23.1.17

Dystopie, ville flottante et fusillades.


BRINK.

Développé par : Splash Damage.
Genre : FPS, coopération.
Date de sortie : 2011.
Support : PC, PS3 et Xbox 360.

L'Ark, dernier refuge d'un monde en ruines et en partie submergé par les océans. Alors que la cité flottante, autosuffisante et propre en énergie était prévue pour une population faible, elle a accueilli malgré elle de nombreux réfugiés avec le temps.
De ces arrivées sont nées des tensions entre la Sécurité, dirigée par les fondateurs de l'Ark tournés vers l'ordre et le statut-quo, et la Résistance, qui milite pour le partage de l'espace et des richesses.


Bon alors je précise tout de suite que j'ai jamais joué à aucun Call of Duty et que le jeu le plus récent auquel j'aie joué et qui soit comparable à Call of, c'est Medal of Honor Airborne, un jeu sur les parachutistes américains type Easy Company (Band of Brothers), sympa à jouer mais dramatiquement court. Du coup y'a des mécanismes de jeu que j'ai adorés dans BRINK, mais en vrai ils sont peut-être courants dans beaucoup d'autres FPS.

Bref, BRINK est un FPS dont j'avais lu du bien dans un magazine y'a quelques années et je dois avouer que, si je l'ai trouvé assez court – rapport à la manière dont je l'ai joué – il déborde d'idées intéressantes.
Basiquement c'est l'histoire de la ville flottante utopique et autonome façon Lilypad de Vincent Callebaut, sauf qu'après une brusque montée des eaux, l'Ark est forcé d'accueillir de nombreux réfugiés climatiques – un concept que seule notre époque aura su inventer. Bien joué l'industrialisation. Et du coup, comme dans toute société futuriste et utopiste (=qui aspire à l'utopie), la stratification sociale se charge de mettre en évidence les failles du système, ce qui mène immanquablement à l'affrontement.


Dans la campagne en solo, le joueur peut jouer tour à tour un combattant de la Sécurité, avec l'objectif très ambigu de maintenir le statut-quo favorable aux Fondateurs, ou au contraire un membre du mouvement rebelle qui vise à instaurer l'égalité et le partage des richesses sur l'Ark. La campagne comprend environ une dizaine de missions par faction, ainsi que deux de plus de part et d'autre, qui écrivent un dénouement alternatif lors duquel les rebelles, loin de se laisser abattre par le recul de leurs forces, décident d'atomiser l'Ark pour éliminer les inégalités.

Ce qui est intéressant je trouve, et il est heureux que ce soit toujours le cas même dans les FPS qui n'ont pas vraiment besoin d'un gros scénar pour fonctionner (contrairement aux Borderlands et consorts), c'est que ce jeu repose pas mal sur son intrigue.
Au début de chaque mission et peu importe la faction jouée, une cinématique d'intro lors de laquelle l'escouade est amenée sur le terrain, en bateau, en train ou autre, ce qui offre aux soldats la possibilité de dialoguer, de s'interroger sur leurs motivations et les ordres reçus, même si, dans les faits, ça se traduit souvent par la présence d'un réfractaire qui se dit « nan, les ennemis sont pas si mauvais » et qui finit convaincu par ses potes plus déterminés. D'ailleurs, détail sympa, le personnage incarné par le joueur se trouve toujours dans ces cinématiques, en train de piloter au second-plan ou de se mettre en place vite fait.

A un moment, j'en ai eu marre de m'faire défoncer, j'ai changé de constitution, depuis ça va (un peu) mieux.

Oui parce que, comme les Borderlands, ce jeu permet de personnaliser à fond l'apparence du personnage, ce qui est utile au gameplay. En termes d'affrontement, BRINK repose avant tout sur deux socles : la constitution du personnage, et sa classe.
L'un des trucs les plus délires et intéressants que j'ai rencontrés dans ce jeu est la glissade. En gros, quand on est en train de sprinter et qu'on appuie sur la touche d'accroupissement, le soldat fait une glissade qui ne l'empêche pas de tirer, mais qui permet de passer sous les décombres et les conduites d'énergie qui parsèment l'Ark. Et au passage, ça rend plus difficile à atteindre pour un tireur ennemi. Dès qu'on a compris ça, lancez les savonnettes, BRINK devient un jeu de loutres glisseuses armées jusqu'aux dents.
Bref, tout ça pour dire qu'un soldat de constitution plus légère glissera et courra plus vite et plus loin qu'un type équilibré ou qu'une armoire à glace, même si en contrepartie, il sera moins endurant aux dégâts – raison pour laquelle j'ai vite opté pour un culturiste lent mais solide.

L'autre socle, je l'ai dit, c'est la classe. Quatre dans le jeu : soldat, ingénieur, toubib et opérateur. Chacune dispose de sa spécialité – le premier a des munitions infinies puisqu'il dispose, seul, des kits de recharge, le second peut améliorer les dégâts des coéquipiers, le troisième les soigner et renforcer leur métabolisme, et le dernier peut prendre l'apparence d'un ennemi abattu – ce qui est très drôle et surprenant quand le joueur tombe sur son propre cadavre ou se bat contre un clone de lui-même.
En outre, le soldat est le seul à pouvoir poser des charges explosives, l'ingénieur pose des tourelles armées et des mines et l'opérateur détecte des mines cachées et pirate les systèmes électroniques (tourelles, ordinateurs).

Basiquement, vu que la solidité est plus importante que la mobilité, c'est du sport extrême de jouer un cure-dents.

