18.3.17

Des clichés et des flingues.

Encore un article qui essaie de démonter les clichés, inspiré par le cinéma et la fiction en général, et mon récent visionnage de Terminator Genisys en particulier. Parce que oui, j'me suis infligé cet étron, dans un projet absurde de découvrir plein de blockbusters que j'ai loupés ces dernières années. Pour l'instant dans ce cadre j'ai surtout vu de la daube (dont les deux Ghost Rider, au passage).

Manier une arme puissante comme un fusil à pompe/canon scié/de chasse ou un fusil de précision, ça demande une certaine patate. Ce serait bien qu'un jour les "femmes fortes" arrêtent d'être cantonnées au cinéma aux rôles de porte-flingues ou de castagne comme Gina Carano dans Deadpool, et qu'un personnage féminin puisse être athlétique et musclé comme ça, sans raison particulière. Parce que mettre des sacs d'os derrière du gros calibre, bon, voilà.

Bref, j'ai déjà évoqué rapidement à l'occasion, sans m'appesantir dessus, qu'au nombre de mes sujets d'intérêt se trouvaient les armes à feu. Mettez ça sur le compte d'un caractère logique et rationnel qui veut comprendre ce à quoi il est confronté, ainsi que sur la fréquentation assidue d'un certain nombre de jeux vidéo, films et séries martiales et/ou militaires dans lesquelles (← accord de proximité au féminin avec « séries », j'abandonne la domination du masculin grammatical, je dis ça au cas où on me signale une faute d'accord inexistante) les armes à feu jouent un rôle incontournable.
Ça, et aussi le fait que j'ai toujours été fasciné par la capacité de l'être humain à concevoir des trucs toujours plus pointus et élaborés, toujours plus diversifiés et efficaces dans leur raison d'être – même si en l'occurrence il s'agit d'objets violents. Mais après tout, on peut aimer les flingues pour pratiquer le tir sur cible inerte, on n'est pas obligé d'utiliser les armes pour chasser et tuer.

Par exemple, parmi mes armes préférées figurent le Browning Assault Rifle ou BAR, un fusil d'assaut américain du début du XXème siècle qui a connu son heure de gloire dans la 2GM et la Guerre de Corée (1950-53) et qui était apprécié par les GI's pour sa puissance et son efficacité – on le retrouve dans la série Medal of Honor.
J'adore tout particulièrement le FN P90, un pistolet-mitrailleur ultra-connu (on le voit notamment dans les séries Stargate et plein de jeux vidéo récents) conçu en Belgique et célébré pour son modernisme – il est petit, essentiellement en plastique, maniable et ambidextre, avec un chargeur de 50 balles au lieu des 30 habituelles. Et j'aime aussi le fusil à lunette PS1 de la compagnie allemande Heckler & Koch, lui aussi assez connu par sa présence dans les jeux vidéo, notamment les Metal Gear Solid, qui a ceci d'intéressant qu'il est semi-automatique, contrairement à la plupart des fusils pour le tir d'élite, ce qui le rend ravageur dans le contre-terrorisme.

La preuve qu'en Belgique, en plus du chocolat et des crises politiques, ils font aussi des armes de ouf. Hashtag le flingue que tu as forcément déjà vu dans un film, une série ou un jeu vidéo.

Tout ça pour dire que le cinéma, l'art populaire par excellence et à l'occasion l'art de la vulgarisation en ceci qu'il attire le public vers des sujets que ce dernier ne maîtrise pas toujours, ou l'amène à s'y intéresser, et par extension les séries télé qui font pareil, ont tendance à générer et à entretenir des clichés narratifs qui m'agacent un peu. Et encore, j'aime les flingues, mais je suis pas du tout expert en la matière, d'autres que moi supportent ça sûrement bien moins facilement.
Allez, pêle-mêle, qu'est-ce que j'aime pas dans le traitement des armes à feu au cinéma et à la télé ?


L'artillerie en carton et les explosifs mal gérés.

C'est un des trucs les plus courants des films et séries de guerre parce que ça permet de donner une ampleur globale à une scène pour pas cher, ce qui plaît aux producteurs. En gros, on met plein de figurants quelque part, on fait péter des trucs, les figurants se jettent à terre, se relèvent pas, et paf les méchants sont vraiment méchants.

Si tu t'attends à ce qu'un truc pareil laisse des survivants à l'arrivée, tu te trompes.

Sauf qu'en vrai non. Genre un obusier (c'est le lointain descendant du scorpion romain et de la catapulte en ceci qu'il tire à trajectoire horizontale et vise des structures) ou un mortier (descendant du trébuchet, trajectoire en cloche, vise une zone large) qui tire quelque part, tu peux être sûr qu'au point de chute ça va pas être beau à voir. A l'écran, on voit des bonhommes qui bondissent en hurlant. Si c'était réaliste, on verrait juste un souffle, des gerbes de sang et des corps démantelés façon puzzle. Basiquement un truc assez puissant pour projeter une bagnole, un camion ou un char, t'as cru que ça allait faire quoi à un être humain de 80 kilos dénué de blindage en acier épais ?
En plus la plupart du temps le mec est à genre trois-quatre mètres du point d'explosion – c'est pour ça qu'il se jette par terre, au-delà il sentirait rien parce que LE CINÉ OKLM TAVU. Mais à trois mètres du point de chute d'un obus de mortier, vive les brûlures corporelles et les hémorragies internes. Tu sais quel poids ça fait, quelle quantité d'explosifs y'a dans le bousin et quelle puissance ça a, ce truc ?
Tu veux rendre ton méchant méchant ? Choque le public. Mets du sang, des tripes, des boyaux. Ouais, et puis réduis ton public parce qu'en dessous de 16 ans ça va pas le faire.

La grenade M67 (actuellement en service dans l'armée américaine et évaluée à un prix unitaire de 4 dollars) a un rayon d'action de 15 mètres et est létale (mortelle) à 5. La grenade est une arme dégueulasse qui projette des éclats de métal à haute vélocité dans toutes les directions. On est loin du figurant qui se jette à terre en hurlant.

Et les explosifs c'est pareil. Concernant les explosifs d'attaque, face aux grenades on va avoir droit aux mêmes bonshommes bondissants alors que la grenade à fragmentation – le standard en vigueur dans les armées actuelles – comme son nom l'indique, en explosant elle projette des fragments de partout, donc y'a une distance de sécurité à respecter et planque-toi derrière trois pouces d'acier si tu veux pas te faire râper à l'improviste. Et les mines produiront au cinéma et à la télé exactement le même effet. Ces mêmes mines qui ont une zone d'effet de facile 10 mètres de diamètre et qui font péter un camion en un clin d'œil. Sans parler des éclats de métal qu'il faut ensuite extraire par chirurgie ou qui restent coincés dans le corps de la victime A VIE.

Concernant les autres explosifs, dédiés au sabotage, soit c'est des trucs sous-estimés que le héros va faire péter et ça va, tranquille, alors qu'en vrai il devrait avoir les oreilles qui sifflent à mort, soit c'est des machins ultra-puissants utilisés vainement. Eh, on a mis au point des trucs très spécifiques pour ouvrir les portes, pas besoin de mettre trois tonnes de C4.
Oui, de C4. Parce que le TNT, on a arrêté de l'utiliser y'a un moment. Pas assez puissant et pas assez polyvalent.
Bref, souviens-toi de la fin du premier Iron Man de Jon Favreau : quand Coulson et ses potes du SHIELD viennent aider Pepper Potts, ils utilisent quelques grammes d'explosif pour faire sauter une serrure et se mettent à deux mètres de là. On en est à ce niveau de précision et de technicité-là.

Après c'est sûr, au ciné et à la télé, quelques effets plastiques c'est toujours moins cher et plus rapide que des effets visuels réalistes conçus par ordinateur, il suffit d'utiliser des explosifs spéciaux conçus pour la fiction et quelques figurants qu'on paiera à peine le prix de leur présence, mais quand même. A l'écran c'est d'un grotesque sans nom.

Les fusils de précision discrets.

Je commence par mentionner qu'on dit invariablement « fusil à lunette » et « fusil de précision » alors que n'importe quel flingue peut être doté d'une lunette, un fusil d'assaut, un pistolet-mitrailleur ou, du coup, un fusil de précision, c'est-à-dire une arme conçue pour tirer très loin. C'est de ce dernier que je parle ici.
C'est, ensuite, ce truc qui m'a agacé dans Terminator Genisys et qui m'a donné envie de faire un article sur les clichés de cinéma à propos des flingues.

