes dates marquantes de l'histoire, ou encore celui qui déconstruit le mythe de Nos ancêtres les Gaulois : la Nation, la nationalité et le nationalisme sont des inventions récentes de l'Histoire. Ces notions sont le fruit des monarchies centralisées de l'époque moderne (1492-1789) et elles sont pensées à l'origine autant pour assurer l'adhésion des peuples aux politiques d'État (à la fois dans les monarchies et les républiques comme celle des Provinces-Unies, actuels Pays-Bas), et donc la cohésion nationale, et pour glorifier un pays en lui donnant une culture forte, identifiable et unique par rapport aux autres.
Je rappelle que l'idée de nation naît essentiellement durant la guerre de Trente-Ans (1618-1648) qui précède de quelques années le début de la construction du château de Versailles (1661-1682, et certains travaux continuèrent après l'ouverture du palais), lequel représente le fleuron de la culture artistique française (peinture, sculpture, architecture, verrerie, botanique...) qui doit emmener l'Europe entière dans son sillage.

Promulguée par l'Assemblée Nationale en 1789. A cette époque on décide de faire de la nationalité un truc politique en rejetant tous les étrangers. On n'a pas évolué depuis.

A la Révolution (1789-1799), la Nation est devenue politique. D'abord idée culturelle et sociale, elle s'est dotée de pouvoir en renversant la monarchie absolue des Bourbons et le peuple qui était censé l'incarner en a pris le contrôle pour l'instrumentaliser. Cela a continué par la suite et a même été repris par certains monarques – Louis-Philippe d'Orléans, roi des Français (et non de France) et Napoléon III – ce dernier se faisant même le champion des nationalités dans l'unification italienne, nourrissant à son insu la nationalité allemande et son unification par Otto von Bismarck.
Cette nouvelle nation, politique et citoyenne, est le prolongement direct de la précédente : il s'agit toujours de contrôler les populations (la Russie s'emparant de la Sibérie fait peu de cas des tribus qui y vivaient tant qu'elle peut les dominer) et de glorifier un pays face à ses concurrents (je rappelle, la colonisation, la Seconde Industrialisation, les empires...), à tel point que la rivalité a donné lieu à deux guerres mondiales.

Visiblement personne n'a retenu la leçon des conflits du XXème siècle, puisqu'encore aujourd'hui, la nation sert à la fois à glorifier un pays, entretenant le flou entre patriotisme et nationalisme, et à contrôler les populations – à savoir rejeter ceux qu'on a pris pour cible, les différents, les étrangers, les racisés.

Pour en revenir aux Romains, l'idée de nation a été traitée, avant même d'être pensée, sous d'autres formes. A l'issue de la Reconquista qui se termine en 1492 avec la chute du royaume de Grenade, l'Espagne catholique ordonne la conversion forcée ou la déportation tous les Juifs et les Maurisques (musulmans) de la péninsule ibérique, principalement parce qu'ils sont d'une culture différente. Le XVIème siècle est incontestablement celui de l'Espagne, de Philippe II champion du catholicisme, de la colonisation du Nouveau-Monde (avec les conversions au catholicisme que ça suppose), et de la guerre contre l'Angleterre élisabéthaine anglicane.

A l'inverse, et malgré une idée préconçue qui les présente comme des maniaques obsessionnels du classement administratif, les Romains se montrent assez laxistes avec la culture des peuples soumis.  L'adhésion généralisée au modèle romain bénéficiait de deux grands avantages : 1. elle ne souffrait pas de concurrence, et 2. elle n'obligeait pas les gens à abandonner tout ce qu'ils étaient.
La romanisation, ce fameux mécanisme qui a en apparence uniformisé les populations méditerranéennes pendant mille ans, est purement politique et non culturelle. Elle repose sur le statut juridique et politique des personnes – on parle bien de droit romain, de droit latin, de droit pérégrin... Les sujets intégrés au système impérial se voient dotés de la citoyenneté romaine – du droit de participer aux élections et à la vie publique de la Cité, parce que les Romains ont bien compris l'essence de la république, la chose publique. 

Le théâtre antique de la ville de Palmyre, actuelle Syrie. Palmyre est un exemple pratiquement unique de mélange des cultures orientale, grecque et romaine dans l'Histoire. 
A titre de rappel, dans toute la moitié orientale (à partir des Balkans) de l'empire, la langue officielle est le grec, les langues usuelles comprennent le grec, le copte (égyptien), l'hébreu, le palmyrénien... Toujours à titre de rappel, le théâtre, la littérature grecque, la philosophie et maints autres domaines intellectuels impériaux sont hérités de la Grèce. Alors non, les Romains ne se souciaient pas vraiment de la culture des sujets impériaux. Ne comptait que leur statut juridique.