Je dois avouer que personnellement je n'ai oscillé qu'entre le soldat et l'ingénieur, justement pour être assez costaud et ne pas me soucier de mon stock de munitions. La difficulté du jeu est assez marquée et il est assez rare, finalement, que quand on tombe au sol, un médecin puisse se pointer à temps pour nous relever avant qu'on ne respawne dans un point de contrôle. J'ai joué en mode normal, ou plutôt en mode « j'ai déjà joué à des FPS variés alors ça devrait aller », et je suis mort beaucoup trop souvent pour le compter, même si au fond je m'en suis bien sorti.

Parce que le système de progression est là : des points d'expérience sont glanés par le joueur en éliminant des ennemis, mais aussi en effectuant des actions propres à sa classe (recharger ou renforcer un copain, poser des mines et tourelles, faire sauter un obstacle...), et à la fin du niveau, un classement est établi entre les membres de l'escouade (meilleur tueur, meilleur réussite ds objectifs, meilleur soldat, toubib, ingénieur etc...).
Le tout permet de progresser dans un système de niveaux afin de débloquer des compétences communes ou spécialisées par classe (grenades et tourelles spécialisées, davantage d'utilisations de la compétence avant délai de refresh...), ainsi que des éléments de personnalisation de l'avatar. Chose inhabituelle et intéressante, tous les modes de jeu sont pertinents, on ne se contente pas de faire la campagne et basta : pour débloquer de nouvelles armes et des accessoires (viseurs, chargeurs, poignées...), il faut jouer au mode Défis.


Dans sa structure, BRINK est décrit comme un « FPS à objectifs en coopération », c'est-à-dire qu'une mission donnée est découpée en plusieurs objectifs successifs, et qu'ils sont systématiquement remplis par l'équipe entière. Ce n'est pas un système de quêtes à la Borderlands, ni une progression linéaire comme aux origines du genre. Il est donc tout à fait possible que les objectifs et points de contrôle soient perdus, repris, deviennent l'enjeu de luttes acharnées, et que dans certains cas la défense soit (beaucoup) plus facile que l'attaque, d'autant que l'absence de carte rend parfois le repérage dans l'espace extrêmement difficile.
Cette nature rend le jeu beaucoup plus long et intéressant en coopération en ligne, avec d'autres joueurs humains, raison pour laquelle je l'ai fini si vite ; je l'ai joué en solo avec des coéquipiers gérés par le jeu. Cela dit, ils sont assez malins et remplissent les objectifs aussi souvent que moi, qui me concentrais sur l'escorte et le nettoyage le flingue à la main. En fait, BRINK se termine vite mais dispose d'une grande rejouabilité en ligne avec d'autres joueurs.

Ouais alors l'autre avantage quand on joue un troll c'est que contrairement aux sacs d'os on peut embarquer les mitrailleuses, armes les plus lourdes du jeu, et avoir un fusil d'assaut en arme secondaire, au lieu d'un fusil d'assaut et un pistolet(-mitrailleur éventuellement).

Esthétiquement, parce que quand on écrit une utopie futuriste sur une cité flottante on a intérêt à pas se rater, le jeu se défend pas mal. Les textures et l'architecture font très SF, avec évidemment des plans ouverts, parfois sur l'océan, ainsi que de vastes intérieurs, gares, terminaux d'aéroports et même quartiers défavorisés aux allures de friches industrielles. On est loin des banals entrepôts et bases militaires trop souvent vus dans les FPS.
L'ensemble est dessiné dans une sorte de cel-shading à la Borderlands, à ceci près que le character-design un peu cartonne donne aux personnages des têtes un peu longues, ce qui les rend un peu comiques. Ou grotesques, c'est selon. Par contre, y'a un problème majeur dont je m'étais pas rendu compte avant un moment : y'a pas une seule femme dans le jeu. Genre zéro, nada.


Concernant la bande-son, c'est pas incroyable, j'ai retrouvé des sonorités qu'on entend depuis des années dans les Unreal Tournament. Le style se renouvelle pas des masses mais il est éprouvé dans la SF futuriste, ça marche toujours. Le doublage français est très correct, de même que les effets sonores nombreux. On se retrouve parfois au milieu d'une cacophonie de tirs et d'ordres aboyés, d'autant qu'il n'est pas simple d'identifier les coéquipiers en l'absence de chat écrit pour afficher qui a dit quoi, mais chaque son pris individuellement est assez propre et correct.
Après, comme souvent dans ce genre de jeu, quand on s'est pris trop de coups, on se planque dans un coin en attendant que le rouge disparaisse, mais la vision troublée et le soldat qui vacille avant d'être abattu, c'est une bonne idée, on a vraiment la sensation d'avoir la vue et l'ouïe diminuées.

En bref : c'est pas le jeu du siècle mais il offre, pour un prix assez bas lors des soldes Steam, un divertissement intéressant et plein de bonnes trouvailles. Il semble qu'il soit encore plus appréciable en coop en ligne, et qu'en plus les serveurs soient assez bien fréquentés. Dans l'ensemble, ça reste cependant un jeu très correct en solo, avec une histoire sympa, des mécanismes astucieuses et une durée de vie équilibrée sur les différents modes de jeu. Pas mal du tout !
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19.1.17

Remise en forme du blog.

Puisque ceci est un interlude entre deux vrais articles, il lui faut un interlude musical :


Voilà qui est fait.
Alors, ne vous laissez pas trop distraire par cette douce musique, merci bisous.