Plusieurs fois dans le film on voit Sarah Connor tirer au fusil à lunette (avec sa carrure, c'est plutôt balèze, je maintient qu'Emilia Clarke était en l'occurrence une erreur de casting) et personne la remarque. C'est l'un des enjeux narratifs des films Stalingrad de Jean-Jacques Annaud (que je vous conseille même s'il est vachement romancé tant dans son propos sur l'URSS que sur Vassili Zaitsev) et Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg (qui est totalement un film romancé et dramatique conçu pour décrocher des Oscars même si son fond, la politique américaine de protection des conscrits qui ont déjà perdu de la famille à la guerre, est véridique).

Sinon y'a aussi Démineurs (The Hurt Locker) qui ne parle pas spécifiquement du tir de précision mais qui offre une séquence très intéressante à ce propos, en plein désert irakien.

A savoir que quand un tireur d'élite ou un tireur embusqué fait feu, il risque de se faire repérer, pour tout un tas de raisons que je vais expliquer.
Mais d'abord, la différence : un tireur d'élite est un soldat capable de tirer loin (loin ici ça veut dire au-delà de la portée efficace d'une arme standard type fusil d'assaut, mais rarement à plus de 500m en moyenne) requis pour une situation donnée (antiterroriste, prise d'otages, intervention ponctuelle, mission militaire...) alors qu'un tireur embusqué est une personne capable de tirer à grande distance au fusil à lunette et cachée à un endroit donné pour piéger une cible.
La différence c'est que le tireur embusqué n'agit pas forcément sur exigence de la hiérarchie militaire ou des circonstances : un terroriste ou un chasseur peuvent aussi être des tireurs embusqués, de même que, en zone de guerre, une personne qui va se planquer en territoire ennemi et aligner tout ce qui bouge. On en voit pas mal, ces dernières années, parmi les Kurdes contre Daesh en Syrie.

Heval Hardem, dit "Musa le Sniper", était un jeune héros de 25 ans qui a, jusqu'à sa mort au combat en 2015, lutté contre Daesh depuis le Kurdistan. Armé d'un fusil de précision Dragunov de fabrication russe (une arme disponible dans beaucoup de pays d'Eurasie et sur le marché noir), il a tenu en échec les soldats islamistes autour de Kobani et a été crédité de plusieurs centaines d'ennemis abattus. L'archétype du tireur embusqué.

Bon alors, comment ça marche un fusil de précision, pour que je le présente comme si peu discret ? Ben c'est simple. Dans la tête des techniciens militaires les choses sont toujours assez simples.
Le fusil à lunette est né à la fin du XIXème siècle par la nécessité d'atteindre une cible à grande distance alors que les fusils et carabines « grand public » gagnaient en précision – donc en efficacité à grande distance. C'est la même chose que j'ai déjà évoquée à propos des lances dans mon article sur le réalisme historique dans la fiction, si ton adversaire peut t'atteindre de plus loin, faut que tu puisses le toucher d'encore plus loin.
Et pour ça y'a pas 36 moyens : ignorez celleux qui disent le contraire, la taille, ça compte. Y'a deux grandes différences entre un fusil de précision et une arme standard.

La première, la taille du canon : un canon plus long, donc une sortie de balle plus tardive, permet une plus grande stabilité et moins d'inertie (je rappelle, l'intérieur des canons est rayé pour faire tournoyer la balle, ce qui la rend plus stable parce que moins soumise aux forces extérieures comme le vent), ce qui du coup augmente la portée efficace de l'arme – soit la distance moyenne à laquelle on peut espérer atteindre la cible visée avec précision.
La seconde et la plus importante : le calibre. Pour être moins influencée par l'inertie, le vent, et pour aller plus loin, la balle doit être plus grosse, donc plus chargée en explosif (parce qu'une douille vide, c'est pas super utile). Un fusil de précision, c'est ultra-puissant. Ça fait un boucan de malade et un flash du tonnerre. Ces armes, c'est du très gros calibre. Un tir à la tête fait un gros trou en ressortant et un tir n'importe où ailleurs c'est le décès quasi-immédiat.

Histoire de vous donner une idée, ça c'est le genre de calibre utilisé dans les fusils de précision. Ajoutez à ceci que la balle est projetée à haute vélocité par un canon ultra-puissant et qu'elle est truffée de poudre explosive.

Parallèlement, le talent des tireurs et la portée efficace toujours plus grande essaient de pallier à ces inconvénients : certes, tu risques de te faire repérer si tu tires avec ça, mais les risques sont moindres à un kilomètre et demi qu'à 700 mètres. Oui, y'a des tireurs et des armes qui peuvent dépasser le kilomètre.
Cela dit, l'essentiel, c'est qu'un snipe, c'est pas une arme discrète.
Après, il est évidemment possible d'utiliser un silencieux, mais vu que la législation est très stricte concernant cet accessoire, s'en procurer est souvent plus difficile que se procurer un fusil, et on va partir du principe qu'au cinéma, tes personnages se soucient davantage de tirer que de le faire en silence.

Tout le monde peut utiliser une arme à feu.

Lol. Le truc le plus cliché dans l'univers des clichés sur les flingues. Au point que je suis toujours ravi quand l'inverse est mis en scène, autrement dit quand un personnage qui n'est pas censé savoir tirer se révèle incapable de le faire.
Alors je veux bien qu'aux États-Unis un bébé sur deux sort de l'utérus maternel le doigt sur la gâchette, mais y'a des limites. Combien de morts par balle et par année au pays de l'Oncle Sam ? Oui, voilà.

Comme dirait ce bon vieux Yuri Orlov dans un film que je vous conseillerai jamais assez, Lord of War, c'est aussi dangereux que les clopes et les bagnoles, mais sur les flingues y'a un cran de sûreté. Et accessoirement, ils sont moins faciles d'accès.
N'importe qui ayant vu un film ou une série avec des armes à feu saura plus ou moins comment ça marche – en tout cas de quel côté il faut le prendre et de quel côté il faut pas être. Mais savoir comment ça fonctionne ne signifie pas savoir s'en servir, sinon on serait tous des experts en vol spatial (une grosse explosion avec un cylindre de métal géant et creux posé dessus et des gens et du matériel à l'intérieur du tube, voilà, maintenant tu sais comment marche une fusée).

Vers la fin de Die Hard 3, Zeus (Samuel L. Jackson) se dit qu'il peut tuer Simon Grueber (Jeremy Irons), avant de prendre une balle de sa propre mitraillette. Beh ouais, il a pas pensé à enlever le cran de sûreté. Bikoze il n'est pas familier du maniement des armes. Logique !

Pour savoir tirer avec une arme à feu faut déjà savoir où est le cran de sûreté, pour pouvoir l'enlever et le remettre à volonté. Bah oui, une fois que t'as tiré, remets-le, ce serait con de se prendre une balle perdue sortie de ton propre flingue. Ensuite, il faut savoir qu'un flingue, c'est basiquement une machine à explosions miniatures qui crache des petits réceptacles bourrés de poudre explosive. Autant dire qu'il faut avoir la patate pour le manier – à deux mains, pas comme dans les clichés – en encaissant le recul ET en tirant là où on vise. Au pire, on peut caler les fusils contre l'épaule mais faut avoir les épaules solides pour absorber le choc.
D'ailleurs, tant qu'on en est là, faut aussi savoir viser sans avoir besoin de coller son œil derrière le canon, simplement en orientant correctement celui-ci. Parce qu'une arme à feu quelle qu'elle soit va chauffer ou dégager des gaz servant à propulser les balles. Et parce que les pistolets, trop courts pour être appuyés contre l'épaule, faudrait pas se péter le nez avec.

Et une fois qu'on sait tirer en absorbant le recul avec les bras ou les épaules, sans se blesser ou brûler, en touchant la cible ou au moins en sachant tirer avec un peu de précision, il faut encore espérer que l'arme ne sera pas brisée, encrassée ou enrayée. Ou bien faut savoir la démonter, l'entretenir, la remonter, voire changer quelques pièces.
Bref : tout le monde ne peut pas utiliser une arme à feu juste parce qu'on sait en gros comment ça marche. C'est pas pour rien que ces trucs sont vendus avec des manuels d'utilisation.

Les armes jamais sales, endommagées ou enrayées.