En aucun cas il n'est question de culture, de langue (même si le meilleur moyen de devenir citoyen c'est de passer par la légion, qui n'admet que le latin dans ses rangs) ou même de religion, parce que c'est bien connu que quand les Romains croisent une nouvelle divinité, ils lui trouvent une équivalence dans leur propre panthéon et/ou l'y intègrent – je rappelle la force du culte de Mithra, venu de l'Orient, lors du IIIème siècle de notre ère.
Les Romains se fichent éperdument de la culture du citoyen romain de base et c'est un leurre de considérer que parce que les sujets impériaux étaient dotés du statut juridique romain, ils étaient identiques. Ils conservaient évidemment leur langue maternelle, leurs coutumes, leur mode de vie, sauf qu'ils avaient désormais le droit de jouer un rôle dans l'élection des magistrats locaux qui appartenaient à la grande machinerie impériale romaine.

D'ailleurs, ce genre de chose s'est produit par la suite, y compris en France : c'est le fameux système de charte et de coutumes de la France d'Ancien Régime. Le roi est "absolu" parce qu'il est "absous des lois", c'est-à-dire qu'il ignore les lois et les coutumes pour mener sa politique librement. La monarchie absolue, théorisée par Nicolas Machiavel dans Le Prince, n'est pas pensée pour être un état permanent, mais un fait ponctuel dans une société équilibrée ; c'est Louis XIV qui en a fait une réalité durable. Dans la France d'Ancien Régime, le roi accorde des Chartes qui sanctionnent juridiquement et fixent par écrit les coutumes des différentes provinces : les habitants locaux conservent leur culture, leurs usages, mais demeurent des sujets de la couronne. Là encore, culture/nationalité et citoyenneté/statut juridique sont dissociés.

Même en France, avant l'invention de la nationalité, on se contrefout de la culture tant que l'autorité royale est respectée. Les particularismes locaux sont forts, sont acceptés par le pouvoir, et ça dérange personne. La nationalité telle que pensée de nos jours, c'est la négation des particularismes culturels locaux et mondiaux. La nationalité, c'est la négation de la diversité des cultures, l'uniformisation forcée.

De nos jours, le gros problème, c'est qu'on a assimilé citoyenneté et nationalité au point de les rendre indissociables. Ne sont citoyens que ceux qui bénéficient de la nationalité française et de tous les droits socio-politiques qui vont avec.
Tu arrives de l'étranger, avec ta culture étrangère, et s'il faut en croire certains tarés d'extrême-droite, tu es obligé-e d'abandonner ta culture pour acquérir celle de la France. Je sais bien, et je l'ai déjà dit, que des droits politiques ça se mérite, qu'il faut avoir démontré vouloir participer à la gestion publique du pays, pour pouvoir bénéficier de cette faculté. Mais l'acquisition de la citoyenneté selon un choix et non par automatisme avec la nationalité permettrait à tous les étrangers, travailleurs ou étudiants notamment, qui se fichent du destin de la France, de ne pas revendiquer cette faculté.

La nationalité, puisqu'on en revient toujours là, qu'est-ce que c'est exactement ? La nationalité n'apprend que deux choses sur une personne : où elle est née, et vraisemblablement par extension sa culture d'origine. Je dis vraisemblablement parce qu'imagine tu nais aux États-Unis dans un milieu latino-américain, ou italien, pas sûr que ta culture soit états-unienne. Si tu nais en Angleterre dans la communauté indienne exceptionnellement forte (encore la colonisation), ta culture sera pas comparable à celle d'un-e Anglais-e dont les ancêtres ont toujours vécu en Angleterre.

Cher monsieur Trump, sans l'immigration et le multiculturalisme, VOTRE PAYS N'EXISTERAIT MÊME PAS. Le phénomène a commencé dès le XVIIIème siècle avec les émigrations religieuses et se poursuit encore. Source : http://www.immigrationeis.org/about-ieis/us-immigration-history

On ne cesse de vanter le multiculturalisme, de dire qu'un pays est riche de la culture multiple de ses habitants, mais en 2017 certains considèrent que si tu entres en France c'est pour devenir Français-e, abandonner ta culture pour pouvoir profiter du système français. Il semble inenvisageable que des étrangers puissent simplement passer en France, pour aller dans un pays qui se trouve au-delà (au hasard : le Royaume-Uni) ou pour rentrer chez eux ensuite.
J'ai une amie thaïlandaise qui a fait une partie de ses études en France. Elle aurait pu rester ici après son master, mais à terme, elle aurait été obligée de devenir française, d'abandonner une partie de sa culture pour pouvoir jouir des droits politiques français. Au lieu de ça, elle s'en est retournée en Thaïlande où elle met à profit son expérience française pour enseigner, tout en conservant sa culture native.
J'ai appris y'a plusieurs mois, par l'amie d'un de mes meilleurs potes IRL, laquelle amie est d'origine tunisienne, que la France est détestée en Tunisie depuis la colonisation (normal j'ai envie de dire). Venir en France de Tunisie et être obligé-e d'acquérir la nationalité française impliquerait donc de se couper d'une partie de sa culture native à cause de l'image désastreuse de la France à l'étranger.