J'ai récemment mis à jour une partie de la structure de mon blog. Ainsi que l'apparence, je pense que c'est le premier truc que vous avez remarqué, l'habillage a changé, et les couleurs de police des liens et des modules aussi pour suivre. Les habillages Sonic c'est sympa mais ça me lassait un peu et en plus certains étaient mal détourés c'était dégueu.

(ouais je sais, sur fond blanc c'est dégueulasse, l'intérêt de la transparence c'est justement de rendre bien sur un fond sombre, rapport à l'image d'arrière-plan que j'ai choisie. Le fond est arrivé avant la bannière, pas l'inverse.)

Le second truc que vous avez remarqué, je suppose, c'est la bannière, parce que bon, une bannière Sonic sur un habillage pas Sonic, voilà. Elle résume l'essentiel de mes préférences culturelles, à priori, à ceci près qu'il n'existe pas UN logo unique pour représenter les Elder Scrolls. Dommage. J'ai aussi remplacé le logo de Sonic Team par une Triforce parce que ça aussi, ça a changé. En fait même si j'ai adoré les 4 premiers jeux sur Megadrive, j'ai jamais été vraiment fan de la série, alors que Zelda, je rêve de les faire, tous, sans exception. Sur 3DS en tout cas c'est en cours.
A part ça, bon, les incontournables, le symbole de l'Arche (si vous connaissez pas Borderlands, honte à vous), Rorschach parce que je me reconnais assez bien en lui, Totoro mon Ghibli préféré, une pokéball parce que même si j'ai arrêté cette série à chier, je joue toujours à HeartGold et à quelques anciens sympa, et enfin, Ne paniquez pas !
Celui-là, comme Borderlands, si vous le reconnaissez pas, c'est un peu dommage.

Bon, l'esthétique ça fait pas tout.
J'ai créé une nouvelle page statique qui est rangée dans le blog de présentation, et qui constitue la Carte du Blog. Probablement le truc le plus utile de cette mise à jour : comment naviguer sur mon blog en comprenant les titres des sommaires, le rangement des articles et tout.

J'ai aussi créé deux nouveaux sommaires, un dédié à la cuisine et aux recettes que j'ai commencé à partager - je compte bien continuer avec une nouvelle arrivée dans les prochains jours - et un autre dédié à l'écriture de fiction et à l'essentiel de mes réflexions sur ce sujet et sur les Mille-Griffes, que j'ai commencé à publier - je compte bien continuer avec de nouvelles arrivées dans les prochaines semaines, mais pas sur ce blog, sur celui qui est réservé à ça.
Ah mais vous pouvez y aller hein, les deux nouveaux sommaires sont fonctionnels, achevés et à jour. J'ai même commencé par ça, enfin après le changement d'esthétique.

Et, euuuh... bon, voilà, bah c'est tout, c'est pas de la grosse modif hein, ce serait plutôt des ajustements dans le rangement, parce que je suis un gros maniaque. C'est pas une nouvelle version finalement, juste un patch. Allez, bonne fin de journée à tout le monde, et cultivez-vous !

17.1.17

Dark fantasy et principautés italiennes.


Arachnae.

Auteur : Charlotte Bousquet.
Origine : France.
Nombre de livres : 3.
Date de publication : 2009, 2010 et 2011.
Genre : dark-fantasy, aventure.

Charlotte Bousquet
aux Imaginales en 2012.

L'auteur.
Née en 1973, Charlotte Bousquet est une auteure très prolifique, qui écrit depuis 1999. Philosophe de formation, elle a soutenu une thèse sur les mondes imaginaires. Elle est également co-créatrice d'une maison d'édition destinée à soutenir des associations humanitaires et écologistes. Elle a publié de nombreux livres qui ont été récompensés par divers prix : du fantastique avec Lettres aux ténèbres, du polar historique avec Noire Lagune et Princesses des os, de la littérature jeunesse, ainsi que de la fantasy.



La principauté d'Arachnae a toujours été dirigée par des femmes. Il est donc anormal et même pour beaucoup, déplaisant, qu'elle domine la plupart de ses voisines sous l'autorité du prince Alessio, nommé héritier par sa sœur mourante des années plus tôt.

Les principaux adversaires du noble patricien sont cependant les Moires, les trois incarnations de la Triple-Déesse de la Lune, maîtresses de la destinée et habituelles conseillères des principautés, pourtant écartées du pouvoir d'Arachnae. Une série de meurtres survient alors dans la cité, qu'est chargé d'élucider le capitaine Tigran Gracchi, aidé d'une jeune apprentie-assassin, Theodora.


Comme je l'ai dit début janvier dans mon article sur la trilogie de Wielstadt de Pierre Pevel, ce dernier qui est mon ouvrage préféré de fantasy me revenait sans cesse en tête lors de ma lecture d'Arachnae fin décembre, à l'occasion d'un challenge de lecture. Les deux œuvres sont parfaitement indépendantes et différentes, et il subsiste pourtant d'immenses similitudes qui m'ont fait apprécier la seconde presque immédiatement.