Bah tiens, tant qu'on en parle. Si tu écoutes le cinéma et la télévision, une arme à feu est toujours prête à l'utilisation, parfaitement maniable et fiable. Eh les gens, c'est un flingue, pas une planche à découper. Si la plupart des films, séries et livres de zombies recommandent l'usage d'armes blanches c'est pas pour rien.
Une arme à feu, c'est le summum de la pointe de la mécanique. Mis à part l'informatique, y'a pas beaucoup de domaines d'application concrète, tangible, dans lesquelles la miniaturisation soit aussi poussée. Un flingue c'est un ensemble de petites pièces qui n'ont généralement pas grand-chose à voir entre elles, si ce n'est qu'elles participent à la cohésion d'un machin qui ne tient pas bien si on en retire ne serait-ce qu'une.

FN PS90, variante civile du pistolet-mitrailleur déjà évoqué. Voilà voilà.

En plus je l'ai dit, le fonctionnement d'une arme à feu, la propulsion des munitions, peut reposer en partie sur des interactions chimiques, et comme vous avez tous fait physique-chimie au collège et au lycée, vous savez qu'une réaction chimique ça laisse des traces. Après usage, un pistolet ou un fusil doit être nettoyé et entretenu pour ne pas s'encrasser. Même pendant l'usage, faut pas le solliciter trop abusivement, pour éloigner le risque de la surchauffe, de la pièce qui pète, du magasin – la partie qui aligne les balles avec le canon avant le tir – qui s'enraye.
Sans compter le fait que la plupart du temps, pour des raisons de maniabilité, de transport, les armes sont conçues dans des alliages qui rouillent ou se corrodent – l'acier inoxydable c'est sympa pour la cuisine mais vu son poids, on fait pas des flingues avec.

Ah, et puis les conditions normales d'utilisation, sinon c'est pas drôle. Une arme à feu – ou tout autre objet d'importance telle que ta survie peut, dans certaines circonstances, reposer dessus – s'utilise dès qu'on en a besoin. Si tu es menacé-e par quelqu'un et que t'as que ça sous la main, tu vas pas demander à ton assaillant-e d'attendre gentiment qu'il fasse beau, clair et sec pour s'en prendre à toi.
Sous la pluie, sous la neige, dans le vent, dans la boue et dans le sable, tu as un flingue et tu es menacé-e, tu l'utilises, ou au moins tu le montres pour éviter d'être attaqué-e (c'est le principe de la dissuasion, dont tu as certainement entendu parler à propos des armes nucléaires, mais qu'on devrait généraliser, surtout aux États-Unis, ce pays où on tire d'abord et où on s'interroge sur les conséquences ensuite). Du coup, sous la pluie, sous la neige, dans le vent, dans la boue et dans le sable, tu te prépares à l'idée que ton arme puisse craindre l'humidité et la saleté.
Enfin sauf si tu utilises un AK-47 dit Kalachnikov, mais ça m'étonnerait.

Jamais besoin de recharger.

Alors là, on touche du doigt une banalité tellement confondante qu'il est exceptionnel – et du coup, intéressant – de trouver des contre-exemples où les personnages rechargent leurs armes systématiquement (comme dans Zombieland tiens).
A l'écran ça pourrait prendre trois secondes et demie et c'est le temps que la plupart des réals veulent pas prendre, ce qui entretient un climat d'irréalisme de mauvaise qualité dans plein de films. Les personnages rechargent jamais, ce qui au mieux est une facilité narrative (parce que oui, pour recharger il faut arrêter de tirer, ce qui laisse le temps à des péripéties de se dérouler), au pire est complètement con, pour une raison simple.

Outre la principale distinction entre les différents types d'armes à feu – les munitions embarquées, donc le calibre – ainsi que l'utilisation qui en est faite et les capacités de telle ou telle arme (ces deux traits découlant logiquement des munitions), ben les flingues n'en tirent pas le même nombre.
Pensez-y : les premiers pistolets, à mèche et à rouet, ne tiraient qu'une fois avant rechargement (cela dit les films de cape et d'épée respectent ça). Les revolvers, nés au XIXème siècle, ont un barillet de 6 à 8 coups. Vous voyez souvent un cow-boy de ciné recharger en plein milieu de fusillade ? Les pistolets ont des chargeurs de 15 à 20 balles environ.
Les fusils d'assaut et pistolets-mitrailleurs, c'est entre 30 et 50 balles pour les plus avancés (comme le P90), et ce sont à peu près les seuls avec lesquels le tireur peut se permettre de recharger assez rarement – du coup, pourquoi ne pas le montrer, c'est pas comme si y'avait un plan de rechargement toutes les deux minutes.

Le P90 a ceci d'intéressant qu'il est une des rares armes dont le chargeur se trouve au-dessus du canon - et au passage, il propose 50 balles au lieu des 30 standards. De fait, son système astucieux permet également l'évacuation des douilles pendant le tir, ce qui permet des tirs quasi-continus (c'est un semi-automatique) adaptés à son type, puisque c'est un pistolet-mitrailleur.

Dans le même ordre d'idées, j'ai joué y'a quelques années à un FPS, j'me souviens plus lequel mais je crois que c'était Deus Ex Invisible War, dans lequel il n'y avait qu'une seule sorte de munitions – alors que le genre même du FPS repose sur en partie sur la quête presque incessante de recharges. Dans le jeu c'était expliqué par le fait que les chargeurs étaient faits dans un matériau protéiforme qui s'adapte aux armes dans lesquelles on les mets, mais c'est pas possible en vrai.
Alors que dans les films, on va voir souvent des personnages s'échanger des chargeurs, dans la réalité il faut imaginer les flingues comme des ordinateurs. Tu peux pas insérer la batterie de ton PC portable dans celui du voisin à moins qu'il ne soit de la même marque et du même modèle. Bah là c'est pareil. A moins que deux armes soient du même modèle et du même constructeur, leurs chargeurs sont pas interchangeables.

Pas la même taille, pas la même forme, pas les mêmes balles, pas interchangeables. Pour des objets dont le fonctionnement repose justement sur la nécessité d'un rechargement régulier, je trouve qu'on traite avec beaucoup d'ignorance et de mépris le rechargement en question.

Les fusils d'assaut utilisent des balles – donc des chargeurs – de plus grande taille que les pistolets-mitrailleurs et les pistolets, les fusils de précision utilisent un calibre encore plus gros, et je parle même pas des mitrailleuses qui souvent fonctionnent non au chargeur mais à la chaîne de munitions. A chaque arme son chargeur et la taille de celui-ci.
Le traitement des balles, des douilles et du rechargement est l'un des éléments les plus symptomatiques de la facilité, de l'ignorance et du mépris à l'égard des armes à feu dans la culture.

Bref, c'était juste quelques éléments parmi les plus évidents quant aux erreurs factuelles dans les films et les séries télé. Je trouve aberrant qu'un réalisateur ou un producteur ne prenne pas la peine de mettre un ou deux plans de rechargement d'arme dans une fusillade si le temps gagné est utilisé pour dire de la merde, proposer une narration à chier, du sexisme ou des clichés sur autre chose que les armes.
C'est comme pour tout, les plus aptes à proposer des univers et des mises en scène pertinentes sont ceux qui les reçoivent, les lecteurs-écrivains, les spectateurs-cinéastes ou les gamers-développeurs. Y'a pas de secret, pour bien évoquer un sujet faut commencer par le connaître.

4.3.17

Dix petits soldats sur la BBC, se tuèrent jusqu'à ce que ce soit fini.


And then there were none.

Minisérie de Sarah Phelps pour la BBC (2015) avec Maeve Dermody, Aidan Turner, Burn Gorman, Toby Stephens, Charles Dance, Noah Taylor, Sam Neill, Miranda Richardson.
Durée : 3 épisodes de 55 minutes chacun.
Genre : drame, thriller.
Vu en VOST.

Été 1939, Angleterre. Huit personnes qui ne se connaissent pas, parmi lesquelles la gouvernante Vera Claythorne, le docteur Edward Armstrong, le juge Lawrence Wargrave, le détective William Blore ou encore le mercenaire Philip Lombard sont invitées par des connaissances communes, les Owen, dans la résidence luxueuse qu'ils possèdent sur Soldier Island, dans le Devon.
Ils y sont accueillis par les Rogers, un couple de domestiques discrets et rigides.

Le soir même, les hôtes ne sont toujours pas sur l'île, et les dix personnes sont publiquement accusées de meurtre par un habile montage.