Après, évidemment, il y a une solution au problème épineux de la nationalité et de la citoyenneté : il faudrait les séparer et les traiter isolément l'une de l'autre.
Parce que c'est ça, à mon sens, le bienfait principal de dissocier nationalité et citoyenneté. A l'heure actuelle, dans le monde, quand on parle de la politique française, c'est souvent pour rappeler qu'on a des gros fascistes, des politiciens corrompus, et que notre pays a largement perdu l'image de modèle qu'il avait.
L'empire romain ne couvrait "que" l'Europe méditerranéenne, le Proche-Orient et l'arrière-pays gallo-rhénan-danubien et est parvenu à diffuser son modèle politique sans interruption malgré les différentes cultures rencontrées. En 2017, avec le capitalisme libéral et l'ouverture des frontières que fustige un président nommé Donald, la France peut potentiellement accueillir des gens venus du monde entier. Elle peut donc diffuser sa culture à l'échelle du monde entier.

Chère Mme Le Pen, FERME TA GUEULE PUTAIN SALE CONNE DE MERDE.

La nationalité est une de ces choses - comme les croyances religieuses, l'orientation sexuelle et les opinions politiques - sur lesquelles la société ne peut pas et ne doit pas avoir la moindre prise. La nationalité n'est pas censée conditionner le statut juridique - les droits politiques et judiciaires. Rien n'interdit d'avoir, en France, des citoyens français de nationalité britannique, allemande, mexicaine ou même thaïlandaise. 
La citoyenneté c'est le pouvoir politique, la faculté de jouer un rôle dans la gestion publique d'un pays par son gouvernement, ses élus locaux, ses fonctionnaires. La nationalité, c'est à la fois le lieu de naissance et la culture, l'ensemble des convictions, croyances, usages et connaissances d'une personne. Ça n'a pas le moindre rôle politique ou juridique, sauf si on veut un gouvernement fondé sur la discrimination, qui oblige les gens à abandonner leur culture pour pouvoir acquérir celle qu'il prodigue. C'est la raison pour laquelle je suis opposé au droit du sol et favorable au droit du sang : les gens doivent avoir le choix de leur nationalité, avoir le choix d'hériter celle de leurs ancêtres plutôt que de se voir imposer celle de l'endroit où ils naissent, puisque naître est un acte sur lequel on n'a aucune prise : on ne choisit pas où, quand et comment.

A mon sens, c'est là le rôle de la double-nationalité : offrir aux gens la possibilité d'étendre leur culture en ajoutant à celle qu'ils tiennent de leurs ancêtres celle du pays où ils se trouvent. Et je pense même qu'on devrait étendre le concept à la multi-nationalité, et retirer à la nationalité toute valeur juridique, sociale et politique.
Offrir aux gens la possibilité d'avoir une culture multiple en fonction des pays où ils ont vécu - par exemple dans le cas des militaires, ambassadeurs, diplomates et autres métiers de voyage, ainsi que de leur famille - tout en conservant les droits politiques, la citoyenneté, d'un pays de leur choix. La citoyenneté doit être unique, mais rien ne dit que la nationalité doit l'être. Diffuser la nationalité d'un pays à travers le monde, ça veut dire diffuser les convictions, les valeurs morales et sociales, la somme des savoirs techniques, scientifiques et culturels de ce pays.

On vit dans un monde ouvert ? Alors pourquoi sommes-nous aussi fermé-e-s sur le sujet de l'identité personnelle des gens ?

10.2.17

Décembre 2016 et janvier 2017 en photos.

Bon alors quelques choses à préciser avant d'entrer dans le vif du sujet, parce qu'il y a des changements. Lors d'une conversation avec mon amie Amewolk, qui passe pratiquement tous les mois un week-end à Lille (j'arrive toujours pas à m'expliquer qu'on s'entende aussi bien alors que je suis un gros con, mais elle est adorable alors j'en profite ♥), j'ai mentionné que je retouchais pas mes photos, ce qui est vrai.
Je connais juste pas les outils pour le faire, je sais pas mettre d'effets visuels sur une photo, j'ai ni Photofiltre ni Photoshop, j'utilise juste Gimp pour les redimensionner.