Là où Pierre Pevel explore une cité du Saint-Empire Romain Germanique au début du XVIIème siècle, Charlotte Bousquet emmène le lecteur dans les principautés italiennes, un ou deux siècles plus tôt, ou en tout cas dans une nation fictive, dont on sait peu de chose, mais qui en est vachement inspirée.
Du coup, pas étonnant que la ville d'Arachnae soit plusieurs fois décrite comme une puissante cité qui a soumis plusieurs de ses rivales, lesquelles lui doivent l'impôt – ce qui est logiquement utilisé dans l'intrigue – ni, d'un autre côté, qu'elle soit présentée pratiquement comme un être vivant organique, énorme et monstrueux, où la façade lumineuse et prospère ne peut exister sans les aspects les plus sombres, les quartiers les plus misérables, dangereux et infréquentables : Wielstadt avait bénéficié du même traitement.

Le livre a bénéficié d'une réédition en 2013,
toujours chez le même éditeur et dans la collection Hélios.

Bon, après, il n'est pas facile d'arriver à la cheville du grand Pierre Pevel, roi de l'érudition et de la recherche. Alors ici, il n'est pas question de mythologie chrétienne et de prophétie apocalyptique, certes, mais le propos très intéressant mêle quand même avec justesse les Moires – des divinités grecques antiques, vous savez, la Tisseuse du fil de la vie, la fileuse et celle qui le coupe, peut-être un peu moins connues que leurs équivalents romaines les Parques – et les pouvoirs « italiens », à la fois princier et civil. Theodora, personnage principal, est ainsi sortie d'un orphelinat dans le prologue afin d'être envoyée dans une académie où elle est formée comme bretteuse et maîtresse d'armes.
Ouais, on est comme ça nous, les auteurs de fantasy française, on aime bien rendre nos héros crédibles et réalistes. On va pas te sortir un prince oublié qui découvre sa noblesse en même temps qu'une prophétie qui fait de lui un sauveur du monde avec en bonus des super-capacités de combattant aguerri, nan, on va d'abord les faire passer par une académie et des enseignements stricts.

Bref, Theodora, peut-être quelque chose comme 17 ou 18 ans (honnêtement j'ai lu le livre y'a vingt jours, j'ai embrayé direct sur autre chose et j'ai la flemme de le parcourir en tous sens pour retrouver les détails), est décrite comme simple, discrète, mais jolie et caractérielle. Forte et peut-être un peu capricieuse. Liée à des personnages plus importants qu'on pourrait le croire.
Le livre commence en effet comme une pièce de théâtre (encore l'hommage à l'Italie d'époque moderne) avec l'annonce des personnages par factions. La distribution compte donc une jeune comédienne (aaahhh, la comedia italienne ^^) capable d'intrigue et d'espionnage, un maître-espion, un capitaine de la garde avec des soldats, le prince, ses trois enfants, sa femme, les Moires et d'autres.

Clairement, l'intrigue apparaît de prime abord comme un peu complexe et très empreinte de mystère, à la fois pour suivre le point de vue de Theodora et du prince Alessio, qui nagent encore dans le brouillard au début, et pour entretenir le suspense, avec une certaine réussite. Et puis, comme chez Pevel, les rouages se mettent à tourner, l'étendue de la toile qui se referme apparaît et waw ! J'adore la fantasy française XD
En plus, une autre originalité par rapport à Wielstadt, qui m'a paru déroutante mais que j'ai apprécié, est le fait que les rebondissements de l'intrigue entretiennent l'incertitude jusqu'à la toute fin. Chez Pevel, dès le début de chacun des trois livres, le lecteur sait qui est le méchant même si Kantz l'ignore, et on passe tout son temps à voir les deux se rapprocher, alors que là même quand l'enquête a l'air d'être finie, y'a encore du mystère et du combat en perspective.

Cytheriae et Matricia, les deux autres volumes de la trilogie, ne sont apparemment pas liés en termes d'intrigue, seulement dans leur univers, à Arachnae.

De fait, comme on est dans un roman à la fois de cape et d'épée et de fantasy, il est légitime de trouver des combats – pas trop, mais quand même assez importants et bien mis en scène pour satisfaire les attentes - et du surnaturel.
En l'occurrence, un des personnages les plus intéressants est la plus jeune fille du prince Alessio, Artemisia, la seule de ses trois enfants qui soit dotée du don de voyance. Un truc finalement pas si rare, dans l'univers d'Arachnae, puisque c'est aussi le cas des Moires, forcément, et de Theodora, qui ne cultive pas ce talent et le subit donc de manière erratique et parfois gênante.

Loin de la magie grandiloquente de l'heroic-fantasy, on lorgne plutôt ici du côté de la dark fantasy à bien des égards. Puisque les complots politiques comme les enlèvements et les meurtres explorent les vices et les faces les plus sombres de la personnalité humaine, les descriptions de rituels sanglants, du Labyrinthe, le réseau de bas-fonds d'Arachnae sont chargés de noirceur. On trouve là nombre de trafiquants de vie humaine, des maisons closes et des prostituées, et la mise en scène des affrontements qui s'y déroulent est souvent assez crue dans le tableau qui en est fait. Sans parler des sentiments exprimés par les criminels et les victimes qui se savent condamnées.

Du coup, de manière générale, il est heureux que quelques personnages offrent une échappatoire dans cet univers d'où le manichéisme est parfaitement absent. Alessandrina, la fille aînée du prince Alessio, Ornella, la jolie courtisane-actrice qui permet d'intégrer du théâtre au sein même de la narration, et même parfois le prince lui-même, dans des dialogues avec son fils qui brillent par la lucidité froide et cruelle dont ils font preuve. Clairement, le livre est écrit avec beaucoup de maîtrise et de talent. J'adore.
Je précise aussi rapidement, avant de finir, que si le livre appartient à une trilogie, en réalité les deux suivants se déroulent dans une autre cité du même univers et leur narration n'est en rien liée à celle d'Arachnae – et qui trouve sa conclusion. Pour ma part, je ne vais pas les lire, parce qu'à mon sens ce dernier se suffit à lui-même.