Bon alors c'est une nouvelle adaptation du roman le plus connu d'Agatha Christie, Les dix petits nègres, dont vous avez sûrement déjà entendu parler à moins que vous ne l'ayez carrément lu – à l'époque de ma scolarité, il était notamment au programme du collège, si bien que je l'ai lu coup sur coup en 5ème à Dunkerque et en 4ème en Auvergne – et dont l'intrigue est bien connue.
J'ai entendu parler de cette nouvelle version dans un Chroma de Karim Debbache – je vous recommande d'ailleurs ce vidéaste et son travail incroyablement documenté et intéressant en matière de vulgarisation cinématographique – traitant des slasher-movies et de Silent night deadly night en particulier.
And there were none, le roman d'Agatha Christie, y était présenté probablement à juste titre comme l'un des fondateurs du genre slasher – littéralement « trancheur » – qui descend à priori de la culture populaire criminelle anglaise du XIXème siècle, Jack l'Éventreur en tête de file.

De fait, ce roman que j'ai toujours en estime sans pourtant lui témoigner beaucoup d'affection brille par des qualités généralement sous-estimées. Le mystère de sa narration repose à la fois sur la brutalité des mises à mort, jamais représentées dans le texte – les protagonistes trouvent les corps après coup – mais pourtant mises en scène selon une comptine odieusement sinistre, et sur le fait que le coupable n'est jamais connu dans l'intrigue – à l'exception d'un épilogue qui, comme nous l'enseigne les lois de l'écriture narrative en littérature et au cinéma, ne fait pas vraiment partie de l'intrigue, tout comme les scènes post-génériques ne font pas partie des films.
C'est du bonus pour ajouter des détails quoi.

Toujours dans la subtilité, ces Américains.

Bref, le fait que Karim Debbache dont les goûts culturels sont assez justes ait vanté cette adaptation – et le casting à pleurer d'émotion que j'ai découvert après l'avoir googlée (d'ailleurs à partir de maintenant va falloir que je dise « après l'avoir écosiée », grâce à Ecosia le moteur de recherche qui plante des arbres) – m'a incité assez rapidement à la découvrir.
Outre que c'est une actualisation assez élégante de l'histoire originale – j'ai bien dit actualisation et pas modernisation, à la manière d'un Sherlock de Gatiss et Moffat – cette minisérie recèle deux avantages.
Le premier, c'est la BBC à la production, une chaîne anglaise connue pour ses séries de très haute qualité d'écriture, de casting et d'interprétation – au hasard, Luther avec Idris Elba, Sherlock avec Benedict Cumberbatch et Martin Freeman, The Office avec Ricky Gervais (la version britannique, la seule qui compte), et pour les plus réticents, Doctor Who avec Christopher Eccleston, David Tennant, Matt Smith, Peter Capaldi, Jena Coleman et Karen Gillan.
Et le second avantage de cette nouvelle adaptation du roman, je l'ai dit, c'est son casting.

L'un des trucs qui anime et excite le plus le cinéphile que je suis est de voir des acteurices de seconds rôles – les petites mains omniprésentes du cinéma et des séries télé, loin des stars surcotées – dans des œuvres antérieures au moment où je les ai découvert-e-s, et dans des œuvres où ces interprètes sont très justes ou très inattendus.
L'un des exemples les plus parlants de mon sentiment à cet égard, c'est Charles Dance. Je l'ai découvert dans Game of Thrones, je l'ai redécouvert dans le vieux Last Action Hero, un film de mon enfance que j'adore, je l'ai vu dans l'excellent Ghostbusters de 2015, et le voilà dans Dix Petits Nègres. Dans le rôle idéal pour lui du juge Wargrave.
Basiquement, And there were none version 2015, c'est un buffet à volonté, c'est une énorme recette de pâtisserie, c'est une gâterie culturelle format Jumbo entièrement dédiée à ma passion pour le 7ème art : Charles Dance, Aidan Turner, Toby Stephens, Noah Taylor aka l'un de mes acteurs de seconds rôles préférés de l'univers, Sam Neill, Burn Gorman aka l'un des autres acteurs de seconds rôles préférés de l'univers, cette série est à pleurer, son casting est A-HU-RISSANT.


Bref, l'intrigue pour ceux qui connaissent pas – le roman est vieux, facile à trouver, pas cher, excellent, lisez-le vite, puis regardez cette adaptation \o/
Là où j'ai toujours eu le sentiment que le roman se déroulait plutôt dans les années 1920 – il est notamment question de la Grande Guerre dont le général MacArthur est un vétéran – il s'avère en fait que la présente adaptation replace le cadre au moment de la rédaction de l'ouvrage original, juste avant la Seconde Guerre Mondiale. Ce qui permet assez subtilement quelques dialogues sur le fait qu'Isaac Morris, l'exécutant à distance des Owen, est un Juif et qu'on peut jamais se fier à ces gens-là. En contrepartie, un cadre temporel plus précoce aurait eu le mérite de justifier les accusations de Blore à l'encontre de Lombard d'être un Fenian, soit un indépendantiste irlandais (je rappelle, la République d'Irlande est fondée en 1921).

Donc ça se passe un tout petit peu avant la 2GM, dont on ne parle quasiment pas – parce que l'intrigue des Dix Petits Nègres est toute entière tournée vers le passé, notamment le passé occulte des intervenants – et en plein été, ce qui met joliment en valeur Soldier Island, une île certes assez austère et rocheuse, loin de la côte, mais également surmontée d'une demeure moderne, basse, blanche et élégante, telle que décrite par Agatha Christie.


J'aime bien la manière dont cette série introduit les personnages progressivement, tout au long de l'intrigue et pas juste de manière artificielle au début. Très vite, les premières rencontres posent les caractères : Armstrong et Marston se croisent sur la route, préparant la construction du premier comme un instable en puissance et le second comme un inconscient désinvolte, tandis que Lombard harcèle Vera par des regards appuyés dans le train.
Mais, plus intéressant, les passagers se retrouvent sur le quai avant Soldier Island puis font le trajet jusqu'à la maison, un élément presque expédié dans le livre, qui ici permet de présenter chacun : Wargrave est vieux et digne, Blore est soupe au lait mais serviable et Lombard est un connard (désolé, je vois pas comment le définir autrement, c'est un type arrogant, égoïste et cynique qui s'assume).

Tout au long de cette minisérie en fait, le caractère de chacun-e et donc l'interprétation des personnages sont centraux dans l'intrigue et la mise en scène. J'ai toujours imaginé les Rogers plus vieux qu'ils ne le sont ici (d'autant plus qu'Ethel Rogers meurt quasiment de santé fragile), mais j'ai trouvé pertinent que le mari traite sa femme – l'image même de l'épouse soumise et de la domestique craintive – avec un dédain un peu paternaliste propre à l'époque de narration. Joué par Noah Taylor (vu un peu partout et notamment dans Game of Thrones où il est Locke, le bras droit coupeur de main de Roose Bolton), Thomas Rogers est un peu sec, l'acteur incarne bien (c'est une habitude pour lui on dirait, il a joué Hitler dans l'excellent film hongrois Max de Menno Meyjes) ce personnage digne au passé trouble que la série présente comme parfaitement coupable d'assassinat, loin de la « négligence supposée » du roman.

De haut en bas, Blore, Lombard et Armstrong. Trois caractères parfaitement interprétés par des acteurs de grand talent. Waw.

Plus tard, Toby Stephens (James Flint dans Black Sails) incarne bien pour sa part l'ancien alcoolique toujours sur le point de replonger, perpétuellement au bord de la crise de nerfs, tandis que Blore, un personnage assez négligé dans le livre d'Agatha Christie, est ici bien plus développé et humanisé au profit de Burn Gorman (vu un peu partout et notamment dans Game of Thrones où il est Karl Tanner, le chef des mutins de la Garde de Nuit chez Craster), notamment vers la fin, alors qu'il n'y a plus beaucoup de survivants et que les derniers se doutent qu'ils quitteront pas l'île. Il a cette scène que j'adore où il dit « j'ai une maison, un petit jardin, j'aime bien me poser là avec du thé, du fromage et des radis fraîchement cueillis », le mec aime les petits plaisirs de la vie simple, et il va finir assassiné juste parce qu'il a cassé la tête d'un homosexuel, ce qui n'était pas choquant à l'époque.

Ah, et puis j'ai parlé de Charles Dance (vu un peu partout et notamment dans Game of Thrones où il est Tywin Lannister (Dark à un moment ça va se voir que t'as la flemme de présenter les acteurs (mais non))) ; lui demeure tout au long de l'intrigue (et jusqu'à son dénouement) ce personnage courtois, discret, mais aussi autoritaire et parfois enclin à une dureté peu commune, j'ai adoré.
Après je pourrais parler de Sam Neill (Jurassic Park), très bon en vieux général avec des restes de force, qui sent l'embrouille venir à dix kilomètres, ou d'Emily Brent jouée par Miranda Richardson dont le rôle le plus notable est peut-être celui de Lady Van Tassel dans le Sleepy Hollow de Tim Burton. Son personnage est tellement froid et détestable qu'on regrette que sa mort ne soit pas plus spectaculaire – elle est d'une suffisance ahurissante avec Ethel Rogers et lui dit notamment qu'avoir une maladie des yeux est une faiblesse coupable, limite un péché, traite Vera Claythorne avec le même genre de dédain et dit plus ou moins que la comptine des Dix Petits Nègres c'est de la merde indigne du nom de poésie.