De fait, quand mon appareil numérique (Pentax Optio LS 465, pas cher et pas mauvais du tout, sympa pour un premier numérique si vous avez des mômes, neveux, nièces et autres petits humains) prend une photo, elle a une résolution de 4608 par 3456 (pixels, pas schtroumpfs (avoue que t'es dégoûté parce que je sais écrire ce mot sans faire de faute depuis des années)). Du coup, je les ai toujours redimensionnées à 1000*750 pixels, afin qu'elles prennent moins de place en ligne (j'héberge mes docs sur Blogger, sauf pour les œuvres culturelles parce qu'on trouve souvent plein d'images sur le net, et même si le dossier est monstrueusement vaste, je l'économise un peu), sur mon pc (parce que je garde les photos que je prends tous les mois) et afin qu'elles soient moins lourdes à charger sur le blog pour vous.

Mais je les ai jamais retouchées plus que ça. Ce qui donne clairement un côté amateur - en même temps j'me revendique pas pro, j'ai suivi aucune formation en photo, j'ai jamais tenté de prendre un panoramique, je maîtrise à peu près le macro et ne parlons pas des faibles lumières - à mes photos, avec un cadre dégoûtant et plein de déchets autour du sujet.
Du coup j'ai décidé que maintenant je le ferais. Je recoupe les photos pour les centrer sur le sujet et évacuer tout ce qui sert à rien. Vu que je fais ça à partir des formats 1000*750, elles sont encore plus petites, du coup je me casse plus la tête à les redimensionner en grand format sur le blog (toute façon vous cliquez dessus vous avez la taille originale), ce qui, vous le verrez, crée une certaine hétérogénéité.
Je pourrais les ranger par ordre de taille, mais je préfère les laisser dans l'ordre chronologie de capture de la photo.

Et à priori, à partir de maintenant, elles seront donc plus jolies parce que mieux cadrées. Bon, il reste des impondérables, une bagnole garée, un câble électrique, je vis en ville et je fais de mon mieux, mais globalement, je redécouperai les photos pour qu'elles soient plus sympa à regarder.
Voilà, décembre et janvier dernier !

Je sais pas qui c'est censé représenter. C'est près de chez moi, je passe devant dès que je vais dans le centre, je trouve la tête marrante.




Je vois de plus en plus souvent des signatures assez jolies, c'est sympa, ça change des graffiti illisibles.

En plein sur l'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Wazemmes, y'en a qui doutent de rien.



Dans un bar à l'extérieur du centre. Très sympa, même si j'ai toujours pas vu Las Vegas Parano x)



Première fois que je vois un de ces poissons en banc tiens x)

A un moment Lille s'est rappelée qu'on était en hiver. Elle s'est lâchée sur le brouillard.


Genre vraiment lâchée. Et le froid en prime et tout, bem.

D'ailleurs c'était la dernière fois que je suis allé chez le coiffeur, j'vous raconte pas comment j'me suis pelé sur le retour. Aplu cheveux O_O

Y'a une rue à Lille-Sud, la Rue du Faubourg des Postes, c'est littéralement Street-Art Alley. Y'en a sur tous les murs et sur toute la longueur, ainsi que dans des rues annexes. Sauf que cette rue est une des plus longues de la ville O_O


Ça par exemple c'est le style qu'on trouve sur toute la longueur de Street-Art Alley.



Je vis depuis des années dans le quartier Wazemmes et il a toujours été abondamment riche en peintures murales. Genre partout.

Avec Ewolk et Marine-Blondinette on est allés au Dernier Bar avant la Fin du Monde, ça a totalement changé depuis y'a un an et demi. Les nouveaux employés sont trop sympa, l'ambiance est bonne. YAY.



"Le Soleil Vert ce sont les gens ! Cannibales !" Je vais peut-être regarder le film un jour, mais la culture populaire me l'a totalement spoilé.


Non non, pas d'erreur sur la photo : celui-ci est bien le seul (de mémoire, je crois) Poisson de Lille que j'aie vu à la verticale.

A un moment Lille s'est dit "fuck l'hiver" et s'est lâchée sur le soleil matinal. Mais pas sur la chaleur.

Le Chat Voir Vivre, toujours aussi cosy et convivial.

5.2.17

♫ Nous sommes les Nains sous la montagne... ♪


Les Nains.

Auteur : Markus Heitz.
Origine : Allemagne.
Nombre de livres : 2 en français, un dans la langue originale.
Date de publication : 2003 en Allemagne, 2008 en France (putain, 5 ans pour traverser le Rhin !!).
Genre : fantasy.

Le Pays-Sûr, terre paisible partagée entre les royaumes humains et les domaines des magiciens, et cerné par une chaîne de montagnes occupée par les Cinq Tribus des Nains.
Voilà plusieurs centaines d'années que les Troisièmes sont devenus des parias, ennemis de leurs anciens frères, et que les Cinquièmes ont été exterminés par une armée d'orques, d'ogres et d'Albes, des êtres apparemment elfiques et malfaisants. Ces derniers se lancent alors à la conquête de tout le Pays-Sûr.