En bref : un excellent ouvrage que je recommande évidemment à tous les amateurs de fantasy, même sombre et tourmentée, ainsi qu'à ceux des romans de cape et d'épée, mais en fait à tout le monde. C'est bien écrit, les dialogues comme les descriptions témoignent d'un soin particulier dans la conception des personnages, dans la cohérence de l'intrigue, et avec ça des rebondissements très inattendus. Vraiment, un récit superbe, sombre, violent, noir, mais très estimable.

14.1.17

C'est bon, j'ai trouvé le problème : faut que j'arrête de parler aux gens.

Ça pourrait être mon traditionnel article de début d'année avec le bilan de la précédente, les résolutions et autres conneries, mais voilà, d'une part j'aurais 14 jours de retard, d'autre part j'ai déjà publié des articles en janvier, ce qui laisse à penser que j'en ai rien à cirer, du changement d'année. Vous savez, le truc que j'ai arrêté de fêter autour de 2007.
J'en ai rien à cirer, du changement d'année. Ou de Noël. Ou de la Fête des Rois. Ou de toute autre connerie liturgique du calendrier chrétien, ou de n'importe quel autre.


Assez récemment, j'me suis engueulé avec des amis, sur Twitter, à propos de l'abstentionnisme, dans le cadre des élections à venir, la présidentielle en avril dont tout le monde se fout (vu le nombre de taré-e-s qui visent l'abstention) et les législatives en juin dont à peu près personne n'a remarqué l'existence.
C'est pas comme si le nouveau gouvernement pouvait vouloir élire un Parlement de son bord hein. Enfin moi j'dis ça, c'est juste le FN qui a gagné les dernières européennes par 40% d'abstention. Si vous voulez un Parlement FN, dites-le de suite, qu'on évite de se prendre la tête avec quelque chose d'aussi vulgaire qu'une élection démocratique. D'ailleurs, si vous en avez marre de voter, dites-le aussi, qu'on puisse supprimer cet archaïsme digne du Moyen-Âge, le suffrage universel.
Bandes d'abrutis dégénérés inconscients et stupides.

Encore plus récemment, j'ai vu des connaissances à moi, sur le mur d'un ami sur FB, partir dans un délire complètement torché à base de « les Schokobons sont un cheval de Troie libéral pour semer la discorde entre leurs partisans et les opposants au sein des mouvements marxistes. »
Ouais, à la fac j'ai rencontré des tarés de classe internationale, vous pouvez pas test les tanches qu'on élève à Lille3, y'a de l'expérience en la matière.
Bref, à un moment, comme ça, j'ai signalé que les Schokobons étaient fédérateurs d'un point de vue commun, en ceci que le chocolat Kinder contient presque systématiquement de l'huile de palme.
Bah putain j'aurais pu pisser dans un violon ça aurait fait le même effet. Tiens c'est la première fois que j'utilise cette expression, elle est pas mal en fait.
Pas une seule réaction à mes propos, ces chantres de l'indigence intellectuelle ont continué leur pseudo-débat de merde comme si j'étais même pas intervenu.

Ça va paraître niais et stupide, mais ce machin-là, on n'en a qu'une. On n'a pas encore trouvé d'autre planète dans l'univers sur laquelle existe la vie dans une atmosphère basée sur l'oxygène. On est peut-être seuls dans l'univers. On n'a qu'une seule planète, il faut pas faire de la merde avec, elle est pas remplaçable.

Et c'est là que je constate le problème de ces dix dernières années. Avant d'arriver à Lille, je connaissais pas grand-monde, du coup dans mon cercle social tout le monde était écouté. Je suis venu pour la fac, j'ai rencontré cet endroit ô combien démocratique, paradisiaque et idéal pour les échanges d'idées (non), l'université. Cet endroit où 150 personnes veulent parler et où au final tout le monde écoute le trou du cul politisé qui coupe la parole à tout le monde.
J'arrivais pas à mettre le doigt dessus depuis des années et c'est évident maintenant que j'y pense. On ne m'écoute pas. L'attitude de respect la plus élémentaire qu'on essaie d'imposer à toutes les femmes du monde, à savoir obliger les hommes à fermer leur gueule quand une femme parle pour qu'elle puisse s'exprimer et être écoutée, bah ça me concerne pas.
Ça fait des années que dans mon cercle social, je suis pas écouté quand je parle et j'ai régulièrement la sensation de parler dans le vide ou pour moi-même. Quand on se réunissait pour le JDR, avant et après le jeu (ou pendant quand on était plusieurs à faire du RP en même temps), j'avais de la chance si j'étais écouté par Armance et Marine-Blondinette, les deux personnes du groupe dont j'étais le plus proche.

Pour un mec qui passe sa vie à se cultiver et à rechercher une forme de sagesse par l'érudition, j'vous raconte pas à quel point c'est frustrant de pas voir son opinion prise en compte et de voir ses propos s'envoler comme poussière au vent (celle-là aussi est sympa. Faut que j'utilise davantage d'expressions imagées).