Mais le cœur de la narration est évidemment centré sur le couple final, ici mis en scène avec bien plus d'intimité et de tension sexuelle qu'un roman anglais de 1939 ne pouvait le faire. J'ai trouvé Maeve Dermody, interprète de Vera, absolument géniale, à la fois dans les flashbacks liés à Hugo et Cyril Hamilton – lesquels sont plus importants dans la mise en scène filmée – que dans la narration proprement dite sur l'île. Certes, l'actrice ressemble beaucoup trop à Emily Blunt et ça me perturbe, mais son glissement progressif vers la folie, la psychopathie et la survie à tout prix est parfaitement retranscrit, entre autres par l'attention qu'elle porte à la comptine des Dix Soldats (en anglais, dix petits nègres en français) et par son ultime pétage de câble à la fin.

Face à elle, Aidan Turner (alias Kili dans Le hobbit, y'a deux faux jumeaux, c'est celui qui ressemble pas à Dany Boon) est un Lombard parfait. Déjà, il est vraiment méchant, y'a pas de doute. Arrogant, charmeur, cynique, mais égoïste et fier de l'être. Il arrête pas de surnommer Blore de... bon, en français on va dire que ça donne un truc genre « gros lard », référence au fait que dans Les dix petits nègres, le policier est effectivement pas très athlétique. Au moment des réactions aux accusations publiques, il est le seul à admettre les faits, qui ont été modifiés pour l'adaptation : il ne s'agit plus d'une tribu africaine laissée à la merci de la famine pour sa propre survie, mais d'un massacre en règle pour récupérer des diamants. Le coupable de la tuerie énonce, dans l'épilogue du roman, qu'il a choisi l'ordre des morts pour finir par les meurtriers les plus incurables, les monstres les plus dénués de conscience, et à mon avis Lombard n'est pas dernier uniquement parce que s'il l'était, il ne mourrait pas, ce type est un survivaliste à l'extrême (contrairement à Vera, dont la psychologie plus instable la rend influençable à une suggestion de suicide).


Au-delà de ce casting ahurissant et de ces interprétations géniales, je pense que la mise en scène joue beaucoup dans la réussite de cette minisérie. Le montage des lettres rédigées et envoyées au début est assez cut, mais pas trop, et ça plonge directement le spectateur dans l'attente suscitée par ce genre de série d'enquête. La préparation du disque d'accusation, jamais montrée dans le roman, est vite évoquée avec justesse et là encore, un sens de la préparation étonnant.
Soldier Island est un bout de roche dépassant à peine des flots, avec des crevasses accidentées – probablement les vestiges d'un complexe minier antique, vu que les îles britanniques ont toujours été riches en minerais – et malgré le cadre temporel en plein été, la narration est émaillée d'une météo dégueulasse, et ce dès son introduction dès le début du premier épisode, limite noyée dans la brume.


Parallèlement, la transition de l'étonnement – on est sur une île sans hôtes – vers le mystère – deux morts d'un coup ça devient bizarre – puis la tension – bon y'a clairement un meurtrier ici ça pue du cul – se fait par des jeux de lumières et d'ombres plus marqués. Au début les plans sont larges pour constituer un cadre énorme, écrasant – par exemple lors des premières apparitions d'Ethel Rogers. Par la suite, tout se resserre sur les personnages et le spectateur. Des transitions de ciel nocturne ou nuageux contrastent des intérieurs plus sombres – parce qu'en l'absence des Rogers et vu l'ambiance, on fait plus l'effort d'allumer partout – et une manière de filmer de plus en plus noire et oppressante, à l'exception d'une scène de folie collective, à mesure que les cauchemars des invités refont surface (sauf concernant ce pignouf sans conscience de Lombard), une musique grave et lente au violoncelle, rohlala *_*
En plus la série possède un petit générique à la manière de Black Sails, avec un objet sur fond noir, révélé en musique (et tendue en plus, sombre et écrasante) au fur et à mesure des images, jusqu'à un plan final sur la demeure de Soldier Island. Très très classe.

En bref : actualisation très juste du roman d'Agatha Christie, And then there were none est une excellente adaptation. L'ambiance funeste, la désolation d'une île hostile au large du Devon, le montage bien pensé et le casting incroyable font de cette œuvre une référence du thriller policier. Que vous connaissiez ou non l'œuvre originale ou les adaptations précédentes, celle-ci mérite clairement votre attention.

25.2.17

Du soleil à manger !

Bouillon de riz aux légumes.

Alors celle-là je suis bien content, parce que c'est une recette que j'ai trouvée tout seul. J'ai juste improvisé et ça a donné ça. J'ai bien aimé alors j'ai reproduit le truc pour être sûr que c'était pas un coup de chance hasardeux, et voilà.
L'ironie c'est que ça me semble plutôt être une recette d'automne-hiver alors que je l'ai réalisée en plein mois d'août. J'avais acheté des légumes pour faire du taboulé et comme souvent quand j'achète des légumes, malédiction des repas froids, il s'est mis à faire dégueulasse et froid (je te jure, août 2016 c'était la merde, une semaine potable quand je suis allé à Valenciennes voir M. et Mme Studinano, une semaine d'hiver façon Winterfell, et juste après je suis allé à Bordeaux pour une semaine de paradis girondin), j'étais là avec mes légumes inutiles.

Comme je savais que je devrais bientôt aller dans le sud voir mon ptit frère (le plus beau mec de la Terre (le type le plus charmant et le plus adorable depuis Robert Kennedy)), et que je comptais pas laisser des trucs pourrir dans mon frigo j'me suis résolu à improviser un truc.
Du riz aux légumes. Ce sera un peu sec, j'me suis dit, je vais ajouter du bouillon, me suis-je répondu (arrête de nier, toi aussi tu mets parfois tes réflexions mentales en forme de dialogues), et voilà le travail.
Bon allez, assez présenté le sujet. Passons au concret.


Ingrédients et ustensiles.

 - un poivron jaune (vous pouvez réaliser cette recette trois fois avec s'il est gros)
 - 2 à 3 tomates moyennes à petites (deux moyennes ou trois petites)
 - un demi-oignon (gardez l'autre moitié pour refaire la recette, ou quoi que ce soit d'autre, les oignons ça sert toujours)
 - du riz (pour le dosage c'est compliqué, j'explique après)
 - environ 10 à 15 cl (soit un demi-verre de taille moyenne) de bouillon
 - de l'huile d'olive pour cuire les légumes
 - une grande casserole pour cuire les légumes (vous pouvez la réutiliser directement pour le riz)
 - une petite casserole pour préparer le bouillon

Préparation.

Coupez le poivron en deux ou trois morceaux, selon la taille, en suivant ses courbes, et gardez-en une moité (ou un tiers). Égrainez et coupez cette partie en petits morceaux plats. Mettez l'huile d'olive à chauffer à feu doux dans la casserole, et quand elle est prête, ajoutez en premier les poivrons (qui sont un peu plus longs à cuire). Les légumes doivent cuire, autant que possible, sous un couvercle.
Pendant que les poivrons chauffent, coupez les tomates, retirez le jus et les graines, et coupez le demi-oignon en petits morceaux. Ajoutez-les ensuite aux poivrons et préparez le riz et le bouillon. Profitez-en pour vous prendre un shoot. Respirez bien fort cette odeur d'huile d'olive au basilic et de poivron jaune et tomate en pleine cuisson. C'est bon, vous avez bien kiffé ?
Allez, on reprend.


Quand les légumes sont prêts – les poivrons sont devenus moelleux, les tomates ont exsudé un peu de jus et les oignons ne sont pas encore dorés – sortez-les de là, couvrez-les pour qu'ils ne refroidissent pas et préparez le riz. Alors là c'est compliqué parce que j'ai aucune méthode pour mesurer le riz, mon verre doseur mesure que le sucre, la farine et les liquides, et je connais même pas la dose normale pour une personne.
Quand je fais du riz, j'en verse un peu dans la paume de ma main en coupe, et pour cette recette, je fais généralement deux à trois petits tas dans ma main. Voilà comment je mesure, bon courage XD Non mais vous verrez en la faisant, cette recette s'ajuste à l'usage. L'essentiel c'est que le riz doit représenter autant en quantité que le mélange des trois légumes.
Pendant que le riz est en train de cuire, occupez-vous du bouillon, qui prend vachement moins de temps. Là encore, la quantité varie mais il est important que les légumes et le riz baignent à peine dans le bouillon au lieu d'être immergés dedans, il n'est là que pour humidifier et offrir une consistance unique à la recette, c'est un bouillon, pas une soupe.