Gundrabur, Haut-Roi des Nains de la tribu des Seconds, doit bientôt nommer son successeur et le principal candidat est le roi Gandogar des Quatrièmes, un Nain belliqueux qui ne cache pas ses intentions d'exterminer les Elfes, déjà mis à mal par leurs cousins maléfiques. Le Haut-Roi décide alors d'imposer la candidature de Tungdil, un nain vivant chez un Magicien, et n'ayant jamais connu son propre peuple.


Sachant que les Nains, ceux de la fantasy, sont à l'origine une trouvaille des mythologies germanique et nordique, il n'est guère surprenant de les trouver dans une série qui, sur sa terre natale, semble avoir une aura bien plus importante que l'univers très anglo-saxon de Tolkien. Non parce que bon, le Rohan c'est l'Irlande, la Comté c'est la campagne anglaise, et le philologue anglais aurait sûrement adoré couler des jours paisibles une pipe à la main et ses grands pieds poilus devant le feu du Dragon Vert à Hobbitbourg.
Les Nains, Die Zwerge dans la langue de Goebbels, est en effet le premier volume de toute une saga dont les Germains sont très fiers, et à raison.

C'est officiel, je veux ces livres en édition originale O_O Ça me fera travailler mon allemand *o*

Publiée au début des années 2000, cette histoire s'éloigne des cadres stricts et, avouons-le, un peu désuets de la fantasy florissante des années 80-90, époque où sont nés plein de clichés qui ont donné au genre son style avant de l'y enfermer (comme dans la Belgariade, qui reste géniale par ailleurs).
Les Elfes et les Nains sont des ennemis traditionnels, mais le récit place les Nains dans le rôle de gardiens du Pays-Sûr, sans lesquels il n'est qu'une prison cernée par les montagnes où les prédateurs peuvent massacrer à loisir. Le fait même que le Pays Sûr soit divisé entre humains profanes, sorciers, Elfes, Nains et que certains territoires soient superposés est très intéressant dans la conception de l'univers.
La division du Petit Peuple en cinq tribus paraît artificielle, chacune ayant sa spécialité à la manière du déterminisme pourri des Maisons de Poudlard dans Harry Potter – il y a les lapidaires, tailleurs de diamants, il y a les tailleurs de pierre, les forgerons... - mais les personnages principaux nous montrent heureusement, comme chez Rowling, qu'ils peuvent dépasser ces carcans pour exprimer leur individualité.

Les personnages, du coup, sont assez attachants ; le récit comme leur écriture les rendent complémentaires, il est possible d'en adorer certains et d'en haïr d'autres (au hasard, Goïmgar Barbe-Brillante, le ptit con lâche et haineux qui annonce d'emblée qu'il ne participe à la quête que contraint et forcé), ainsi que de comprendre leurs motivations, leurs aspirations et leurs préjugés.
Parce que oui, les Nains ont été chargés par leur créateur/dieu de garder le Pays Sûr, mais ça n'empêche pas les humains qui vivent au milieu d'ignorer les courts-sur-pattes et de les traiter avec un peu de dédain, en les appelant Troglodytes, quand ils en croisent, les Nains leur rendant généralement la pareille.

Après, il est difficile d'échapper à quelques poncifs – la prophétie, les personnages qui sont conformistes ou prévisibles, quelques facilités d'écriture ou incohérences – le livre trouve souvent d'excellentes astuces, sans toutefois pondre des deus ex machina ni faire de ses héros des Gary Stu/Mary Sue [spoiler] par exemple alors qu'il est dit que seul un ennemi des Nains peut manier avec succès la Lame de Feu, la hache légendaire forgée pour détruire le Mal, Tungdil apprend qu'il a été élevé par les humains parce qu'il est un enfant abandonné de la tribu des Troisièmes, les Nains renégats qui ont juré la perte de tous leurs anciens frères [fin de spoiler].
Cela dit, le roman reste passionnant parce qu'il ne se concentre pas uniquement sur les Nains, et met en avant quelques humains qui sont, de leur côté, eux aussi en guerre contre l'ennemi du Pays Sûr, et qui bénéficient d'une écriture toute aussi développée que les nabots.

Couverture originale des éditions françaises (parce que les éditeurs français tronçonnent TOUJOURS) de la collection Milady chez Bragelonne. Honnêtement, je suis pas fan, elles n'expriment rien de particulier.

Du coup, je sais pas si c'est un travail de traduction ou si ça vient du texte original mais Les Nains est très facile à lire, le texte étant très fluide et les dialogues naturels et spontanés, loin du conformiste un peu coincé qu'on peut trouver par ailleurs. On sent qu'on est en présence de personnages qui ne parlent pas avec emphase et n'aiment pas ça, ils sont sincères et directs, ça fait plaisir.
L'intrigue est parfois très sombre, comme il se doit dans le genre, il y a des drames, des morts, des tragédies, et parfois des moments de légèreté et d'humour, ce qui fait que les émotions et les sentiments des personnages sont bien traduits par le texte et les formulations.