Et basiquement, bah je réalise que je peux résumer l'humanité en général et mon entourage en particulier par cette seule sentence.
Vous en avez rien à foutre.
J'ai des amis et des connaissances à qui je pourrais dire qu'il y a dans tel ou tel produit consommé très régulièrement de l'huile de palme, la personne va faire « ah merde... je savais pas o_O », parce que ces gens-là connaissent le problème et ses implications. Ces personnes-là savent que pour produire de l'huile de palme il faut raser la jungle, exterminer oiseaux, insectes, reptiles et mammifères dont les grands singes équatoriaux, comme les orangs-outans, ne sont que les plus emblématiques, et que du coup l'huile de palme est une aberration écologique.

Y'a quelques années, un peu après avoir vu le documentaire The cove : la baie de la honte – que je vous recommande toujours – je sais plus comment mais chez des amis on en était arrivés à parler consommation de poisson, du coup j'ai signalé en passant que le mercure, quand même, c'était pas tip-top et que y'avait des situations plus agréables qu'un empoisonnement massif comme c'est arrivé dans les années 60 à Minamata, Japon.

Si tu crois que je suis désolé de t'imposer cette vision, tu-te-fous. TOTALEMENT. LE DOIGT. DANS L’ŒIL. Les trigger warnings c'est pour les lopettes. On ne comprend vraiment les fléaux que quand on y est confronté. 
APPRENDS CE QUI SE PASSE QUAND ON BOUFFE OCÉANIQUE AVEC DU MERCURE DANS L'ASSIETTE.

Et généralement, je pense que je peux résumer la situation à ça. Quand il y a une remarque écologiste pleine de vérité mais traitée par l'ignorance et le mépris, c'est moi qui la fais. Le cliché de la personne éco-responsable qui moralise et donne l'impression de faire chier tout le monde, c'est moi. C'est moi qui fais les remarques dont personne n'a rien à foutre.
C'est quand même dommage hein, c'est pas comme si j'avais passé les 15 dernières années à avoir la vocation de l'enseignement et à rêver de transmettre ce que je sais en formant les générations futures. Coucou, alors moi c'est Cassandre, je suis cynique et blasée, je dis la vérité qui dérange, mais comme personne ne m'apprécie ni m'apprécie mes propos, on ne les écoute tout simplement pas.

C'est comme ça partout dans le monde de la pensée globale. Ouais, moi je dis pas écologie, je dis pensée globale. Penser le monde dans sa globalité, l'environnement planétaire, la place de l'homme à l'égal des autres espèces animales et végétales, tout ça.
Bref, dans cet univers-là, les alarmistes ne sont jamais écoutés. Je refuse de me filer le rôle d'un messie, j'ai pas cette ambition ni cette mégalomanie. Mais même convaincre mon entourage de s'améliorer, j'y arrive pas, parce que mon entourage n'en a rien à foutre. Je suis misanthrope non pas parce que l'humanité n'est qu'un vaste ramassis de tarés égoïstes, inconscients et destructeurs, non, ça c'est pas nouveau, ça changera pas et j'ai aucune influence dessus.

Je suis misanthrope parce que je croyais naïvement que mon entourage n'était pas représentatif de l'humanité, qu'il valait mieux que ça, que j'étais entouré de personnes aux convictions justes, fortes et affirmées. Et parce que je réalise que c'est faux et que j'avais tort. Vous êtes pas mieux que le reste de l'humanité.
Vos convictions sont aussi fortes que les articulations d'un Japonais dont la mère aurait été empoisonnée au mercure pendant sa grossesse. Bande de larves.

Infoutus d'aller voter pour changer le système, au risque de laisser les trous du cul fascistes prendre le pouvoir.
Infoutu de jouer à trois malheureux jeux que je lui ai offert parce qu'il préfère se passionner pour des putains de jeux japonais par centaines de milliers.
Infoutus d'arrêter de consommer du poisson et de l'huile de palme, de prendre le temps d'écouter Mélenchon, Paul Watson et Sea Sheperd au lieu de vous cramponner à des à-priori infondés, ignorants et stupides.

Vous en avez absolument et totalement rien à foutre.
C'est ça le problème, faut que j'arrête de parler aux gens, c'est tout.

5.1.17

Ghosts in town, who you gonna call ?


Ghostbusters.

Film américain de Paul Feig (2016) avec Melissa McCarthy, Kristen Wiig, Kate McKinnon, Leslie Jones, Chris Hemsworth, Neil Casey, Andy Garcia.
Genre : fantastique, science-fiction.
Vu en VOST.

New York, de nos jours. Après qu'une manifestation paranormale ait été observée dans le musée d'Aldrige Mansion, le propriétaire des lieux contacte Erin Gilbert, docteure en physique des particules et co-auteure d'un livre sur les fantômes.
Celle-ci, qui aspire à une carrière scientifique tout à fait respectable, tente d'obliger son amie et co-auteure Abby Yates à faire disparaître l'ouvrage.

Après être intervenues dans l'Aldrige Mansion avec Jillian Holtzmann, ingénieure en physique appliquée des particules, les trois femmes sont forcées d'admettre la réalité : des fantômes hantent la Grosse Pomme, et elles sont les seules équipées pour affronter la menace.