Une fois que le riz est prêt à son tour, mettez-le, après égouttage, directement dans un bol et couvrez-le du bouillon – comme ça vous verrez tout de suite si les proportions sont bonnes. Ajoutez les légumes, mélangez bien, laissez un peu refroidir au besoin pour pas vous brûlez et régalez-vous.

Voilà, encore une fois, cette recette c'est de la totale impro de ma part, mais elle a plusieurs mérites que j'ai pas saisis au premier abord, et que j'ai remarqués en la refaisant plusieurs fois.
Certes, elle se fait à l'usage, les proportions varient en fonction de vos goûts, de façon à maintenir un équilibre entre les trois ingrédients (riz, légumes, liquide), mais elle nourrit bien. Le bouillon tient au corps, il est consistant et bien chaud, il s'apprécie en saison froide comme chaude. Le goût salé du bouillon est bien équilibré par le goût un peu sucré du poivron jaune. Plus important, c'est simple à faire, c'est sain, et c'est végétarien.
N'hésitez pas à tenter le coup et même à en parler autour de vous, personnellement, sans donner dans l'auto-satisfaction, je ne prépare plus mon riz que comme ça ou presque.

19.2.17

Citoyenneté et nationalité : la question de l'étranger.

Je vais vous raconter l'histoire de comment l'empire romain est devenu l'entité politique la plus importante et la plus persistante de l'Histoire de l'humanité. Oui c'est directement lié au sujet : c'en est même l'explication.
Dans ses premiers temps, entre le VIIIème et le Vème siècle avant notre ère, Rome n'est qu'une cité-état d'Italie comme beaucoup d'autres. Si tu te balades dans la Haute-Antiquité, mettons entre le 4ème et le 2ème millénaire avant Jésus-Christ, tu as forcément entendu parler de la cité-état. Y'en a en Mésopotamie, en Grèce, en Anatolie, en Phénicie, c'est-à-dire le Levant (actuels Israël et Liban), y'en a en Afrique et donc en Italie.
La cité-état, c'est LA BASE de la structure politique dans l'Histoire. Pourquoi ? C'est simple : les moyens de productions (artisanat) et d'échanges (commerce) se concentrent au même endroit, les paysans ont un endroit pour vendre leur récolte, et ce qui était une tribu gouvernée par un conseil devient une ville dirigée par des nobles (la définition de la noblesse à travers le temps est à peu près aussi souple que la moralité d'un politicien français), et le modèle se généralise.

La cité-état, modèle de base de la structure politique antique en Méditerranée. Et on ne parle là que des fondations grecques, ne sont pas présentes les fondations phéniciennes, carthaginoises ou italiennes.

A cette époque, rien ne distingue Rome des autres cités italiennes. Le simple fait qu'elle soit une république la rend identique aux autres, dans la mesure où la république n'est pas une démocratie. Sauf que Rome finit par conquérir ses voisines, et à ce moment-là encore, elle adopte une politique diplomatique et territoriale identique à celle d'Athènes ou Sparte de l'autre côté de l'Adriatique : des traités d'alliance dans lesquels les cités soumises paient un impôt et fournissent un contingent militaire.
Par la suite la cité sort d'Italie et seulement là commence à se démarquer, puisque faute de rivaux à son niveau, elle est forcée de s'adapter aux circonstances. En fait la force de Rome n'est même pas d'avoir multiplié les lieux de pouvoir, parce qu'au fond il n'y a qu'un lieu de pouvoir dans le territoire impérial (que ce soit sous la république ou le Principat), et c'est Rome. Non, le talent indéniable de la république est d'avoir répliqué son propre pouvoir à grande échelle. La nuance est là, le pouvoir s'exerce en Italie et toutes les autres villes d'empire (qu'elles soient romaines, latines, pérégrines et j'en passe) sont de simples relais. Il ne s'agit pas de plusieurs pouvoirs, mais du même pouvoir qui se recopie partout.

Que tu vives en Grèce, en Anatolie, en Italie, en Afrique ou en Hispanie, plus tard en Gaule, en Égypte, en Bretagne ou sur les marches de Germanie, tu sais que les dirigeants sont les Romains. Et en fonction de l'endroit où tu vis, tes parents, tes grands-parents ou même tes arrières-grands-parents vivaient peut-être déjà sous la loi romaine. Tu n'as jamais vu Rome, c'est une cité à l'autre bout du monde, mais tu sais qu'elle dirige jusque chez toi. Ce savoir est aussi naturel que respirer, ça va de soi, on naît, on vit et on meurt avec. La loi de Rome s'applique à peu près partout et même où elle ne s'applique pas (dans les marches du Sahara et d'Arabie, dans la partie non conquise de la Bretagne, dans le Barbaricum germain, thrace et sarmate, dans l'empire parthe...), on en a entendu parler et on vit avec.

L'empire romain à son apogée en 117, à la fin du règne de Trajan. Foyers de révolte : 0. Révoltes passées : Germania Magna sous Auguste, Judée sous Néron et Vespasien. L'opposition socio-politique au pouvoir romain est quasi-inexistante. Les tensions ne sont liées qu'au contrôle du pouvoir, comme le démontrent les crises de succession de 192-193 (Commode-Pertinax-Septime Sévère) et de 238 (Maximin et les Gordiens). 
Ou pour le dire clairement, il n'y a pas de révolte dans l'empire, mais des guerres civiles.

Après, si le modèle romain est aussi naturel et évident, il faut bien une explication. Et aussi ahurissant que ça puisse paraître, comparé à son rival l'empire parthe, aux empires mongol ou romain-germanique plus tardifs, l'empire romain n'est pas autoritaire. Ça paraît incroyable, mais c'est vrai. Alors que la guerre de Trente-Ans, par le biais de la religion, est un conflit destiné à écraser les dissidences (protestantes) contre l'empereur (catholique) ou que les Khans basent leur pouvoir sur le recrutement militaire, les conquêtes et le charisme du chef, Rome n'a pas besoin d'user de force pour contrôler ses provinces. Bien sûr, il y a parfois des révoltes, dans les provinces récemment acquises et pas encore bien maîtrisées (ou menacées par un voisin comme en Asie face au Pont), mais en tant de paix, les légions n'ont pas besoin de parader pour que la population sache qui dirige.
La majorité des provinces impériales ne sont pas dotées de forces armées en dehors des miliciens chargés de l'ordre en ville et de la gestion des incendies, et qui n'ont généralement pas la formation professionnelle de la légion.

Alors, comment ça s'fait ? Comment c'est possible qu'une cité qui a conservé les mêmes institutions, le même Sénat, les mêmes magistrats, le même fonctionnement interne et la même identité religieuse et culturelle a pu s'étendre sur tout le pourtour de la Méditerranée et en Eurasie jusqu'aux actuels Angleterre, France et Moyen-Orient pendant plus de mille ans ?
La réponse tient en quelques mots : il y a eu une forte adhésion au modèle romain y compris par les élites des peuples soumis. Et ça, ça s'explique par la gestion romaine de la nationalité et de la citoyenneté
Je sais, c'était une intro exagérément longue, mais ça te fait de la vulgarisation historique, de rien ♥


Je l'ai dit dans plusieurs articles, notamment celui qui confronte démocratie et république, celui qui propose de grandes dates marquantes de l'histoire, ou encore celui qui déconstruit le mythe de Nos ancêtres les Gaulois : la Nation, la nationalité et le nationalisme sont des inventions récentes de l'Histoire. Ces notions sont le fruit des monarchies centralisées de l'époque moderne (1492-1789) et elles sont pensées à l'origine autant pour assurer l'adhésion des peuples aux politiques d'État (à la fois dans les monarchies et les républiques comme celle des Provinces-Unies, actuels Pays-Bas), et donc la cohésion nationale, et pour glorifier un pays en lui donnant une culture forte, identifiable et unique par rapport aux autres.
Je rappelle que l'idée de nation naît essentiellement durant la guerre de Trente-Ans (1618-1648) qui précède de quelques années le début de la construction du château de Versailles (1661-1682, et certains travaux continuèrent après l'ouverture du palais), lequel représente le fleuron de la culture artistique française (peinture, sculpture, architecture, verrerie, botanique...) qui doit emmener l'Europe entière dans son sillage.