Un problème qui pourrait se poser est celui de l'identification des personnages, parce que culture oblige, les Nains ont des noms à consonance similaire – Tungdil, Gandogar, Boïndil et Boëndal (un roman de fantasy sans une fratrie de jumeaux ou jumelles, « cela ne se peut » comme dirait Aragorn ^^), Gundrabur, Balendilin, Bislipur, Goïmgar, Bavragor et Balindys (qui est une Naine) – tandis que chez les humains c'est un peu plus variés. Y'a aussi quelques elfes qui sont nommés, notamment chez les Albes, les méchants, mais de manière générale, les personnages principaux et secondaires ont des surnoms qui les qualifient, en rapport avec leur caractère, leur passé ou leur physique, ce qui permet de les identifier à leur apparition.
Enfin, le dénouement est assez ouvert, ce qui est logique et heureux, ouvrant logiquement la voie au reste de la saga.

 Ah bah c'est sûr, en Germanie ça a plus de gueule ! \o/

En bref : premier volume d'une série incontournable en Allemagne, Les Nains mérite vraiment l'attention des amateurs de fantasy, de grandes histoires et d'aventure. Sans avoir l'érudition exacerbée et difficile à manier du Seigneur des Anneaux, ce récit beaucoup plus accessible prend tout de même le temps de développer et de caractériser son univers. L'intrigue, les personnages et l'écriture sont très bons malgré quelques facilités et imperfections : on a là une belle histoire sur la tolérance et le libre-arbitre. Vraiment, je recommande.

1.2.17

La La Land


Film américain de Damien Chazelle (2017) avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, J.K. Simmons, Rosemarie DeWitt.
Genre : film musical, comédie dramatique.
Vu en VOST.

Los Angeles, de nos jours. Mia Dolan travaille comme serveuse au café des studios Warner, à Hollywood, mais elle rêve d'être actrice et multiplie les castings pour réaliser son rêve. Elle croise par hasard et à plusieurs reprises le chemin de Sebastian, pianiste de jazz exigeant qui peine à travailler, et aspire à ouvrir son propre jazz-club.

Bien que très différents, tous les deux vont alors se rapprocher grâce à la similarité de leurs espoirs.


Bon alors pour commencer, j'ai vu un trailer, je suis allé voir ce film uniquement parce que le trailer m'a plu et parce que je trouve que Ryan Gosling et Emma Stone sont l'un des duos d'acteurs les plus fusionnels, les plus efficaces et les plus naturels du cinéma actuel. Les voir jouer à deux est d'une évidence incontestable, et même si on a tendance à romancer, en vrai ils sont pas ensemble, mais je suis sûr qu'ils sont potes et qu'ils adorent jouer ensemble.
Par contre, je savais pas que La La Land serait un film musical. Je pensais que la musique y jouerait une grande place, mais les chansons ne sont pas nécessaires à l'intrigue qui semblait être celle annoncée par le trailer. Du coup j'ai eu du mal à entrer dans le film en voyant, dès le début, des gens sortir de leur bagnole, chanter et danser en chœur sur une bretelle d'autoroute dans l'agglomération des Anges.

Dès le début, pim, jolies robes et couleurs éclatantes. Le film annonce la... enfin ses intentions quoi.

En plus je suis quelqu'un de rationnel, du coup ma suspension consentie d'incrédulité a été mise à rude épreuve. Je veux bien admettre qu'on voit des trucs inhabituels dans les comédies musicales – ce que La La Land n'est pas – mais quand on vient de t'annoncer par la radio des voitures qu'il fait 29° avec des minimales à 24, tout ce à quoi tu penses, c'est les brûlures sur les pieds et les fesses des gens qui escaladent leurs bagnoles.
Mais bon, une fois que la recette a pris, on se contente de suivre jusqu'à la fin avec un sourire niais sur le visage et à l'occasion une expression proche de l'incrédulité réjouie ou déroutée. J'ai lu – sur SensCritique, donc ça vaut ce que ça vaut – que ce film était une comédie romantique classique et prévisible, et ben pas du tout en fait !