Bon alors avant de parler du film lui-même je vais commencer par m'attarder sur l'aberration totale de sa médiatisation. A la base c'était censé être une suite, mais après la mort d'Harold Ramis, un des quatre Ghostbusters d'origine, une nouvelle idée est née, avec cette fois un casting féminin, et tous les trous du cul de l'univers se sont mis à gueuler que le film serait non seulement inutile parce que le reboot d'un film qui n'en avait pas besoin (visiblement personne ne comprend le concept, parce que dans le genre inutile, Footloose 2011 quoi), mais également un film de merde, féministe et castrateur.
Et pendant des mois, sinon des années, le film s'est fait basher à chaque occasion juste pour son choix d'un casting féminin. Au final, sa sortie à l'été 2016 a été un carnage parce que tout le monde a préféré voir cette merde survendue de Suicide Squad pendant que Ghostbusters n'était guère maintenant plus d'une ou deux semaines dans certaines salles.

Alors ok, pour l'avoir vu trois fois, je peux le dire, le film est féministe. Féministe en ceci qu'il est porté par des personnages féminins traités pour leurs compétences, leurs savoirs et leurs progrès plutôt que pour leur sexe et leur physique. A aucun moment les hommes ne sont ridiculisés, moqués ou insultés pour leur sexe. Y'a bien quelques personnages masculins qui sont tournés en dérision, mais c'est uniquement parce qu'ils prennent des décisions à la con ou sont écrits en ce sens (je pense au rôle du méchant et à celui de Kevin, clairement pensé pour être un gros débile, sexy, sympa et attachant dans le groupe).
Et puis de toute façon, un film féministe en 2016, EN QUOI C'EST UN PUTAIN DE PROBLÈME ?!? Non seulement le film est porté par des rôles féminins cool et drôles, ce qui pourrait permettre l'identification de plein de petites filles à ces héroïnes, mais en plus, merde, on est à l'époque des blockbusters !! Et c'est totalement jouissif de voir New York ravagée en haute-définition par une marée de fantômes furieux façon fin du monde !


En plus, cet état d'esprit d'un film original qui serait bafoué par ce remake, c'est absolument n'importe quoi ! Ghostbusters 2016 est extrêmement respectueux du film des années 80, le casting de l'époque est présent ici dans plusieurs caméos sympa, le logo original a été repris, y'a des apparitions de Bouffe-tout et Bibendum Chamallow, la bagnole est la même, pas une seule seconde le reproche ne peut tenir !

Bref, pour ce qui est du film lui-même, j'ai été très satisfait, il est à la fois bien écrit et très drôle.
C'est donc l'histoire d'Erin et Abby, principalement, deux scientifiques qui ont déjà bossé ensemble sur des théories qui sentent bon l'alcool et la nuit blanche, et qui sont confrontées au fait que, finalement, elles avaient théorisé ce qui se révèle être une réalité tangible.
On se demande pendant un moment ce qui a mené à ces théories, jusqu'à ce qu'on l'apprenne assez logiquement, ce qui au passage met en lumière une grande cohérence dans l'écriture des personnages [spoiler] Erin a déjà eu affaire à un fantôme dans son enfance et le scepticisme voire la moquerie de son entourage l'a amenée à rejeter le surnaturel jusqu'à le nier [fin de spoiler].

Contrairement aux apparences, c'est clairement le personnage réaliste du film, celle avec les pieds sur terre. A un moment elle a une Hawkeye (d'Avengers 2), elle fait cette tirade pour elle-même en soulignant le délire total dans lequel elle est plongée, et c'est très intéressant. "J'étais bien à bosser dans le métro. Le boulot était génial ? Non, mais au moins tout le monde était vivant !"

Ce que je trouve intéressant dans ce film et quelques autres de ces dernières années – comme Bridemaids, déjà de Paul Feig avec Melissa McCarthy et Kristen Wiig – c'est que de plus en plus d'humoristes américain-e-s s'essaient au cinéma et pas seulement à la comédie, bien qu'ils aient très souvent une certaine aura de sympathie qui les fait apprécier du public, ainsi qu'un talent pour l'humour (forcément).
Alors que nos humoristes français c'est de la merde pas drôle du coup tu colles ça sur grand écran ça reste de la merde, pas vrai Dubosc, Kev Adams et Norman Thavaud ?
Du coup, il n'est pas surprenant de découvrir que, alors que Melissa McCarthy est actrice de profession, Kristen Wiig, Kate McKinnon et Leslie Jones sont tous issues du casting du Saturday Night Live, un show bien connu aux États-Unis.

De fait, alors que le public du cinéma a tendance à penser avec ignorance, face à ce film, que cette dernière est la caution humoristique et ethnique, parce que c'est le personnage noir (et parce qu'il y en avait déjà un dans le Ghostbusters original), dans les faits, l'humour repose davantage sur les interactions entre les quatre principaux, et entre les femmes et Kevin, joué par un Chris Hemsworth à contre-emploi et bourré d'auto-dérision. En fait, Patty, c'est surtout le personnage-interface du film : elle n'est pas scientifique, elle ne connaît pas Abby et Erin depuis longtemps, du coup elle joue le rôle du spectateur dans le film, elle pose les questions que lui-même se pose. Comment elles se sont rencontrées, comment la recherche sur le paranormal a commencé, ce genre de chose.
S'il ne devait y avoir qu'un personnage burlesque dans ce film, de toute façon, Internet s'est chargé de démontrer que c'était Holtzmann, véritable toon aussi imprévisible que parfois sérieuse et profonde (en témoigne sa tirade au bar à la fin du film sur son attachement à Abby et à l'équipe), qui se met parfois à chanter spontanément. Et dans cet état d'esprit déluré, Holtzmann est la seule à porter son costume de manière aussi décontractée, des bottes exagérément larges et les manches relevées, à la cool.