Promulguée par l'Assemblée Nationale en 1789. A cette époque on décide de faire de la nationalité un truc politique en rejetant tous les étrangers. On n'a pas évolué depuis.

A la Révolution (1789-1799), la Nation est devenue politique. D'abord idée culturelle et sociale, elle s'est dotée de pouvoir en renversant la monarchie absolue des Bourbons et le peuple qui était censé l'incarner en a pris le contrôle pour l'instrumentaliser. Cela a continué par la suite et a même été repris par certains monarques – Louis-Philippe d'Orléans, roi des Français (et non de France) et Napoléon III – ce dernier se faisant même le champion des nationalités dans l'unification italienne, nourrissant à son insu la nationalité allemande et son unification par Otto von Bismarck.
Cette nouvelle nation, politique et citoyenne, est le prolongement direct de la précédente : il s'agit toujours de contrôler les populations (la Russie s'emparant de la Sibérie fait peu de cas des tribus qui y vivaient tant qu'elle peut les dominer) et de glorifier un pays face à ses concurrents (je rappelle, la colonisation, la Seconde Industrialisation, les empires...), à tel point que la rivalité a donné lieu à deux guerres mondiales.

Visiblement personne n'a retenu la leçon des conflits du XXème siècle, puisqu'encore aujourd'hui, la nation sert à la fois à glorifier un pays, entretenant le flou entre patriotisme et nationalisme, et à contrôler les populations – à savoir rejeter ceux qu'on a pris pour cible, les différents, les étrangers, les racisés.

Pour en revenir aux Romains, l'idée de nation a été traitée, avant même d'être pensée, sous d'autres formes. A l'issue de la Reconquista qui se termine en 1492 avec la chute du royaume de Grenade, l'Espagne catholique ordonne la conversion forcée ou la déportation tous les Juifs et les Maurisques (musulmans) de la péninsule ibérique, principalement parce qu'ils sont d'une culture différente. Le XVIème siècle est incontestablement celui de l'Espagne, de Philippe II champion du catholicisme, de la colonisation du Nouveau-Monde (avec les conversions au catholicisme que ça suppose), et de la guerre contre l'Angleterre élisabéthaine anglicane.

A l'inverse, et malgré une idée préconçue qui les présente comme des maniaques obsessionnels du classement administratif, les Romains se montrent assez laxistes avec la culture des peuples soumis.  L'adhésion généralisée au modèle romain bénéficiait de deux grands avantages : 1. elle ne souffrait pas de concurrence, et 2. elle n'obligeait pas les gens à abandonner tout ce qu'ils étaient.
La romanisation, ce fameux mécanisme qui a en apparence uniformisé les populations méditerranéennes pendant mille ans, est purement politique et non culturelle. Elle repose sur le statut juridique et politique des personnes – on parle bien de droit romain, de droit latin, de droit pérégrin... Les sujets intégrés au système impérial se voient dotés de la citoyenneté romaine – du droit de participer aux élections et à la vie publique de la Cité, parce que les Romains ont bien compris l'essence de la république, la chose publique. 

Le théâtre antique de la ville de Palmyre, actuelle Syrie. Palmyre est un exemple pratiquement unique de mélange des cultures orientale, grecque et romaine dans l'Histoire. 
A titre de rappel, dans toute la moitié orientale (à partir des Balkans) de l'empire, la langue officielle est le grec, les langues usuelles comprennent le grec, le copte (égyptien), l'hébreu, le palmyrénien... Toujours à titre de rappel, le théâtre, la littérature grecque, la philosophie et maints autres domaines intellectuels impériaux sont hérités de la Grèce. Alors non, les Romains ne se souciaient pas vraiment de la culture des sujets impériaux. Ne comptait que leur statut juridique.

En aucun cas il n'est question de culture, de langue (même si le meilleur moyen de devenir citoyen c'est de passer par la légion, qui n'admet que le latin dans ses rangs) ou même de religion, parce que c'est bien connu que quand les Romains croisent une nouvelle divinité, ils lui trouvent une équivalence dans leur propre panthéon et/ou l'y intègrent – je rappelle la force du culte de Mithra, venu de l'Orient, lors du IIIème siècle de notre ère.
Les Romains se fichent éperdument de la culture du citoyen romain de base et c'est un leurre de considérer que parce que les sujets impériaux étaient dotés du statut juridique romain, ils étaient identiques. Ils conservaient évidemment leur langue maternelle, leurs coutumes, leur mode de vie, sauf qu'ils avaient désormais le droit de jouer un rôle dans l'élection des magistrats locaux qui appartenaient à la grande machinerie impériale romaine.

D'ailleurs, ce genre de chose s'est produit par la suite, y compris en France : c'est le fameux système de charte et de coutumes de la France d'Ancien Régime. Le roi est "absolu" parce qu'il est "absous des lois", c'est-à-dire qu'il ignore les lois et les coutumes pour mener sa politique librement. La monarchie absolue, théorisée par Nicolas Machiavel dans Le Prince, n'est pas pensée pour être un état permanent, mais un fait ponctuel dans une société équilibrée ; c'est Louis XIV qui en a fait une réalité durable. Dans la France d'Ancien Régime, le roi accorde des Chartes qui sanctionnent juridiquement et fixent par écrit les coutumes des différentes provinces : les habitants locaux conservent leur culture, leurs usages, mais demeurent des sujets de la couronne. Là encore, culture/nationalité et citoyenneté/statut juridique sont dissociés.

Même en France, avant l'invention de la nationalité, on se contrefout de la culture tant que l'autorité royale est respectée. Les particularismes locaux sont forts, sont acceptés par le pouvoir, et ça dérange personne. La nationalité telle que pensée de nos jours, c'est la négation des particularismes culturels locaux et mondiaux. La nationalité, c'est la négation de la diversité des cultures, l'uniformisation forcée.

De nos jours, le gros problème, c'est qu'on a assimilé citoyenneté et nationalité au point de les rendre indissociables. Ne sont citoyens que ceux qui bénéficient de la nationalité française et de tous les droits socio-politiques qui vont avec.
Tu arrives de l'étranger, avec ta culture étrangère, et s'il faut en croire certains tarés d'extrême-droite, tu es obligé-e d'abandonner ta culture pour acquérir celle de la France. Je sais bien, et je l'ai déjà dit, que des droits politiques ça se mérite, qu'il faut avoir démontré vouloir participer à la gestion publique du pays, pour pouvoir bénéficier de cette faculté. Mais l'acquisition de la citoyenneté selon un choix et non par automatisme avec la nationalité permettrait à tous les étrangers, travailleurs ou étudiants notamment, qui se fichent du destin de la France, de ne pas revendiquer cette faculté.

La nationalité, puisqu'on en revient toujours là, qu'est-ce que c'est exactement ? La nationalité n'apprend que deux choses sur une personne : où elle est née, et vraisemblablement par extension sa culture d'origine. Je dis vraisemblablement parce qu'imagine tu nais aux États-Unis dans un milieu latino-américain, ou italien, pas sûr que ta culture soit états-unienne. Si tu nais en Angleterre dans la communauté indienne exceptionnellement forte (encore la colonisation), ta culture sera pas comparable à celle d'un-e Anglais-e dont les ancêtres ont toujours vécu en Angleterre.

Cher monsieur Trump, sans l'immigration et le multiculturalisme, VOTRE PAYS N'EXISTERAIT MÊME PAS. Le phénomène a commencé dès le XVIIIème siècle avec les émigrations religieuses et se poursuit encore. Source : http://www.immigrationeis.org/about-ieis/us-immigration-history

On ne cesse de vanter le multiculturalisme, de dire qu'un pays est riche de la culture multiple de ses habitants, mais en 2017 certains considèrent que si tu entres en France c'est pour devenir Français-e, abandonner ta culture pour pouvoir profiter du système français. Il semble inenvisageable que des étrangers puissent simplement passer en France, pour aller dans un pays qui se trouve au-delà (au hasard : le Royaume-Uni) ou pour rentrer chez eux ensuite.
J'ai une amie thaïlandaise qui a fait une partie de ses études en France. Elle aurait pu rester ici après son master, mais à terme, elle aurait été obligée de devenir française, d'abandonner une partie de sa culture pour pouvoir jouir des droits politiques français. Au lieu de ça, elle s'en est retournée en Thaïlande où elle met à profit son expérience française pour enseigner, tout en conservant sa culture native.
J'ai appris y'a plusieurs mois, par l'amie d'un de mes meilleurs potes IRL, laquelle amie est d'origine tunisienne, que la France est détestée en Tunisie depuis la colonisation (normal j'ai envie de dire). Venir en France de Tunisie et être obligé-e d'acquérir la nationalité française impliquerait donc de se couper d'une partie de sa culture native à cause de l'image désastreuse de la France à l'étranger.