Je vais pas vous spoiler parce que je vous recommande chaudement de voir ce film, mais y'a une scène en particulier, un dialogue entre Mia et Sebastian, qui est géniale en termes de montage parce qu'on les voit tous les deux en champ/contre-champ, et le jeu des regards est parfait. A aucun moment Ryan Gosling ne regarde Emma Stone en lui parlant dans cet échange – sauf à la fin, quand la vérité sort et frappe de plein fouet.
Alors bien sûr, y'a des éléments de narration assez niais et clichés, on pouvait difficilement l'éviter dans ce genre de film, mais clairement, il n'est ni prévisible ni exagéré dans son écriture. Je dirais plutôt que c'est un feel-good movie ambigu quoi. Rien qu'à voir les deux premiers échanges entre les deux personnages – sur la bretelle d'autoroute et dans un restaurant où il bosse – on sent que ça va pas être simple.
Y'a en fait plein de passages de ce film bien tendus niveau narration comme ça, par exemple à un moment on voit un concert qui concrétise tout ce que les personnages de Ryan Gosling et John Legend ont dit plus tôt [spoiler] à savoir que si le jazz est mourant c'est parce qu'il n'est pas écouté par les jeunes et que si les jeunes l'écoutent pas c'est qu'il n'évolue pas, du coup Sebastian peut pas être un bon musicien s'il persiste à être conservateur [fin de spoiler] et la musique qui est jouée est vraiment sympa hein. Mais en regardant le groupe jouer on se demande si, malgré l'adoration évidente du public pour Sebastian, il aime ce qu'il fait. Il donne l'impression que oui, mais Mia donne à penser que non, c'est trop chelou x)

D'ailleurs le traitement des personnages est assez particulier parce qu'il est très resserré dans son casting. Je le qualifierai pas d'intimiste parce que pour moi c'est un adjectif qui a trait à la narration et la façon de filmer, mais en dehors de Ryan Gosling et Emma Stone, y'a à peu près personne. John Legend joue un rôle assez moteur dans l'action, mais c'est tout quoi.
A aucun moment du film on ne connaît le nom de famille de Sebastian, y'a un personnage secondaire (Keith, joué par John Legend), et tous les autres sont des tertiaires (au mieux) ou des figurants. Vers la fin du film, y'a un personnage lié à celui d'Emma Stone, on ne sait jamais comment il s'appelle et c'est même pas important.

Ouais, le film accorde une attention particulière aux arrière-plans.

En fait de manière général le film s'intéresse peu à ses personnages, y compris Mia et Sebastian, il est surtout centré sur ses thèmes. J'adore ce genre de film, je sais pas si c'est parce que je suis auteur moi-même ou si ça n'a rien à voir, mais j'adore les films avec des mises en abyme, le meilleur exemple que j'ai en tête étant Minuit à Paris de Woody Allen, qui traite de l'écriture de fiction et de l'inspiration.
Là, c'est un film sur l'interprétation, sur le métier d'actrice et de musicien, sur Hollywood, mais aussi sur les apparences, le sens et les rêves dans les métiers artistiques et dans la vraie vie. Et c'est extrêmement bien mis en scène, sans trop l'expliquer parce que c'est un film, pas un documentaire ou un essai. Vers le début t'as Emma Stone qui passe un casting, la caméra qui zoome sur son visage, elle évolue sur tout un panel d'émotions qui va de la joie à la douleur et putain, mais balancez-lui un Oscar à la gueule, filez-lui une statue, une étoile sur le Walk of Fame, donnez son nom à un studio et à une palce, cette meuf est trop douée pour l'interprétation O_O
C'est d'ailleurs un reproche que je ferai, non pas au film, mais à son sujet : les castings on dirait que c'est toujours comme ça, le-a candidat-e balance une phrase et se fait rembarrer genre « Next ! ». J'imagine que les taré-e-s qui font les casting s'enorgueillissent de déceler en un coup d'œil si un interprète convient pour un rôle mais désolé, ça se détermine pas en une phrase ça bordel, le jeu d'acteur c'est tout une manière d'être !

Le film explore d'ailleurs beaucoup la solitude de ses personnages, en une occasion dans une double mise en abyme : le film parle d'œuvres artistiques à Hollywood, et Mia en écrit une.

Concernant l'esthétique, parce que dans un tel film, c'est LA BASE, j'ai été surpris (et dérouté) d'être confronté aussi tôt dans l'année à ce qui est probablement un des plus beaux films de 2017. J'ai regardé le début de la vidéo que le Fossoyeur de Films a consacrée à La La Land et, bien que l'ayant arrêté dès que j'ai vu qu'il allait spoiler comme un sagouin, j'ai retenu l'idée principale, les couleurs ont un sens dans ce film (et dans tous les autres).
Le problème c'est que, entre ça et ma formation littéraire et analytique entre le lycée et la fac, la première fois que je vois un film, je suis pas plongé dedans, je suis dans l'analyse, l'observation – c'est pour ça qu'Ewolk avait l'impression que je faisais la gueule devant Your Name. Et là du coup j'ai pas pu m'empêcher de porter malgré moi une grande attention au choix des couleurs.