De leur côté, même si elles sont aussi drôles, Abby et Erin sont un des moteurs de l'intrigue, grâce à une divergence d'opinion très intéressante. L'une n'a de cesse de vouloir rationaliser, démontrer scientifiquement au monde que les fantômes sont une réalité et que leur capture est une réussite incontestable de l'équipe, l'autre s'en fout totalement : c'est leur boulot, personne d'autre ne peut le faire, elle le fait et se fiche royalement de ce que le monde peut en penser.
Du coup, cette dynamique a parfois tendance à alourdir le film qui aurait gagné à être plus léger. Il y a toute une sous-intrigue sur le maire de New York (joué par Andy Garcia) et les fédéraux qui veulent mettre les Ghostbusters au chômage et qui suscite des scènes un peu longues, avec notamment un dialogue assez interminable entre Abby et Erin, sur le fait de « remettre le diable dans sa boîte » (enfin je suppose, en anglais il est question d'un chat et d'un sac) afin d'éviter une panique générale face aux fantômes.

Mais bon, globalement le film est captivant, drôle et bien monté. Le méchant est un cliché [spoiler] un asocial victimisé qui décide de provoquer la fin du monde pour se venger d'une société de « brutes ineptes » [fin de spoiler] mais cela ne nuit pas à l'ingrigue. Les apparitions régulières de Kevin, tout comme ses remarques hallucinées et parfois sa présence en arrière-plan rendent le film vivant et consistant, ce qui est très appréciable.

Qu'il est bête, mais qu'il est bête XD C'est tellement grotesque qu'il en devient trop mignon XD

Pour ce qui est de ses aspects formels, Ghostbusters n'a pas grand-chose non plus à se reprocher. L'intrigue, qui fait d'Holtzmann l'armurière du groupe – en tant qu'ingénieure, c'est elle qui conçoit et améliore l'équipement – dote les héroïnes de flux lasers semblables à ceux de l'original, mais la diversité de l'armement utilisé contre les fantômes, mis en valeur vers la fin du film, et sa puissance, permet de jolies trouvailles visuelles.
Par exemple, l'arme de base, ces fameux, je sais pas, canons à plasma, produit des éclairs, mais ils ont un design tels qu'ils sont préhensibles, et les filles les utilisent davantage comme des fouets ou des lassos, ce qui à l'écran rend très bien.


Les décors et la manière de filmer sont à la fois pertinents et très jolis – il y a par exemple un plan sur Kevin à moto qui figure parfaitement l'ouverture des grandes rues new-yorkaises, avec les gratte-ciel en fond – et de manière les plans d'ensemble sont très sympa. La manière dont est intégré le logo du film d'ailleurs, ce fameux fantôme dans un anneau barré, est très drôle et assez habile, je trouve.
Y'a juste quelques faux raccords qui se sont calés par-ci par là, mais sinon, le travail est bien fait.

Au début elles cherchent un local, visitent une énorme caserne de pompiers désaffectée (celle du film original), mais c'est ultra-cher, et l'agente immobilière fait "ça vous dérange, l'odeur de la cuisine chinoise ?" et boum, les voilà au-dessus d'un resto x) Probablement une référence au fait que, dans le film original, les mecs commandent du chinois quand ils sont à la caserne, d'ailleurs.

Toujours dans l'optique de respecter et rendre hommage au film original, le thème musical principal a été conservé. Outre le générique au début duquel il amorce une chanson, il est joué quatre fois exactement dans Ghostbusters, sous trois variations. Bien sûr, le style de base, celui bien connu, lors de l'annonce du titre.
Lors de la première vraie sortie du groupe, on a droit à une réorchestration que, disons-le, j'ai pas aimée, chantée par le groupe américain Fall Out Boy (je suppose que faire des BO c'est moins fatigant quand on manque de créativité que de faire de vrais albums, vu qu'ils étaient déjà là dans Big Hero 6 de Disney) accompagné de la chanteuse Missy Elliott – bref, on dirait du rap, c'est urbain et actuel.
Par contre, ce que j'ai adoré, c'est l'autre version.
En modifiant le thème original pour l'accorder à l'intrigue, le compositeur (Theodore Shapiro, qui a une sacrée carrière en fait, pleine de bons films) lui a donné une gravité limite pesante et angoissante, avec des accents héroïques et apocalyptiques, et franchement, ça colle parfaitement au film, comme en témoigne cette séquence d'Holtzmann, une des meilleures du film :


Outre le thème principal, y'a plein d'autres musiques, bon, c'est pas ouf, mais c'est très agréable et cohérent. D'ailleurs c'est à ça que je reconnais les bonnes bandes-son, celles qui n'excellent pas au point d'être mémorables, mais au moins ne sont pas mauvaises : j'ai du mal à me concentrer dessus, elles accompagnent bien le film et se fondent dedans. Un film avec des musiques à chier ou à l'ouest, comme Suicide Squad, on le repère à dix kilomètres.

En bref : loin d'être une daube et à des lieues du bashing aussi absurde qu'injuste qu'il a subi, Ghostbusters est un film certes un peu facile et pas révolutionnaire, mais il est très réussi dans ses intentions et dans l'application. Il est féministe, drôle, bien écrit, bien interprété, et vous n'avez aucune raison de ne pas le regarder. Un divertissement appréciable comme il en faudrait davantage.

Voir aussi :
 - la critique du film par Nat et Alice in the morning, dans une vidéo avec aussi une critique de Suicide Squad.