Après, évidemment, il y a une solution au problème épineux de la nationalité et de la citoyenneté : il faudrait les séparer et les traiter isolément l'une de l'autre.
Parce que c'est ça, à mon sens, le bienfait principal de dissocier nationalité et citoyenneté. A l'heure actuelle, dans le monde, quand on parle de la politique française, c'est souvent pour rappeler qu'on a des gros fascistes, des politiciens corrompus, et que notre pays a largement perdu l'image de modèle qu'il avait.
L'empire romain ne couvrait "que" l'Europe méditerranéenne, le Proche-Orient et l'arrière-pays gallo-rhénan-danubien et est parvenu à diffuser son modèle politique sans interruption malgré les différentes cultures rencontrées. En 2017, avec le capitalisme libéral et l'ouverture des frontières que fustige un président nommé Donald, la France peut potentiellement accueillir des gens venus du monde entier. Elle peut donc diffuser sa culture à l'échelle du monde entier.

Chère Mme Le Pen, FERME TA GUEULE PUTAIN SALE CONNE DE MERDE.

La nationalité est une de ces choses - comme les croyances religieuses, l'orientation sexuelle et les opinions politiques - sur lesquelles la société ne peut pas et ne doit pas avoir la moindre prise. La nationalité n'est pas censée conditionner le statut juridique - les droits politiques et judiciaires. Rien n'interdit d'avoir, en France, des citoyens français de nationalité britannique, allemande, mexicaine ou même thaïlandaise. 
La citoyenneté c'est le pouvoir politique, la faculté de jouer un rôle dans la gestion publique d'un pays par son gouvernement, ses élus locaux, ses fonctionnaires. La nationalité, c'est à la fois le lieu de naissance et la culture, l'ensemble des convictions, croyances, usages et connaissances d'une personne. Ça n'a pas le moindre rôle politique ou juridique, sauf si on veut un gouvernement fondé sur la discrimination, qui oblige les gens à abandonner leur culture pour pouvoir acquérir celle qu'il prodigue. C'est la raison pour laquelle je suis opposé au droit du sol et favorable au droit du sang : les gens doivent avoir le choix de leur nationalité, avoir le choix d'hériter celle de leurs ancêtres plutôt que de se voir imposer celle de l'endroit où ils naissent, puisque naître est un acte sur lequel on n'a aucune prise : on ne choisit pas où, quand et comment.

A mon sens, c'est là le rôle de la double-nationalité : offrir aux gens la possibilité d'étendre leur culture en ajoutant à celle qu'ils tiennent de leurs ancêtres celle du pays où ils se trouvent. Et je pense même qu'on devrait étendre le concept à la multi-nationalité, et retirer à la nationalité toute valeur juridique, sociale et politique.
Offrir aux gens la possibilité d'avoir une culture multiple en fonction des pays où ils ont vécu - par exemple dans le cas des militaires, ambassadeurs, diplomates et autres métiers de voyage, ainsi que de leur famille - tout en conservant les droits politiques, la citoyenneté, d'un pays de leur choix. La citoyenneté doit être unique, mais rien ne dit que la nationalité doit l'être. Diffuser la nationalité d'un pays à travers le monde, ça veut dire diffuser les convictions, les valeurs morales et sociales, la somme des savoirs techniques, scientifiques et culturels de ce pays.

On vit dans un monde ouvert ? Alors pourquoi sommes-nous aussi fermé-e-s sur le sujet de l'identité personnelle des gens ?

10.2.17

Décembre 2016 et janvier 2017 en photos.

Bon alors quelques choses à préciser avant d'entrer dans le vif du sujet, parce qu'il y a des changements. Lors d'une conversation avec mon amie Amewolk, qui passe pratiquement tous les mois un week-end à Lille (j'arrive toujours pas à m'expliquer qu'on s'entende aussi bien alors que je suis un gros con, mais elle est adorable alors j'en profite ♥), j'ai mentionné que je retouchais pas mes photos, ce qui est vrai.
Je connais juste pas les outils pour le faire, je sais pas mettre d'effets visuels sur une photo, j'ai ni Photofiltre ni Photoshop, j'utilise juste Gimp pour les redimensionner.

De fait, quand mon appareil numérique (Pentax Optio LS 465, pas cher et pas mauvais du tout, sympa pour un premier numérique si vous avez des mômes, neveux, nièces et autres petits humains) prend une photo, elle a une résolution de 4608 par 3456 (pixels, pas schtroumpfs (avoue que t'es dégoûté parce que je sais écrire ce mot sans faire de faute depuis des années)). Du coup, je les ai toujours redimensionnées à 1000*750 pixels, afin qu'elles prennent moins de place en ligne (j'héberge mes docs sur Blogger, sauf pour les œuvres culturelles parce qu'on trouve souvent plein d'images sur le net, et même si le dossier est monstrueusement vaste, je l'économise un peu), sur mon pc (parce que je garde les photos que je prends tous les mois) et afin qu'elles soient moins lourdes à charger sur le blog pour vous.

Mais je les ai jamais retouchées plus que ça. Ce qui donne clairement un côté amateur - en même temps j'me revendique pas pro, j'ai suivi aucune formation en photo, j'ai jamais tenté de prendre un panoramique, je maîtrise à peu près le macro et ne parlons pas des faibles lumières - à mes photos, avec un cadre dégoûtant et plein de déchets autour du sujet.
Du coup j'ai décidé que maintenant je le ferais. Je recoupe les photos pour les centrer sur le sujet et évacuer tout ce qui sert à rien. Vu que je fais ça à partir des formats 1000*750, elles sont encore plus petites, du coup je me casse plus la tête à les redimensionner en grand format sur le blog (toute façon vous cliquez dessus vous avez la taille originale), ce qui, vous le verrez, crée une certaine hétérogénéité.
Je pourrais les ranger par ordre de taille, mais je préfère les laisser dans l'ordre chronologie de capture de la photo.

Et à priori, à partir de maintenant, elles seront donc plus jolies parce que mieux cadrées. Bon, il reste des impondérables, une bagnole garée, un câble électrique, je vis en ville et je fais de mon mieux, mais globalement, je redécouperai les photos pour qu'elles soient plus sympa à regarder.
Voilà, décembre et janvier dernier !

Je sais pas qui c'est censé représenter. C'est près de chez moi, je passe devant dès que je vais dans le centre, je trouve la tête marrante.




Je vois de plus en plus souvent des signatures assez jolies, c'est sympa, ça change des graffiti illisibles.

En plein sur l'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Wazemmes, y'en a qui doutent de rien.



Dans un bar à l'extérieur du centre. Très sympa, même si j'ai toujours pas vu Las Vegas Parano x)



Première fois que je vois un de ces poissons en banc tiens x)

A un moment Lille s'est rappelée qu'on était en hiver. Elle s'est lâchée sur le brouillard.


Genre vraiment lâchée. Et le froid en prime et tout, bem.

D'ailleurs c'était la dernière fois que je suis allé chez le coiffeur, j'vous raconte pas comment j'me suis pelé sur le retour. Aplu cheveux O_O

Y'a une rue à Lille-Sud, la Rue du Faubourg des Postes, c'est littéralement Street-Art Alley. Y'en a sur tous les murs et sur toute la longueur, ainsi que dans des rues annexes. Sauf que cette rue est une des plus longues de la ville O_O


Ça par exemple c'est le style qu'on trouve sur toute la longueur de Street-Art Alley.



Je vis depuis des années dans le quartier Wazemmes et il a toujours été abondamment riche en peintures murales. Genre partout.

Avec Ewolk et Marine-Blondinette on est allés au Dernier Bar avant la Fin du Monde, ça a totalement changé depuis y'a un an et demi. Les nouveaux employés sont trop sympa, l'ambiance est bonne. YAY.



"Le Soleil Vert ce sont les gens ! Cannibales !" Je vais peut-être regarder le film un jour, mais la culture populaire me l'a totalement spoilé.


Non non, pas d'erreur sur la photo : celui-ci est bien le seul (de mémoire, je crois) Poisson de Lille que j'aie vu à la verticale.

A un moment Lille s'est dit "fuck l'hiver" et s'est lâchée sur le soleil matinal. Mais pas sur la chaleur.

Le Chat Voir Vivre, toujours aussi cosy et convivial.