Ouais, cette séquence-là aussi est top en matière de composition audio-visuelle.

C'est absolument brillant putain, c'est tellement expressif O_O Bon, y'a un truc très artificiel qui est utilisé plusieurs fois dans le film au point qu'à la fin on le voit venir, mais ça accentue bien la focalisation – c'est le cas de le dire – sur les personnages : diminuer les lumières jusqu'à ce que ne soit plus éclairé-e qu'Emma Stone ou Ryan Gosling, seuls face à leurs émotions.
Mais en dehors de ça, j'ai du mal à me rappeler beaucoup de films où les couleurs et les lumières ont été utilisées pour exprimer des trucs à ce point-là.
Le film est découpé en saisons, 5 exactement, de l'hiver à l'hiver, et un registre ou une opposition de couleurs domine chacune d'entre elles, ce qui est très marqué à l'écran. Les contrastes forts – Emma Stone en vert ou bleu (j'me souviens plus ^^) dans une salle de bains éclairée en rouge – les couleurs éclatantes – encore une fois, Emma Stone en robe bleue en hiver, jaune vif au printemps – l'éclairage général et les cadres généraux expriment tous des sensations, des émotions, des idées, et c'est parfait.

Rien à voir, mais ça fait plaisir pour une fois qu'un film se déroulant à Los Angeles parvienne à s'émanciper de l'image classique des palmiers omniprésents – là y'en a mais pas tant que ça – des collines couvertes de villas et de la Californie de carte postale. Parce que je suis désolé de ramener tout le monde à la réalité mais la Californie du sud, basiquement, c'est un désert en bord de mer. Et puisqu'une partie du film se déroule dans le Nevada, on nous rappelle que le désert est pas très loin. Là on voit Los Angeles côté urbain et indépendant j'ai envie de dire, presque intimiste, souvent le soir ou la nuit, avec notamment de superbes panoramas et ciels nocturnes (dont une chanson en particulier souligne la vanité avec humour), et à un moment Ryan Gosling est sur un ponton (oui parce qu'on le dit pas souvent mais Los Angeles c'est côtier, y'a un port, pas juste des plages) et le ciel en arrière-plan oscille entre le mauve et le violet quoi. La classe.


Au passage, les effets spéciaux sont très propres, y'en a pas mal, bon c'est pas Rogue One hein, mais les décors et lumières, voilà quoi. A un moment les personnages sont dans un observatoire, un genre de musée du ciel et de l'espace, puis ils évoluent sur un fond étoilé jusqu'à danser sans support visible et finalement n'être plus que des silhouettes noires sur un fond coloré, c'est trop beau.
Pareil vers la fin du film y'a une longue séquence – qui déjà en termes de narration met le spectateur sur le cul, bon comme on est assis au cinéma on va dire qu'elle le met en mindfuck – et qui est éblouissante d'effets visuels, rahlala, mais nom de dieu que ce film est beau O_O
Et heureusement, les deux interprètes révèlent ici de nouvelles facettes, ils chantent et dansent très bien. Les chorégraphies, à deux ou en groupe, sont vraiment sympa, c'est pas du rock acrobatique et on est pas dans l'excès, mais ça reste très joli et élégant, avec même parfois des claquettes !

Alors ça déjà c'est la séquence mindfuck, et ensuite non tu rêves pas, ils sont quasiment dans une peinture. Les effets visuels les plus audacieux du film.

Le seul reproche que je ferai à ce niveau tient à Emma Stone. En vrai quand elle parle elle a un timbre de voix particulier, un peu grave, et je sais bien que quand les gens chantent ils vont forcément dans l'aigu (Amy MacDonald en est un exemple frappant), la plupart du temps, mais là ça lui va pas vraiment. Ça affaiblit sa présence visuelle et vocale je trouve, c'est un peu comme comparer Maisie Peters et Tessa Violet, ça va pas du tout, les ptites voix fluettes non merci.

Mis à part ça la bande originale est superbe et très variée. Le truc c'est que les musiques intra-diégétiques – donc à l'intérieur de l'action du film, comme quand Sebastian joue du piano – c'est essentiellement du jazz, donc piano, cuivres principalement. Alors que les musiques extra-diégétiques, celles qui sont à l'extérieur de l'action, vont régulièrement chercher dans les bois, les vents, y'a de la flûte à un moment, c'est super joli, léger et limite éthéré, ça contrebalance bien la flamboyance des trompettes.

En bref : magnifique film dont l'esthétique audio-visuelle parfaitement maîtrisée bluffe autant que son imprévisible écriture, La La Land est une ode à la musique, aux arts et à l'espoir. Deux personnages rêveurs, fragiles, imparfaits mais entêtés écrivent cette belle histoire dans un foisonnement de sons et surtout de couleurs. N'hésitez pas à aller le voir.